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Texte Libre

Une liste à la Prévert au pouls du  regard ou d'écriture... des fragments du monde, de ce qui le fait défaillir, tressaillir, sourire...Jeter colères et cris par manque de montagne ou de mers dans nos urbanités...Fixer des vertiges les jours ou nuits où l'envie de partager se fait plus forte....

Derniers Commentaires

Dimanche 6 décembre 2009 7 06 12 2009 19:06
Petit préambule, voici un site fondée par des historiens, chercheurs et enseignants du supérieur et du secondaire, qui permet d'une de participer intelligemment à la réforme de Luc Chatel ( qui est-ce? je vous renvoie à la chronique de Guillon), de deux de rester viligant quant aux contenus des programmes et à leurs visées.

A méditer en attendant : " Pour comprendre où tu es,regarde ton passé; pour savoir où tu vas, regarde ton présent."



A suivre :)link
- Publié dans : drôle d'ère
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Dimanche 29 novembre 2009 7 29 11 2009 16:18

"Imaginons un peu à quoi pourrait ressembler l'école en 2020.

Le système éducatif français se cherche. Décrochage des élèves les plus faibles, démotivation, absentéisme, baisse du niveau… le constat est sombre. La réforme du lycée, même limitée, ouvre des brèches vers l'autonomie des établissements ou la rémunération au mérite. À quoi ressemblera l'école de demain ? Le Figaro a imaginé le système éducatif en 2020. Rêve ou cauchemar, voilà ce que laissent augurer les projets, rapports et revendications des uns et des autres.


Collèges et lycées : que le meilleur gagne
Le lycée Frédéric-Beigbeder est un bâtiment lumineux, à mi-chemin entre la zone pavillonnaire et les immeubles de la cité. Derrière ses grilles et son portique de sécurité, une vaste cour qui distribue les salles de classe, salles de conférences et bureaux des professeurs. Il y a toujours de la vie derrière ces murs, puisque le lycée ne ferme pas ses portes pendant les vacances. Les bâtiments sont ouverts 365 jours par an, accueillant les élèves pendant les vacances pour des stages de remise à niveau, du perfectionnement en langue vivante… Banalité : toutes les classes sont équipées de vidéoprojecteurs et d'un accès à Internet, de même que les bureaux des professeurs, qu'ils se partagent par groupes de deux ou trois. Le visiteur qui pénètre dans le hall principal découvre une exposition de photos et des installations vidéo. Un tableau illustre le travail d'un preneur de son et d'un monteur. Car le nouveau projet d'établissement a été signé cette année par l'équipe pédagogique et les représentants de parents. Dans un monde où l'image est omniprésente, à travers les sites d'échange de vidéo en ligne, le travail du lycée sera centré sur «l'acquisition des valeurs citoyennes et de la rigueur à travers la création et la transformation d'images». Une section littéraire avec option montage vidéo, des ateliers consacrés aux connaissances scientifiques liées à la transmission d'images, un travail mêlant jeu, danse et mise en scène… Le proviseur est ravi : il a gagné quelques élèves, venus du lycée voisin, qui a fermé à la fin de l'année dernière, faute de public. «Évidemment, ricane-t-il, avec un projet sur les grandes œuvres littéraires françaises…» Son budget a augmenté d'autant : de quoi développer de nouveaux ateliers.

Ce qui existe déjà.

Les portiques de sécurité peuvent être acquis par les conseils généraux et mis à la disposition des établissements scolaires. Les établissements proposent, à l'initiative de Xavier Darcos, des stages pendant les vacances. Les projets d'établissement sont généralisés depuis la loi d'orientation de 2005, certains ayant déjà porté sur le football. La mise en concurrence des établissements découle de l'ouverture de la carte scolaire et aboutit à la fermeture des établissements les moins demandés.


La lourde charge du chef d'établissement
Jean-Marc Mercier, principal du lycée Philippe-Sollers, revient ragaillardi de la formation dispensée par le rectorat : «L'entretien d'embauche dans l'éducation nationale». Il est armé pour jauger les professeurs qui répondent à son appel d'offres. Car, en bon manager, M. Mercier recrute. Avec le budget voté cette année par son conseil d'administration, il a choisi de renforcer son équipe. Le poste en question est strictement décrit : travail en équipe, capacité à gérer une pédagogie différenciée… Il veut des gens jeunes, motivés, prêts à tout tenter. Sa politique de primes a déjà donné le ton. Fini, les professeurs enfermés dans leur classe pour faire un cours classique. Tout le monde doit participer aux ateliers de remédiation qui ont lieu tous les après-midi. D'ailleurs, sa classe sponsorisée par l'entreprise de BTP de la ville fonctionne très bien : les élèves bénéficieront d'un stage et même d'un voyage sur un des chantiers de l'entreprise. L'agence bancaire, elle, a organisé un jeu à destination des jeunes : ils géraient de l'argent fictif en étudiant les cours de Bourse. Le gagnant a eu droit à une ouverture de compte et à une petite cagnotte. Mais M. Mercier a surtout un grand projet pour l'année prochaine : la création d'une fondation d'entreprise, qui lui permettra d'investir dans de nouveaux équipements.

Ce qui existe déjà.

Les postes à profil se sont multipliés avec la généralisation des projets d'établissement. Ce sont donc les chefs d'établissement qui recrutent. L'autonomie des établissements est initiée par la loi d'orientation de 2005, même si elle est pour l'instant très limitée ; mais la réforme du lycée, par le biais des heures d'accompagnement, accorde de plus en plus de liberté pour une organisation locale des enseignements. Le jeu d'argent organisé par une banque a été mis en place à l'occasion du passage à l'euro. Il avait été supprimé après protestation des professeurs.


Le nouveau métier de professeur
Jeanne est à son bureau. Elle attend les élèves qui doivent venir lui demander des précisions sur son cours d'anglais. Puis elle participera à la soutenance d'un petit groupe de la classe de seconde dont elle est le professeur de français. Ils présentent leur projet de fin d'année sur l'archéologie régionale : histoire, présentation d'un chantier de fouilles, rédaction d'un récit sur les habitants de la ville au XIIe siècle… Elle essaiera en fin de journée de se greffer sur une heure d'étude dirigée : avec la rémunération au mérite, il vaut mieux accumuler les activités. À ce jeu-là, son collègue Bernard est plus doué qu'elle. Il a monté un club de théâtre et aide les lycéens à gérer le bureau des élèves. Autant d'heures supplémentaires. Il faut dire que Bernard a des raisons d'être motivé : il a attendu son poste pendant quatre ans. Après son concours, impossible de trouver un poste correspondant à son profil. En attendant, il a travaillé pour une officine de soutien scolaire. Mais maintenant que l'éducation nationale lui offre les mêmes possibilités… Quant à sa jeune collègue Nadia, elle a été recrutée par une procédure spécifique, pour incarner la diversité : indispensable dans un établissement comme le leur, classé ambition réussite.

Ce qui existe déjà.

Le rapport Pochard, du 4 février 2008, sur la redéfinition du métier d'enseignant évoquait l'idée de la rémunération au mérite, la bivalence et un prérecrutement adapté pour un public issu de la diversité. Les «35 heures au lycée» étaient une proposition de Ségolène Royal, mais elles étaient également suggérées sous une autre forme dans le rapport Pochard. Une source ministérielle aurait officieusement évoqué, en février 2009, la possibilité de ne pas attribuer automatiquement un poste aux titulaires des concours de recrutement, mais l'idée n'a jamais été commentée officiellement. La réforme du lycée, en développant les missions des enseignants, ouvre la porte à la rémunération au mérite.


Les parents terribles
Isabelle et Stéphane se sont réveillés aux aurores ce samedi matin. Ils sont convoqués au collège de leur fils Jérôme pour une remise à niveau. Pendant deux heures, on va leur donner les bases du «métier de parents». Il faut dire que Jérôme est infernal. Insolent, indiscipliné… C'est décidé, l'année prochaine, ils l'inscrivent dans le privé. Avec leur chèque-éducation, distribué aux familles par le ministère, ils ont le choix de l'établissement. Et puis, même si Jérôme ne fait pas grand-chose en classe, ce qui compte, c'est qu'il ait son bac. C'est pour cela qu'ils ont souscrit l'assurance vendue par une officine de soutien : bachelier ou remboursé. Et pour cette convocation, ils ont tout de même prévenu leur avocat. On ne sait jamais… L'année dernière, ils ont dû porter plainte contre l'Éducation nationale : la sœur de Jérôme, alors en terminale, avait manqué une semaine de cours à cause d'un professeur absent. La justice a tranché : l'institution était responsable de sa mauvaise note de maths au baccalauréat.

Ce qui existe déjà.

Les écoles de parents se multiplient sous forme d'associations. Certaines mairies et certains établissements scolaires proposent des formations à la psychologie de l'enfant, à l'autorité… Le chèque-éducation est une revendication notamment de l'association SOS Éducation. En 2006, l'État a été condamné pour l'absence d'un professeur de philosophie, cause, selon l'élève plaignant, de son 6/20 au baccalauréat.


Les enfants terribles
Le bonheur à l'école, ça existe. Arthur, 15 ans, ne vivra pas les heures d'insupportable ennui qu'ont subies ses parents à écouter vaguement un professeur, assis sur une chaise au fond de la classe. Certes, il ne voit pas bien l'intérêt de ce qu'on lui fait faire, mais il a au moins compris comment avoir de bonnes notes. Et puis, il est payé pour venir en cours : enfin, il voit un sens à l'école. D'ailleurs, sa classe aura droit cette année à un voyage en Espagne. Les élèves de sa classe ont été les plus assidus, avec un taux de présence de 96 %, et leurs résultats sont les meilleurs du lycée. Bon, il a fallu secouer un peu Martin, qui n'était pas motivé, mais tout le monde s'y est mis. Ce matin, Arthur remplit son livret de compétences pour le domaine «autonomie et esprit d'initiative». Il a su mener son projet de groupe sur les langues méditerranéennes, il a eu l'idée d'aller chercher des documents sur Internet et, surtout, d'ajouter un passage sur l'entraide entre les peuples… : il peut cocher tous les items. Et ne parlons pas de ceux qui concernent les langues ! Et comme le livret de compétences valorise les engagements extérieurs, il pourra faire mention de ses cours de batterie et de son groupe de rock. Le matin, il travaille sur ses projets, et l'après-midi, on vérifie les connaissances acquises, on les fixe avec un enseignant. Mais plus de notes surtout : au dernier conseil d'administration, les lycéens ont voté contre ce couperet qui augmente le stress au travail. Et ils sont des travailleurs comme les autres. Arthur a un tuteur et pratique chaque matière dans des groupes de niveaux. Comme les modules sont thématiques, il n'aura peut-être pas traité le même programme que son voisin Yohann. Mais peu importe : il est jugé sur ses capacités méthodologiques, la qualité de ses recherches… Et si les notes ne suivent pas, il pourra toujours attribuer une mauvaise évaluation à l'un des professeurs, puisque les élèves donnent leur avis en fin d'année.

Ce qui existe déjà.

L'organisation en une demi-journée de projets et une demi-journée de vérification des connaissances, ou une demi-journée de cours et une demi-journée d'ateliers, est actuellement expérimentée dans plusieurs lycées en France. La rémunération des élèves assidus est une des dispositions mises en place par le Haut-Commissariat à la jeunesse. Le livret de compétences a été validé par Luc Chatel et Martin Hirsch ; il tient également une place dans la réforme du lycée. L'idée de faire évaluer les professeurs par les élèves est proposée par de nombreux travaux de recherche en sciences de l'éducation. Un site Internet finalement supprimé l'avait mise en place."

Natacha Polony, Le figaro, 28/11/2009
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Dimanche 29 novembre 2009 7 29 11 2009 15:35
Vendredi après-midi, dernière heure de cours pour les cinquième comme pour moi. Doser les contenus et les formes de chaque heure.
Au dernier rang, G. n'est pas là, il n'est pas porté malade, ni absent, il n'est juste pas là. Tête nichée dans les bras. "Il dort M'me". Continuer le cours. Le visage de G. est une page blanche tout en papier mâché, rien ne peut être deviné, si ce n'est le mal à l'être. Une absence à fleur de peau. J. à la fin de l'heure "M'me il dit qu'il est tombé dans les pommes, c'est pas possible, il serait tombé par terre". Répondre en boutant en touche "Il est  peut-être tombé mais assis!". Aller voir G. , le visage est un peu rouge aux joues, chiffonné comme au sortir d'une sieste.

G. passe ses nuits sur des jeux de réseaux en ligne. La nuit, il s'enfuit, forcément le sommeil déserte et les levers dans la précipitation rythme ses jours.Le virtuel pour avoir quelqu'un en face, pour donner une forme même imaginaire à ce qui lui noue en dedans. Un monde où il n'est pas un looseur, où il n'est planqué au fond, largué.
En cours, toute invitation à participer semble être un effort de trop qui laisse entendre un "faites surtout comme si je n'étais pas là". Tout dans est dans l'attitude, le visage, les gestes et le regard en fuite, les épaules voûtées.

Une histoire de rôle, il est présent dans son statut d'élève c'est déjà ça. Etre présent, agir, intervenir, c'est le geste de trop. Il ne refuse pas, il fait comme Souchon chante "C'est comme vous voulez". Bien sûr, comme les autres qui se mettent sur la touche, se placent d'eux-même au rebut, je vais les chercher, quitte à les faire provoquer. G. fait partie de ceux qui sont une défense-défiance minérale, pleine de larmes qui paraissent infranchissables dont on devine pourtant qu'il suffirait d'une ouverture pour se délester de ce poids.

Quelques jours après à la faveur, G. a changé de place, il semble être un peu plus présent. Plus tard, j'apprendrais que la mère de G. veut me rencontrer, la direction me traduira la requête ainsi " C'est un problème qui nous dépasse, vous ne ferez pas des miracles". G. ne voit plus son père. Ni lui, ni son frère ne parviennent à l'atteindre. Pour l'anniversaire de G., une carte d'anniversaire est arrivée au collège, écrite et signée par son père lequel demandait à l'école de remettre le courrier à son fils.
A quelques kilomètres, G. a son autre part qui ne l'appelle pas, qui pense à lui. par une carte, qui répond par des refus aux souhaits de passer du temps ensemble. Père, grands-parents paternels mais personne qui répond. Forcément, viennent les mots qui disent rien et tout à la fois "Il en souffre." Certes pas de miracles, mais comprendre que parfois G. ne soit pas là, mais ne pas accepter qu'il n'est de vie, d'existence qui dans le virtuel..

Au début de l'année, les élèves avaient un exercice: présenter un livre qui leur plaisait, l'éclectisme était /est autorisé et recommandé. G. avait refusé plusieurs fois "Je n'ai pas de livre, j'suis pas chez mon père, c'est obligé?, ça peut être un magazine?". Finalement, il se prêtera à l'exercice en soulignant que magazine de basket est celui de son père. a rebours, mesurer l'effort que cela lui a demandé, qu'importe les arrangements avec la vérité. Parfois les absents mesurent le poids de leurs présences. Le manque de leur oxygène dans les vies et les visages de ceux auxquels ils manquent, du noeud de leurs confusions entre le lien qui les unit à leurs enfants et celui qui les unissait à celui/celle où il/elle était là. Ils recevraient des cartes qui commenceraient : "Tu sais parfois je suis comme toi, je ne suis pas là..."

G. passe ses nuits sur des jeux de réseaux en ligne. La nuit, il s'enfuit, forcément le sommeil déserte et les levers dans la précipitation rythme ses jours.Le virtuel pour avoir quelqu'un en face, pour donner une forme même imaginaire à ce qui lui noue en dedans. Un monde où il n'est pas un looseur, où il n'est planqué au fond, largué, où il existe pour quelques-uns quelques heures, essayer de faire un pont entre eux et le jour, pas de miracles mais essayer quand même....
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Mardi 27 octobre 2009 2 27 10 2009 20:28

Le livre de l'intranquillité, du moins son ruisseau....

"Je ne peux me résoudre à penser que nos vies ne soient que des promenades dans des galeries marchandes" Francine Demichel, avocate, Le 26 Octobre 2009,

 






Rien de Janne Teller, Panama Editions


 

Vous ne trouverez pas ce livre en tête de gondole. Après l'avoir lu,  il est possible que vous ayez envie de le mettre à sa place qui lui revient, à portée de regard et de réflexion. Vous devrez chercher dans ces zones de cloisonnement, presque de non-droits dès lors qu'on devient "adulte" ou que l'on obéit aux lois de la gravité des classements en genre, sous-genre, âges...Allez donc à l'oblique le livre de l'intranquillité des adolescences clémentines.

Lors de votre quête demandez-vous : Qui étiez-vous à quinze ans, qui êtes-vous aujourd'hui? Quel lien perdu ou inaliénable y-a-t-il entre vous et cet autre? Qu'est-ce qui a du sens? Pour quelle raison un objet, un événement, un être acquiert à nos yeux une signification? A quel moment le perd-t-il?


A l'origine, il y a ce mot : Rien. Puis il y a celui quia prononcé ces quatre lettres. Pierre Anthon, élève de quatrième qui quitte l'école "le jour où il a découvert que rien ne valait la peine d'être fait, puisque de toute façon, rien n'avait de sens. Nous on est restés." Lui est monté dans un prunier situé sur les chemins des autres collégiens. Du haut de sa tour d'écorce et de sève, il les prend pour cible à coups de lancers de prune et de phrases lapidaires:

- "La vie n'est qu'un jeu qui consiste à exceller dans l'art de faire semblant et d'y être précisément le meilleur."

"Si vous vivez jusqu'à quatre-vingts ans, vous en aurez passé trente à dormir, vous serez allés à l'école et aurez fait vos devoirs pendant neuf bonnes années, et travaillé presque quatorze. Comme vous avez déjà passé six ans à être de petits enfants et à jouer, et qu'il vous en faudra au moins douze plus tard pour faire le ménage, manger et garder vos enfants, il vous reste tout au plus neuf ans à vivre."

- "Même si vous apprenez quelque chose et que vous pensez avoir quelque chose, il y a toujours quelqu'un qui le sait mieux que vous."

Nous ce sont des adolescents, amis ou non de Pierre Anthon, pour lequel ils éprouvent admiration et effroi. Pour eux, il devient par son acte, sa posture d'intouchable "celui qui sait". Cependant loin d'être interdit ou aveuglé par la fascination, ils décident de le faire descendre: attendre l'hiver? répliquer aux prunes par les pierres? faire un appel à un adulte?" (...) on ne peut pas, parce que pour les adultes, il n'est pas question de reconnaître que rien ne vaut rien et qu'ils font tous semblant."

Que faire? Prouver à Pierre Anthon que quelque chose a du sens. Où? Dans une scierie à l'écart du village, du collège, des quartiers, loin des adultes. Comment? En créant un mont de signification. Les adolescents demandent donc aux habitants  "si on ne leur donnerait pas quelque chose qui aurait du sens". Des objets de porcelaine, des photos de parents morts depuis longtemps, des vêtements, une rose d'un bouquet de mariée. Seulement ce qui a du sens pour autrui, n'en a pas pour les amis de Pierre Anthon comment le convaincre que ce début de mont représentait quelque chose? Chacun va devoir apporte sa part de sens. Au début, les "dons" ont la mélodie de la comptine "marabout, bout, bout de ficelle..."avec la part de défi cruelle des jeux d'enfance: une collection de Donjons et Dragons, des sandales....Plus le mont s'érige, plus les notes-"dons" atteignent des points de gravité jusqu'au point de non-retour.


 

                L'écriture de Janne Teller est simple et lucide avec ces zestes intrigants . L'univers des adolescents et de leur grange où s'érige le mont de signification peut rappeler les atmosphères de Gus Van Sant notamment dans Elefant ou d'Harmonie Korine. Une attention-distanciation qui observe les rouages de l'inéluctable se mettre en marche. Plus simplement, il suffit d'observer les secrets qui lient, construisent  chacun d'entre nous. Si l'épisode médiatique du mont de signification peut donner le sentiment de plomber l'équilibre de l'intrigue, il convient de ne pas se laisser gagner par cette impression. Bien qu'en notre ère, le sens donné à l'événement , par les médias, conférant au rien une plus-value est démontré chaque jour ou presque.

                 L'écrivaine danoise analyse autant le trouble du devenir de l'enfant à l'adolescent que l'invention d'une société ou plus précisément comment on y trouve sa place: par choix ou par défaut. Elle vient questionner cet animal politique qui constitue chacun d'entre nous et quelle part de fraternité demeure en nous ou se perd. Comment devient-on? Comment ne pas perdre ce que l'on est dans les rôles qu'on nous endosse? Quelle part de liberté nous reste-t-il entre ce qu'on nous lègue de gré ou de force, ce qu'on nous transmet et inversement? Dans le sens du collectif que la bande est amenée à inventer, les codes s'érigent en lois, font l'objet de débats dessinant les figures imposées des futurs adultes. Leur secret les fait "flirter" avec des tabous qui fondent les points cardinaux de nos sociétés : religion, éducation, politique, sexe...Leur initiation au monde et à l'autre nous amène à nous interroger : que signifie l'innocence? la foi ou l'objet qu'il incarne? la portée d'un geste? un être sa présence ou son absence?Fou du roi, double du baron perché,  Socrate boutonneux, qui est Pierre Anthon? Un adolescent.  Personnage principal, il trimballe sa parole à la Beckett "Je ne sais qu'il n'y a rien, je continue quand même." avec une insolence joue comme un archet sur nos veines.. Une tête à claques? Un peu de tout ça à la fois, mais une ligne de flottaison ne s'estompe pas, ces petites phrases qui vous frôlent, ces points de côté, ces envies de dire "pouce, je ne veux plus jouer."  Ce livre vient cogner avec ce qui nous étreint ou contraint, un point de côté pertinent : Qu'est-ce qui compte pour nous?


Extraits

 

-"Rien n'a de sens a-t-il dit. Je le sais depuis longtemps. Il n'y a donc rien à faire. Je viens de le découvrir".

Très tranquillement, il s'est penché et a rangé dans son sac les affaires qu'il venait de sortir. Il a salué tout le monde d'un geste de tête indifférent et quitté la salle de classe sans fermer la porte derrière lui.

La porte souriait.  C'était la première fois que je la voyais le faire. Pierre Anthon l'avait laissée entrebaîllée, comme un néant riant qui m'avalerait si je m'aventurais à le suivre. J'ai regardé autour de moi, et le silence embarrassé m'a dit que les autres aussi l'avaient compris: en ce nous concernait, on allait devenir quelque chose, quelqu'un.

-Quelqu'un d'important, et ce n,'était pas dit tout haut. Ni même tout bas. (...)"


-" "La signification". Elle hochait la tête comme si elle se parlait à elle-même. "Vous ne l'avez pas apprise. Alors on l'a trouvée."


-" Le doute nous a pris un par un. Un . Deux. Presque tous.

C'était une trahison, mais on ne se l'est pas avoué. cela se voyait uniquement à la façon dont les sourires avaient disparu pour faire place à des masques semblables à ceux que portaient les adultes, et qui ne disaient que trop bien qu'il n'y avait peut-être pas grand-chose qui valait quoi que ce soit."


-" On pleurait parce qu'on avait perdu quelque chose et reçu quelque chose d'autre. Et ça faisait mal de perdre et de recevoir. Et parce qu'on savait ce qu'on avait perdu, sans pouvoir encore mettre un nom sur ce qu'on avait reçu."

 

Aux petits d'hommes et femmes qui demandent "à quoi ça sert d'apprendre ça", "à quoi ça sert", "ça compte combien dans la moyenne? " aux questions qui nous reviennent "Qu'est-ce qui compte?, Qu'est-ce qui coûte? ..aux silences parfois signifiants..


 

Bande-son:

- Frère animal Arnaud Cathrine, Florent Marchet, Valérie Leulliot

- Tous Pareils / Je m'en tire pas mal Florent Marchet

- Mort ou vif Daran

- Les chiens de paille Miossec

- Sans viser personne Benjamin Biolay

- Qu'est-ce qu'on va faire de toi? Alister

- Les débats à venir sur "qu'est-ce qu'être français?"

- la destruction du collectif qui poursuit sa route...

- les phrases de Pierre-Anthon quand certains prennent la parole...

 

*** La maison d'éditions Panama est actuellement en dépôt de bilan, le livre est actuellement épuisé, si vous le trouvez :)

- Publié dans : Livres
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Mercredi 18 juin 2008 3 18 06 2008 15:14
" Je suis agacée par ce que je suis, envieuse de celle que je ne suis pas. Vingt-cinq ans et je patauge. Vingt-cinq ans et mes études sont ma seule fierté, ma seule certitude. Vingt-cinq ans et la vie comme une succession de répits entre les grincements, les crispations, les bruits de potes aux gonds rouillés qui accompagnent presque chaque instant, même si le ciel est bonheur des yeux, et la musique enchantement, et les livres, fuite, passion, consolation."
(..)
"Mais c'était si doux de se sentir à l'abri, d'être là où tout le monde ignorait que j'étais, seule et protégée apr les objets appartenant à ce garçon qui avait griffonné un soir, son numéro de téléphone sur un bout de papier. Un souflle léger, amical et bienveillant flottait autour de moi.La housse et les draps exhalaient une odeur de lessive qui m'attirait. J'ai enfilé un T-shirt, me suis pelotonnée dans la couette. Je me suis dit : je suis capable, ici, de ne penser à rien. A personne. Je me suis endormie."
(..)
"Les livres, l'école, la musique, la soif d'aimée, qui m'avaient repêchée à temps."
(...)
" Je suis allée prendre une douche. Le jet était puissant. Plus puissant que les jours précédents. J'ai fermé les yeux et j'ai laissé l'eau couler. Des litres et des litres d'eau déversés sur moi, alourdissant mes cheveux, caressant mon corps. C'était une eau tiède, claire, abondante. Douce, si douce que je n'avais pas la sensation d'être mouillée. J'étais submergée mais je ne me noyais pas. Un bonheur immense se déployait en moi, investissait ma chair et ma peau. J'ai dirigé le jet vers mon visage, mes épaules, mon ventre, avec une jubilation de plus en plus grande, enivrée par le contact de l'eau, la apeur qui avait envahi la cabine. (..) Je me suis assise en continuant à passer le jet sur mon corps recroquevillé, j'ai avalé des gorgées d'eau, le pommeau collé au visage et je suis sortie très vite, à peine séchée, les cheveux trempés. J'ai pris al rue Bograshov pour descendre vers la mer, le soleil derrière moi. Je marchais d'un pas rapide, léger, l'eau dégoulinait dans mon dos, des gouttes coulaient de ma nuque et chatouillaient ma colonne vertébrale en dessinant des frissons sur ma peau. Des hommes m'ont regardée. Des hommes m'ont parlé. J'ai continué à marcher droit vers la mer. J'avais une conscience aïgue de ma présence dans la ville, de mon corps fendant l'air qui commençait à tiédir. J'ai senti que je contenais en moi des milliers de possibles, tels des points lumineux. Je ne pouvais pas dire de quoi ils étaient faits mais ils étaient là, flottant dans le bonheur et la douleur d'exister, d'avoir les yeux ouverts, de lever la tête vers le ciel, marcher vers la mer, et se sentir vivante."

Valérie Zenatti, En retard pour la guerre, Editions de l'Olivier

Comédie du livre, Juin 2008.
Sur le stand, il y avait ses ouvrages pour enfants et adolescents, et un seul exemplaire En retard pour la guerre. De Valérie Zenatti, j'avais lu cet hiver Journal d'une soldate*, sur l'émancipation de l'adolescence à l'âge adulte à travers le service militaire obligatoire pour tout jeune israélien après le bac et Comme une bouteille à Gaza* , une correspondance entre un Palestinien et une Israélienne. Son écriture nue et simple m'avait aidé. Tentant d'achever une nouvelle, je me heurtais à cette impression de menbrane et de mer gelée où quelque chose dans l'écriture étouffe, se complexifie alors que l'on sent qu'il faudrait aller vers la simplicité.
Il en est des textes comme des musiques ou des films, ils créent une intimité singulière et immédiate avec les mots, l'auteur. L'audace des timides fait parfois que l'on dise le ressenti de l'instant, dans une pudeur douce et respectueuse.
Ce fut le cas avec Valérie Zénatti. Une connivence aussi forte qu'éphémère: l'histoire d'En retard pour la guerre, écrire sur la guerre d'Irak, les impasses des pages blanches, les détours vers d'autres histoires avant d'y revenir.
Ce livre, je l'ai lu en peu de temps, puis je suis restée un long moment sur les étranges coîncidences entre choses vécues et choses lues. Dans ces dernières pages, il y avait des livres, des films, des musiques qui vous épelent, vous dénudent, vous donnent la part manquante des mots sur ce que l'on voudrait dire. Un voeu exaucé en somme, que l'on ne savait pas formuler, par peur, par fatigue. Ces pages-là le sont. Que l'auteure Valérie Zénatti en soit remercié. Comme une conversation avec quelqu'un(e) qui importe, comme un geste qui vous fait savoir que quelqu'un est là sans peser, comme une pièce de puzzle  manquante qui vous complèterait laquelle vous ramène à vous-mêmes.

Merci à ceux qui de loin, de près participent à ce voeu....

* publiés tous deux à L'école des loisirs, collection Médium
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