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Texte Libre

Une liste à la Prévert au pouls du  regard ou d'écriture... des fragments du monde, de ce qui le fait défaillir, tressaillir, sourire...Jeter colères et cris par manque de montagne ou de mers dans nos urbanités...Fixer des vertiges les jours ou nuits où l'envie de partager se fait plus forte....

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Mardi 27 octobre 2009

Le livre de l'intranquillité, du moins son ruisseau....

"Je ne peux me résoudre à penser que nos vies ne soient que des promenades dans des galeries marchandes" Francine Demichel, avocate, Le 26 Octobre 2009,

 






Rien de Janne Teller, Panama Editions


 

Vous ne trouverez pas ce livre en tête de gondole. Après l'avoir lu,  il est possible que vous ayez envie de le mettre à sa place qui lui revient, à portée de regard et de réflexion. Vous devrez chercher dans ces zones de cloisonnement, presque de non-droits dès lors qu'on devient "adulte" ou que l'on obéit aux lois de la gravité des classements en genre, sous-genre, âges...Allez donc à l'oblique le livre de l'intranquillité des adolescences clémentines.

Lors de votre quête demandez-vous : Qui étiez-vous à quinze ans, qui êtes-vous aujourd'hui? Quel lien perdu ou inaliénable y-a-t-il entre vous et cet autre? Qu'est-ce qui a du sens? Pour quelle raison un objet, un événement, un être acquiert à nos yeux une signification? A quel moment le perd-t-il?


A l'origine, il y a ce mot : Rien. Puis il y a celui quia prononcé ces quatre lettres. Pierre Anthon, élève de quatrième qui quitte l'école "le jour où il a découvert que rien ne valait la peine d'être fait, puisque de toute façon, rien n'avait de sens. Nous on est restés." Lui est monté dans un prunier situé sur les chemins des autres collégiens. Du haut de sa tour d'écorce et de sève, il les prend pour cible à coups de lancers de prune et de phrases lapidaires:

- "La vie n'est qu'un jeu qui consiste à exceller dans l'art de faire semblant et d'y être précisément le meilleur."

"Si vous vivez jusqu'à quatre-vingts ans, vous en aurez passé trente à dormir, vous serez allés à l'école et aurez fait vos devoirs pendant neuf bonnes années, et travaillé presque quatorze. Comme vous avez déjà passé six ans à être de petits enfants et à jouer, et qu'il vous en faudra au moins douze plus tard pour faire le ménage, manger et garder vos enfants, il vous reste tout au plus neuf ans à vivre."

- "Même si vous apprenez quelque chose et que vous pensez avoir quelque chose, il y a toujours quelqu'un qui le sait mieux que vous."

Nous ce sont des adolescents, amis ou non de Pierre Anthon, pour lequel ils éprouvent admiration et effroi. Pour eux, il devient par son acte, sa posture d'intouchable "celui qui sait". Cependant loin d'être interdit ou aveuglé par la fascination, ils décident de le faire descendre: attendre l'hiver? répliquer aux prunes par les pierres? faire un appel à un adulte?" (...) on ne peut pas, parce que pour les adultes, il n'est pas question de reconnaître que rien ne vaut rien et qu'ils font tous semblant."

Que faire? Prouver à Pierre Anthon que quelque chose a du sens. Où? Dans une scierie à l'écart du village, du collège, des quartiers, loin des adultes. Comment? En créant un mont de signification. Les adolescents demandent donc aux habitants  "si on ne leur donnerait pas quelque chose qui aurait du sens". Des objets de porcelaine, des photos de parents morts depuis longtemps, des vêtements, une rose d'un bouquet de mariée. Seulement ce qui a du sens pour autrui, n'en a pas pour les amis de Pierre Anthon comment le convaincre que ce début de mont représentait quelque chose? Chacun va devoir apporte sa part de sens. Au début, les "dons" ont la mélodie de la comptine "marabout, bout, bout de ficelle..."avec la part de défi cruelle des jeux d'enfance: une collection de Donjons et Dragons, des sandales....Plus le mont s'érige, plus les notes-"dons" atteignent des points de gravité jusqu'au point de non-retour.


 

                L'écriture de Janne Teller est simple et lucide avec ces zestes intrigants . L'univers des adolescents et de leur grange où s'érige le mont de signification peut rappeler les atmosphères de Gus Van Sant notamment dans Elefant ou d'Harmonie Korine. Une attention-distanciation qui observe les rouages de l'inéluctable se mettre en marche. Plus simplement, il suffit d'observer les secrets qui lient, construisent  chacun d'entre nous. Si l'épisode médiatique du mont de signification peut donner le sentiment de plomber l'équilibre de l'intrigue, il convient de ne pas se laisser gagner par cette impression. Bien qu'en notre ère, le sens donné à l'événement , par les médias, conférant au rien une plus-value est démontré chaque jour ou presque.

                 L'écrivaine danoise analyse autant le trouble du devenir de l'enfant à l'adolescent que l'invention d'une société ou plus précisément comment on y trouve sa place: par choix ou par défaut. Elle vient questionner cet animal politique qui constitue chacun d'entre nous et quelle part de fraternité demeure en nous ou se perd. Comment devient-on? Comment ne pas perdre ce que l'on est dans les rôles qu'on nous endosse? Quelle part de liberté nous reste-t-il entre ce qu'on nous lègue de gré ou de force, ce qu'on nous transmet et inversement? Dans le sens du collectif que la bande est amenée à inventer, les codes s'érigent en lois, font l'objet de débats dessinant les figures imposées des futurs adultes. Leur secret les fait "flirter" avec des tabous qui fondent les points cardinaux de nos sociétés : religion, éducation, politique, sexe...Leur initiation au monde et à l'autre nous amène à nous interroger : que signifie l'innocence? la foi ou l'objet qu'il incarne? la portée d'un geste? un être sa présence ou son absence?Fou du roi, double du baron perché,  Socrate boutonneux, qui est Pierre Anthon? Un adolescent.  Personnage principal, il trimballe sa parole à la Beckett "Je ne sais qu'il n'y a rien, je continue quand même." avec une insolence joue comme un archet sur nos veines.. Une tête à claques? Un peu de tout ça à la fois, mais une ligne de flottaison ne s'estompe pas, ces petites phrases qui vous frôlent, ces points de côté, ces envies de dire "pouce, je ne veux plus jouer."  Ce livre vient cogner avec ce qui nous étreint ou contraint, un point de côté pertinent : Qu'est-ce qui compte pour nous?


Extraits

 

-"Rien n'a de sens a-t-il dit. Je le sais depuis longtemps. Il n'y a donc rien à faire. Je viens de le découvrir".

Très tranquillement, il s'est penché et a rangé dans son sac les affaires qu'il venait de sortir. Il a salué tout le monde d'un geste de tête indifférent et quitté la salle de classe sans fermer la porte derrière lui.

La porte souriait.  C'était la première fois que je la voyais le faire. Pierre Anthon l'avait laissée entrebaîllée, comme un néant riant qui m'avalerait si je m'aventurais à le suivre. J'ai regardé autour de moi, et le silence embarrassé m'a dit que les autres aussi l'avaient compris: en ce nous concernait, on allait devenir quelque chose, quelqu'un.

-Quelqu'un d'important, et ce n,'était pas dit tout haut. Ni même tout bas. (...)"


-" "La signification". Elle hochait la tête comme si elle se parlait à elle-même. "Vous ne l'avez pas apprise. Alors on l'a trouvée."


-" Le doute nous a pris un par un. Un . Deux. Presque tous.

C'était une trahison, mais on ne se l'est pas avoué. cela se voyait uniquement à la façon dont les sourires avaient disparu pour faire place à des masques semblables à ceux que portaient les adultes, et qui ne disaient que trop bien qu'il n'y avait peut-être pas grand-chose qui valait quoi que ce soit."


-" On pleurait parce qu'on avait perdu quelque chose et reçu quelque chose d'autre. Et ça faisait mal de perdre et de recevoir. Et parce qu'on savait ce qu'on avait perdu, sans pouvoir encore mettre un nom sur ce qu'on avait reçu."

 

Aux petits d'hommes et femmes qui demandent "à quoi ça sert d'apprendre ça", "à quoi ça sert", "ça compte combien dans la moyenne? " aux questions qui nous reviennent "Qu'est-ce qui compte?, Qu'est-ce qui coûte? ..aux silences parfois signifiants..


 

Bande-son:

- Frère animal Arnaud Cathrine, Florent Marchet, Valérie Leulliot

- Tous Pareils / Je m'en tire pas mal Florent Marchet

- Mort ou vif Daran

- Les chiens de paille Miossec

- Sans viser personne Benjamin Biolay

- Qu'est-ce qu'on va faire de toi? Alister

- Les débats à venir sur "qu'est-ce qu'être français?"

- la destruction du collectif qui poursuit sa route...

- les phrases de Pierre-Anthon quand certains prennent la parole...

 

*** La maison d'éditions Panama est actuellement en dépôt de bilan, le livre est actuellement épuisé, si vous le trouvez :)

- Publié dans : Livres
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Vendredi 2 octobre 2009
Le blog se remet doucement en route...Tenue au silence corporatiste, exilée volontaire qui si elle avait su ne serait pas venue. La curiosité ne s'est pas tue durant ces mois d'absence ( petit lapsus qui fera sourire ces moi d'absence...), elle s'est nichée dans des carnets, dans des mails ivres de curiosité ravie vers des amis. Je déposerai ici ce qui me meut, m'émeut, prendra qui voudra, qui aimera

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Mercredi 18 juin 2008
" Je suis agacée par ce que je suis, envieuse de celle que je ne suis pas. Vingt-cinq ans et je patauge. Vingt-cinq ans et mes études sont ma seule fierté, ma seule certitude. Vingt-cinq ans et la vie comme une succession de répits entre les grincements, les crispations, les bruits de potes aux gonds rouillés qui accompagnent presque chaque instant, même si le ciel est bonheur des yeux, et la musique enchantement, et les livres, fuite, passion, consolation."
(..)
"Mais c'était si doux de se sentir à l'abri, d'être là où tout le monde ignorait que j'étais, seule et protégée apr les objets appartenant à ce garçon qui avait griffonné un soir, son numéro de téléphone sur un bout de papier. Un souflle léger, amical et bienveillant flottait autour de moi.La housse et les draps exhalaient une odeur de lessive qui m'attirait. J'ai enfilé un T-shirt, me suis pelotonnée dans la couette. Je me suis dit : je suis capable, ici, de ne penser à rien. A personne. Je me suis endormie."
(..)
"Les livres, l'école, la musique, la soif d'aimée, qui m'avaient repêchée à temps."
(...)
" Je suis allée prendre une douche. Le jet était puissant. Plus puissant que les jours précédents. J'ai fermé les yeux et j'ai laissé l'eau couler. Des litres et des litres d'eau déversés sur moi, alourdissant mes cheveux, caressant mon corps. C'était une eau tiède, claire, abondante. Douce, si douce que je n'avais pas la sensation d'être mouillée. J'étais submergée mais je ne me noyais pas. Un bonheur immense se déployait en moi, investissait ma chair et ma peau. J'ai dirigé le jet vers mon visage, mes épaules, mon ventre, avec une jubilation de plus en plus grande, enivrée par le contact de l'eau, la apeur qui avait envahi la cabine. (..) Je me suis assise en continuant à passer le jet sur mon corps recroquevillé, j'ai avalé des gorgées d'eau, le pommeau collé au visage et je suis sortie très vite, à peine séchée, les cheveux trempés. J'ai pris al rue Bograshov pour descendre vers la mer, le soleil derrière moi. Je marchais d'un pas rapide, léger, l'eau dégoulinait dans mon dos, des gouttes coulaient de ma nuque et chatouillaient ma colonne vertébrale en dessinant des frissons sur ma peau. Des hommes m'ont regardée. Des hommes m'ont parlé. J'ai continué à marcher droit vers la mer. J'avais une conscience aïgue de ma présence dans la ville, de mon corps fendant l'air qui commençait à tiédir. J'ai senti que je contenais en moi des milliers de possibles, tels des points lumineux. Je ne pouvais pas dire de quoi ils étaient faits mais ils étaient là, flottant dans le bonheur et la douleur d'exister, d'avoir les yeux ouverts, de lever la tête vers le ciel, marcher vers la mer, et se sentir vivante."

Valérie Zenatti, En retard pour la guerre, Editions de l'Olivier

Comédie du livre, Juin 2008.
Sur le stand, il y avait ses ouvrages pour enfants et adolescents, et un seul exemplaire En retard pour la guerre. De Valérie Zenatti, j'avais lu cet hiver Journal d'une soldate*, sur l'émancipation de l'adolescence à l'âge adulte à travers le service militaire obligatoire pour tout jeune israélien après le bac et Comme une bouteille à Gaza* , une correspondance entre un Palestinien et une Israélienne. Son écriture nue et simple m'avait aidé. Tentant d'achever une nouvelle, je me heurtais à cette impression de menbrane et de mer gelée où quelque chose dans l'écriture étouffe, se complexifie alors que l'on sent qu'il faudrait aller vers la simplicité.
Il en est des textes comme des musiques ou des films, ils créent une intimité singulière et immédiate avec les mots, l'auteur. L'audace des timides fait parfois que l'on dise le ressenti de l'instant, dans une pudeur douce et respectueuse.
Ce fut le cas avec Valérie Zénatti. Une connivence aussi forte qu'éphémère: l'histoire d'En retard pour la guerre, écrire sur la guerre d'Irak, les impasses des pages blanches, les détours vers d'autres histoires avant d'y revenir.
Ce livre, je l'ai lu en peu de temps, puis je suis restée un long moment sur les étranges coîncidences entre choses vécues et choses lues. Dans ces dernières pages, il y avait des livres, des films, des musiques qui vous épelent, vous dénudent, vous donnent la part manquante des mots sur ce que l'on voudrait dire. Un voeu exaucé en somme, que l'on ne savait pas formuler, par peur, par fatigue. Ces pages-là le sont. Que l'auteure Valérie Zénatti en soit remercié. Comme une conversation avec quelqu'un(e) qui importe, comme un geste qui vous fait savoir que quelqu'un est là sans peser, comme une pièce de puzzle  manquante qui vous complèterait laquelle vous ramène à vous-mêmes.

Merci à ceux qui de loin, de près participent à ce voeu....

* publiés tous deux à L'école des loisirs, collection Médium
- Publié dans : Les mots justes
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Samedi 14 juin 2008
Réinventer la ville, en faire un parcours à la Lewis Carroll, être l'hôte d'un jour de cours aux regards comme aux portes clos. Le festival des Architectures Vives 2008 à Montpellier, organisé par l'association Champ Libre, initié par Elodie Nourrigat et Jacques Brion, architectes, fait sienne ces impératifs de fugue dans la ville.

L'occasion pour l'habitant, le voyageur de se perdre, d'apprendre à aimer, de découvrir la ville. Les cours des hôtels ou du conservatoire, mêlant parfois architectures contemporaines et celles du XVI-XVIIème, croisent les architectures éphémères du XXI. Pas à pas, en  tours de roue, vous tracez au gré du hasard une toile nourrit de curiosité et de ludicité. Des univers éclos: sphère, nacelle, ballon, sol d'ouate, toile arachéenne. Le festival des architectures vives réinventent les coeurs et les poumons d'alcôve de la ville. Se lancer le temps d'une balade sur la piste de l'éphémère.
link

Morceaux choisis ayant provoqué ravissements

GET OFF OF MY CLOUD, Hôtel de Beaulac 1, rue du petit Scel par BRUTHER


Créateurs:
Stéphanie Bru, Alexandre Thériot, Les produits de l'épicerie, Philippe Delforge, Jérôme Grimbert, Joachim Lepastier


Un carré de ciel où serait tombé un nuage. Des nuages suspendus, à une portée de main tendue. Leurs ombres jouent avec les lumières, les gouttes jonchant le sol. La parenthèse à laquelle vous invite le fauteuil s'accompagne d'une bande-son mêlant chuchotements, confidences à voix basse distillées dans un savant montage les rendant inaudibles. Ce doux babel qui vous habite lorsque vous êtes dans votre bulle ou entre sommeil et révei...










QUI EST "OUT"?, Hôtel d'Aurès Conservatoire de Montpellier Agglomération 14 rue Eugène Lisbonne by Frédéric André et David Cardinal


Un arbre de cerceaux dans la ville. Le cerceau représente la plus petite entité qui définit un de-dans et un de-hors: être "in" ou "out ".  Par manipulation, par assemblage, par accumulation, la limite de-dans et de-hors s'estompe par un sans dessus dessous. Au sol, des cerceaux sont à la disposition du public du hula hoop. L'occasion de  s'interroger sur la quadrature du cercle...
















ABRI n° 177, Hötel de Griffy, 26 rue de l'Aiguellerie by Gaëtan KOHLER et Alexandre PACHIAUDI



Une sphère de parapluies ouverts, fermés.

L'enjeu du collectif Oz est  de réinterpréter  le modèle de la cour à une échelle réduite, comme le principe des poupées russes. La structure composée de parapluies  dont l'ouverture ou la fermeture font varier le degré d'opacité et d'intimité. L'habitacle permet ainsi de redécouvrir la cour en jouant avec les angles de vue, les perspectives...













LA VIE EN ROSE, Hôtel de Belleval, Place de La Canourgue by Atelier A5


Jouer sur l'intimité et le social, sur ce qui demeure derrière les fenêtres closes et ce qui habite la rue. Du rose habille la cour, les fenêtres donnant sur la cour, reflétant leur ombre rosée sur des escaliers du XVIème et sur la plaque des prud'hommes.
Au centre de la cour, une structure expose la question de l'intériorité et de l'extériorité sur la gamme binaire de se rendre visible ou être caché, être vu à son insu, se laisser voir.
Le dispositif vous permet de vous lover dans les axes d'entrée d'éprouver ce se monter/se cacher. La taille de ce dernier n'est pas sans rappeler Alice tentant de s'extirper du lieu....


















LA TÊTE DANS LES NUAGES, Hôtel Audessan 9 rue de La vieille Intendance



Au ciel , un filet de figures ( fleurs, formes géométriques) suspendu au dessus de vos têtes joue avec le bleu céleste. Au sol, un rectangle d'eau où des bateaux en plastique invitent le passant à animer; jouant avec l'image réflétée du ciel toilé à la surface.

Mêlant le graphisme et l'architecture, la réinvention de l'espace de cette cour fut un instant entre pause rêveuse et imagination enfantine pour inviter son navire à fendre les flots-reflets.












FENETRE (bleue) sur cour, Hôtel Beaudan de Mauny 1 rue de la Carbonnerie by Metek

Exploitant le cadrage du ciel formé par la découpe des façades de pierre, le passant est invité à s'allonger sur des hamacs. Eprouvant l'apesanteur des éléments suspendus au dessus de lui, il vit la réinterprétation du tableau BLEU II de Miro, sous la forme d'un mobile à l'échelle un. Pour renforcer l'impression de se couper de la réalité du sol et du poids de la gravité, un sol cotonneux, rendu tel par des carrés de mousse et un nuage ouateux dérobent la dureté des pierres sous les pas.

















- Publié dans : Expos
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Jeudi 12 juin 2008



L'ombre de Bogota de Ciro Guera

" This story is about people./People who live at the heart of a war-torn country./People whose stories meet on the streets of a chaotic, convoluted city./People who carry the burden of an endless history of violence./ People who’ve seen and suffered the most atrocious circumstances, and yet, refuse to give up./ Refuse to surrender./People with the will to break the endless circle of death and desolation./And start over./ People who laugh,/ Suffer/ Fall/Dream/Feast/Teach/Learn/and sometimes do wrong/The ones who don’t always win/The ones who defend their dignity, even on the edge of the abyss/The ones who pay the price/People of Colombi/This story, is about us.”
 Texte de présentation du film de Guera

Des axes, des trajectoires, deux hommes dans la ville, des regards à l'oblique comme les corps. De la Colombie, Ciro Guerra évite l'écueil du documentaire, l'ivresse de la violence et de la vitesse qui attirent les regards d'ailleurs. Du lieu où il est né, le réalisateur voulait évoquer ce mouvement de sysiphe qui marque l'ordinaire des jours. En équilibre instable, étiré dans leur survie quotidienne, dans les fatigues des combats qui font épouser  aux corps leurs silhouettes chinoises. En avoir ou pas, en être ou se mettre en marge, s'exposer ou se retrancher, éviter de se souvenir ou oublier. Entre conte philosophique et questionnement de la mémoire, L'ombre de Bogota interroge les vertiges de la dualité de la conscience humaine avec une épure de l'esthétique et du récit rares et concises, entre orfèvrerie fellinienne et dénuement pascalien.

Quartiers pauvres de Bogota, Mane traîne sa jambe de bois en quête d'un travail pour payer son loyer. Sa démarche claudiquante l'expose aux railleries des bandes du quartier, à l'exploitation de l'agence pour l'emploi. Tout semble se monnayer : raison d'être et droit de cité. L'origami l'amène à rejoindre la cohorte des manants qui font la manche dans les artères de Bogota. Lors d'une ultime agression, sa route croise celle d'un homme étrange.
Le regard masqué de lunettes noires, le visage anguleux, il promène sa silhouette au dos harnaché d' une chaise. Avec celle-ci, il s'improvise porteur de marchandises ou d'hommes. Le soir, il quitte la ville et poursuit sa ville. Là où le sens de la solidarité semble avoir déserté ou reste à réinventer, Mane et le porteur vont retrouver leur rang d'homme. Des déliés de l'amitié aux parts d'ombre de la mémoire, la frontière entre humanité et inhumanité est indiciblement fragile et impalpable.

Entre expérience et récit, L'ombre de Bogota expose un projet troublant. Pourquoi expérience? Proche d'une démarche photographique, l'oeil de Guerra circonscrit ces personnages dans un espace, des trajectoires qui découpent la ville et ses errances en lignes graphiques. Le noir et blanc lui permet de jouer sur le grain, les jeux d'ombres portées. Chaque plan porte la marque des cadrages de Bresson avec cette prégnance solaire de la vie-violence (surexposition quand le porteur est victime de tensions de l'oeil quand le soleil ploie) présente chez Tina Modotti ou encore Nacho Lopez. Le travail sur le son participe à la dimension expérimentale : le murmure agité, crasseux de la ville se superpose aux respirations haletantes de Mane et le tempo de son pas-sa canne claudiquant, faisant écho au silence reptilien du porteur. Le traitement de l'image et l'apparence statique renforcé par l'économie des dialogues évoque des références convoquées par Ciro Guerra le néoréalisme italien d' Umberto De Sica et La Terre Tremble de Visconti. Lequel confère au film une force captivante et grave.  
Le récit est dans ces autres langages, venant ainsi déployer une géométrie sensorielle et abstraite. Ciro Guerra peut ainsi étendre son intrigue tout en écaillant le visage de Bogota. Des thèmes se croisent et déclinent leur dualité
- les personnages entre Fellini, voire Renoir ( portrait de la pension de famille) et De Sica donnent au conte de Guerra une étrangeté réaliste.
- le temps : celui qui éprouve , la survie entre élans et ressacs, inscrit gestes et chemins dans un mouvement cyclique d'un Chaplin fatigué. Ce dernier tutoie celui des relations humaines: Mane et le porteur s'apprivoisent comme on agence un pion sur l'échiquier de la mémoire. L'un dans le désir de connaître, l'autre dans la dissimulation.
- le cycle ou le labyrinthe sont des figures qui structurent l'ombre de Bogota.Les allers-venues des personnages, la répétition des scènes et des plans aux mêmes endroits participent à ce mouvement des pélerins qui, sur les parvis des églises au Moyen-Age, expiaient leurs fautes dans cette ronde, dans ces chemins maintes fois éprouvés. Le réalisateur souligne la dimension religieuse qui imprègne les gestes quotidiens de la Colombie entre fatalité et culpabilité. La figure christique est également présente dans le personnage du porteur : sa chaise portée sur le dos comme une croix, une faute à expier.

Chaque personnage est frappé du sceau de la faute tue. Dimension pascalienne : chacun est à la fois responsable etc oupable , bourreau et victime. De la Colombie, Ciro Guerra n'omet pas la violence, celle des jours ordinaires, celle de la barbarie. L'amitié monstrueusement fellinienne des deux hommes dans ses écheveaux et ses éclats d'humanité, dans ces dissimulations et mises à nus, est agencé avec une précision toute hitchcockienne. L'image dans l'image est le procédé par lequel le réalisateur insuffle une dimension nouvelle à son film. Une vidéo, autre facette de la Colombie, celle des téles novelas, des documentaires sur la guerre des gangs, l'animalité de la survie. Rien ne sera montré, mais tout sera dit, détaillé. Le face à face, hors la ville, entre le porteur et Mane est d'une concision froide et juste, elle ramène le spectateur à la part de monstruosité méconnue en soi, en l'autre. La disparition du porteur croise le fantôme de Tarkovski, la culpabilité inscrite dans son corps par une balle qui comprime sa mémoire, sa dernière marche dans la forêt, suit le parcours d'un homme coupable debout.  L'assourdissant bruit de la nature bruissante et les paroles nues tissent un lien inextinguible entre Mane et le porteur, entre soi et sa part d'ombre, son acceptation. **

Tourné avec un budget minimum dans des conditions difficiles, L'ombre de Bogota dessine une cartographie de la mémoire intérieure de la Colombie. Loin de la complaisance, Ciro Guerra montre autant la singularité tortueuse de son pays que son irrémédiable universalité. Les cinémas (Fellini, Cassavetes..) qui l'ont inspiré, qui s'esquissent ça et là dans son premier film, laissent naître une interrogation. Interrogation d'autant plus forte que ses choix de construction du récit obéissent à une concision, une épure
mettant le spectateur face à lui-même, si l'autre est à la fois un ami et un monstre?

¨( Notion singulière présente en Amérique du Sud où bourreaux et victimes ou descendants se cotoyent sans le savoir ou du moins le dire, climat singulier qui émaille les informations venant de ce continent)

KMBOKMBOKMBOKMBO




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