De ce qui ressortira du traitement des médias de la grève à venir dans l'Education Nationale, pour une personne lambda, n'étant pas, ne connaissant pas de personne dans l'institution, entamée par
l'uniformisation de l'information qui invite plus à avoir des opinions, qu'à nourrir une réflexion, ce sera: encore une grève...
Derrière cette grève, qu'y-a-t-il? D'aucuns vont penser pouvoir d'achat, retraite, la guerre sociale est en roue depuis longtemps...d'autres observeront les panneaux des manifestations, ou
tendront l'oreille à ce qui se passe dans des établissements, pas loin de chez eux...
Quelques petites vérités du terrain pour voir plus loin...
Le quota de suppression et leurs identités....
Avant on supprimait entre 1 et 5 postes, aujourd'hui entre 5 à 15 postes...Ces postes: professeurs invités à faire 2 à 4 établissements pour faire leurs heures, surveillants, secrétaires,
documentalistes...
Le visage d'une e moyenne aujourd'hui....
Au quotidien, ça donne ceci: professeure d'une e au panel plus proche de joëlle mazart que de l'instit
18 élèves:
- quatre dyslexiques
- quatre cas sociaux ( suivi des parents, l'enfant tient debout comme il peut ou aidé)
- un relevant d'i.m.e/segpa ( relevant d'un q.i non "interprétable" sic la commission d'orientation)
- un en danger, cherchant de l'affection frelatée là les parents démissionnent
auquel viennent s'ajouter les nouveaux lestés d'un cartable invisible qui ressemble à la pierre de Sysisphe( voir article précédent A La
Kipling).
Dans une autre, j'ai sur la liste 24 inscrits, au réel entre 8 le lundi matin et 15 le jeudi après-midi.....
- absentéisme du "j'ai 16 ans, on a rien fait pour moi et je vous em...."
- phobie de l'école ou l'inverse!
- élèves non francophones
- malades réels ou imaginaires
- fatigue inopinée passée 11h du matin...
Sachant qu'un cumul est possible: dyslexique et problème familial, non francophone et phobie de l'école...
Leurs histoires, je ne la connais pas d'emblée, je ne le pourrais pas, du moins pas dans l'immédiat. Celle qui me donne ces éléments, c'est la secrétaire. C'est elle aussi qui relance les gamins qui n'iront pas au brevet, pour passer le C.F.G, qui appellent les employeurs pour voir si les stagiaires sont bien présents, qui transmet les coordonnées de l'éducatrice d'un tel....
Ceux qui voient l'un d'eux ne pas manger parce que la cuisine de la cuisine scolaire n'est pas celle qu'il a l'habitude de manger, qui en récupèrent un autre séchant, ou perdu dans les couloirs, font les bilans des absences, ce sont les surveillants...
Ceux qui rencontrent les parents en duo, en mono, selon les structures, indiquant que peut-être leur enfant se met en danger en s'habillant en lolita, qu'il faudrait le protéger, qui essaient
sans être intrusif de comprendre le déséquilibre, qui proposent, rencontrant au choix:
- la mère perdue, qui ne réagit plus ou s'en fout
- le parent en guerre contre le conjoint, l'enfant servant de lieu d'incommunicabilité
qui tentent de tempérer les autres professeurs à cran, face à un élève qui ne relève pas du scolaire, mais qui est là en attendant que quelque chose se décide....
Ce sont les professeurs...
Des exemples, il y en a partout...
Quand la technique des entreprises gagne l'institution...
- Pourquoi supprimer?
Parce que les chiffres le disent, moins d'élèves/ démographie/inscriptions en chute libre...Du mathématique, de l'abstrait...Des décisions à
exécuter, parce qu'il y a des quotas à atteindre, des coupes franches à acter...
Les postes supprimés sont mentionnés par mails, dans ces derniers, il est mentionné avec le sceau du ministère que la lettre est à remettre par les secrétaires aux personnes concernées. Evacué la
direction...
Les es se modifient...En 7 ans, je n'ai connu qu'une e avec peu de problèmes ( j'entends problèmes sociaux, psychologiques, sociaux). Ce que l'on
observe une poignée, parfois seulement deux....d'élèves en sortent, arrivant avec de solides bases, le reste se noie dans son histoire et dans la masse...
Les profs aussi..ceux qui veulent avoir la paix, copinent avec des directions qui ne veulent pas afficher des vérités à leur pourcentage, d'autres gambergent sur les années folles des années
70-80 où c'était mieux avant...beaucoup sont amers....
Les directions souvent se disent "simples éxécutants", vous répondent qu'il ne faut rien attendre de l'institution, imaginent seules des solutions, quand elles ne sont pas perdues dans des guerres d'egos; tandis que les équipes personnels et non personnels fomentent d'autres possibilités ou se désagrègent sous le poids de la lassitude, des nerfs à cran, de la défiance...
En parallèle, on construit de beaux établissements, on rénove, on croule sous le poids du matériel renouvelé. On change la vitrine, on renomme, on camoufle, on repeint la maison, on oublie les murs intérieurs qui se délabrent, les tuyauteries se dézinguent...
La sélection naturelle s'active...Le travail de sape s'accélère...Petit audit mené auprès de professeurs ayant commencé depuis 10-12 ans, à la question " Depuis que tu as commencé, as-tu connu une e sans cas, sans heurts?", souvent la réponse est précédée d'un air dubitatif et d'une négation....
Il n'est pas question de viser l'excellence, mais quand on choisit de sciemment ôter les maillons d'un filet qui pourrait permettre à des gamins de se construire une colonne de résilience pour beaucoup, quand on s'appuie sur des chiffres là où il est question d'un être humain en devenir...Comment ne pas penser qu'il s'agit d'un travail de sape? Si l'on établit un parallèle avec l'étouffement des subventions à la culture.....Peut-on dire je savais mais je n'ai rien fait....?
Se pourrait-il que Rilke ait raison? Difficile d'avaler cette couleuvre du désengagement...de cette absence d'attention à l'Autre?
Loin de penser que les grèves, manifestations,pétitions sont aujourd'hui ce qu'il y a de plus efficaces pour s'opposer sans tomber dans l'anarchisme, croyant parfois que quelque chose peut advenir de ces chapes de plomb, qu'un sens politique, au sens vivant et étymologique du terme peut y naître, en doutant quand je vois la peur, l'amertume, le chacunpoursapeau, la survie qui étreignent chacun, les éclatements qui ne songent pas faire front, je ferai partie à ma manière, là pour les élèves, avec les postes menacés, comme beaucoup, pas forcément à battre le pavé....
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