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Texte Libre

Une liste à la Prévert au pouls du  regard ou d'écriture... des fragments du monde, de ce qui le fait défaillir, tressaillir, sourire...Jeter colères et cris par manque de montagne ou de mers dans nos urbanités...Fixer des vertiges les jours ou nuits où l'envie de partager se fait plus forte....

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Dimanche 9 décembre 2007
La vie est faite de morceaux qui ne se rejoignent pas", ainsi parle Godard. Elle est faite de correspondances  entre ce qui nous vivons et ce qui arrive au monde, aux autres, serait-on tenter de souligner. Le réalisateur coréen Kim Ki-duk aime détourner ce qui fait les figures immuables de nos existences, vers des situations improbables. Son parcours reflète cette capacité à rendre perméables des frontières que d'ordinaire nous érigerions en défiance. Ouvrier, puis militaire, il décide à l'issue de son service de devenir prêtre. Finalement, il plaque tout pour suivre des études d'arts plastiques à Paris où il essaiera de vivre de ses toiles. Ses films interrogent les thèmes du couple Locataires, des dualités Samaria ou complémentarités, de la marginalisation Printemps,été, automne, hiver...et printemps. Son regard flirte en réalisme à la hopper et onirisme, L'île, à la Magritte.

La pointe d'une brosse à dents taillé en biseau gratte la pierre. Des prisonniers attendent. L'un saisit la brosse à dents et tente de se suicider. Jang Jin est condamné à mort, il semble tuer le temps à vouloir s'ôter la vie. A l'autre bout de la ville, Yeon dessine avec sa fille en regardant la télévision qui diffuse en boucle la nouvelle de l'acte manqué. Dans son appartement à la déco épuré, elle attend son mari. L'adultère rôde, se distille. Une broche retrouvée près du siège-auto, une rentrée tardive, des remarques cinglantes d'incommunicabilité ourdie. Le reste du temps, elle fait la femme au foyer et elle sculpte. En ce moment, c'est  un archange ailé. Tentative de face-à-face, brochant ses cheveux, elle fait face à son mari qui lui lance " je te trompe mais je fais tourner la maison." La colère éperdue, Yeon erre une nuit dans la ville. Au petit jour, elle demande un taxi pour la prison. Se faisant passer pour l'ex-fiancée de Jang Jin, sous l'oeil du directeur de la prison, une étrange passion naît. "Je suis morte une fois. Pendant cinq minutes.J'avais neuf ans", chaque jour, elle vient lui raconter une histoire ou chanter, redécorant les murs du parloir d'immenses photos déclinant les saisons.

Entre portrait de femme et femme sous influence, Kim Ki-Duk met en parallèle la mise à mort de l'amour de yeon et son mari et celle de Jang Jin. Le rite des visites suit la même ligne de flottaison: les cinq minutes de la mort, le corps en ballon. A ses scansions de rendez-vous, Yeon vient à nu: robe d'été sous la neige, chant candide face au condamné à mort, insouciance retrouvée. L'actrice Ji a-Park interprète ainsi l'identification d'une femme à elle-même à coups de perte, de mise en danger. A rebours, elle acquiert une audace, un goût de colère et de rage. Ses actes de mise à nu sont autant de déclarations blessées et dignes face à un mari, sonné par l'insoupçonné caché en celle qui partage ses nuits et jours.

La construction du scénario épouse celle des mythes tragiques ou s'en joue: Yeon allant chaque jour à la prison avec ses décors et les brûlant au retour, c'est Sysiphe en route . Yeon s'offrant à Jang Jin c'est Oedipe recouvrant la vue. Chaque homme devient témoin et se voit révéler une femme qu'ils n'avaient appris à regarder: le mari découvre une femme d'une force insoupçonnée, le prisonnier une intime messagère de la mort. La construction romanesque évoque la Princesse de Clèves avec ces images que la femme remet au prisonnier sauf la dernière où elle s'expose nue, laquelle sera remise par le mari au prisonnier, voulant s'opposer à cette passion, en vain. On songe également à Kessel** et Gênet. Ces prisonniers comblent le manque de tout en se jalousant, vivent grâce à cette mystérieuse femme dont le portrait ( on pense alors à Paul Bloas * ) reste gravé là sur un mur. Elle devient aussi le seul moyen, par l'imagination, le fantasme qu'elle suggère de survivre pour ceux qui restent.

La thématique du regard chorégraphie chaque scène. Le mari absent des premiers plans, devient le témoin impuissant, par un savant jeu de miroirs ( elle s'apprêtant devant la glace/ son reflet souriant à la séduction retrouvée). Le condamné à mort dont le désir est incandescent, autant que ce goût de vie que Yeon lui redonne, est tenu en garde par le directeur de la prison. De lui, nous devinerons le visage par son reflet sur l'écran ( d'aucuns s'interrogera sur la connivence entre ce reflet et l'ex-dictateur de la Corée du Nord). C'est lui qui scande comme les mélopées des choeurs antiques la montée du désir et son caractère vénéneux: plus Yeon et Jang jin se rapproche, plus il jugule la passion.

L'histoire d'enfance racontée par Yeon préfigure la fin de Jang Jin. Le mari mène sa femme au parloir, comme les héros déchus des tragédies grecques. Elle n'entend rien d'autre que la raison assourdissante et délibératrice, à double titre, de sa condition de femme bafouée redevenue désirable, aimante au sens 1er du terme.La main accrochant, en vain, la peau: souffle de vie, ultime, souffle de trahison, infime aux yeux de l'autre, ultime pour celui/celle qui est trahie.Distillant ces tressaillements à vif autour des thèmes de l'adultère et de l'être condamné à mort,  Kim di-Duk exarcerbe les similitudes sans effroi, comme ces vents doux qui viennent vous saisir au premier abord et finissent étrangement par vous adoucir ou vous grandir.

*** Joseph Kessel Les Racines du ciel : des hommes sont faits prisonniers , l'un invente la présence d'une femme, invitant ces camarades à la respecter, à prendre soin d'elle, afin d'échapper à la folie carcérale. 

*** Jean Genêt Journal d'un voleur

*** Paul Bloas

Merci à Cé pour la découverte du texte de Kessel 

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Jeudi 1 novembre 2007

La forêt de Mogari (Mogari No Mori)

"Il  n'y a pas de règles formelles, sais-tu."


Personne ou presque ne se souvient de Naomi Kawase, sur le devant de la scène du festival de Cannes 2007,de son discours fleuve. Elle avait une retenue pudique qui invitait à taire tout geste pris dans la manne des jours, à tendre âme et oreille. Des mots qui racontaient une douleur personnelle sans la nommer précisément et ce fait à vivre ou vécu partageable par tous: la mort. Comment survit-on à ceux qui comptent? Quel lieu du monde nous ramène à nous-même quand le réel est devenu aphasique, rongé par la douleur ? La Forêt de Mogari est à la mesure de ses paroles, de leur universalité, à ce temps autre qui ne connait pas de mesure, celui qu'il faut parcourir pour tenir debout.  Il y a dans cette forêt: des présences aimées, des rires, des larmes, des choses acceptées, des pluies et des feux. De la vie et de la mort, dépouillées et cette question  "Sommes-nous vivants?"  ténu comme un poing de côté essentiel.

Un paysage de campagne entre désordre forestier et précision des arbres à thé. Un cortège avance lentement, des chants psalmodiés. Quelqu'un rejoint la forêt de Mogari. A proximité, une maison de retraite aux deux sens du terme: des visages d'Asie, l'inscription patience du temps, des sourires qui closent la boucle de l'enfance à la vieillesse. Leurs questions et les réponses des moines boudhistes. Ici, on apprend la mesure du temps. Mr Shigeki semble ailleurs. Machiko est venue "oublier" qu'elle a perdu un fils. Mr Shigeki voudrait savoir s'il est vivant. Question qui en appelle deux autres: " Manges-tu du riz ?" , si oui tu es vivant. L'homme acquiesce mais reste en attente. "L'autre sens est la sensation de vivre, de te sentir vivant." Le moine invite Machiko à prendre la main de Shigeki pour lui transmettre l'énergie qui lui manque.
Alors que chacun calligraphie en idéogramme son prénom, l'homme raye le signe "chi" de la page de la jeune femme. On lui rappelle l'identité de celle-ci, Shigeki veut Mako et personne d'autre. Mako a disparu depuis trente-trois ans, âge où le défunt devient Boudha. Spiritualité ou pas, pour celui qui reste il n'y a pas de place pour les autres. Capitale de la douleur ou capitale douleur? *. Machiko semble être au début de cette atonie du deuil: incapable de réagir, autrement que dans l'aide à autrui, encaissant la violence de son mari, demandant pardon à l'inéluctable. Son deuil est évoqué pudiquement: une photo, le doute " Vous croyez que j'y arriverai?". La réponse de Nakawo, infirmière devient un leitmotiv "il n'y a pas de règles formelles, sais-tu?"
Un soir, nettoyant la chambre de Shigeki, elle découvre un sac à dos sur lequel l'homme se jette, semblant le lui confisquer. Le lendemain, alors qu'il prend la fuite, elle le rejoint. Se metteant à jouer à cache-cache, ils plongent dans le rire d'enfance, courent à perdre haleine et hoqueter du souffle coupé à l'éclat de rire. Un pacte tacite se scelle: une balade dans la forêt de Mogari.....

Mogari est la période de deuil durant laquelle on vénère le défunt ou encore le lieu où ce dernier est enterré. Etymologiquement "Mo agari", il signifie la fin du deuil. Kawase filme comme elle vit: la lumière sera celle que vous pourrez respirer avec son humidité, ses cieux de cime, son silence bruissant. Point d'effet, le souffle de la marche et de la quête impose sa cadence à l'oeil de la caméra. Vous êtes du voyage que vous le vouliez ou non. Les plans limpides et suspendus à un autre temps sont présence et errance. Ces moments de perte, sans signe de rappel à la temporalité quotidienne (la panne du véhicule, le portable qui ne capte pas, le désert humain). On peut penser aux chemins de pénitence labyrinthiques du Moyen-Age, où se perdre c'est revenir à soi, différemment. Ainsi, le film semble évoluer entre les pôles du documentaire et de la fiction réaliste: la cinéaste pose sa réflexion, donnant à son long-métrage les formes d'un conte philosophique : "Cela vient de mon expérience personnelle. Ma grand-mère, qui m'a élevée, est très âgée. Elle est atteinte d'une forme de démence sénile. Ce film est lié à la prise de conscience de l'approche de sa mort. Cela me force à penser à moi, à mon rapport à la mort, à la manière dont cela va se passer quand elle va disparaître."

Des scènes qui disent le lien indéfectible entre ce que nous sommes et ceux que nous aimons. Dans les absences de Shigeki, il y a Mako. L'homme est au piano, deux autres mains l'accompagnent. Le morceau lui échappe, elle le guide. Passé et présent s'annulent. La soudaineté de l'absence quand la mélodie à quatre mains se réduit à la main seule sur les touches noires et blanches. Dans l'entêtement de Shigeki, il y a là-haut au sommet de la forêt: la tombe de Mako. Un plan et des cahiers: 1973, 1975, 1985, 2005, 2006. A chaque année, des pages pour combler l'absence. En voix-off la voix de celui qui est resté: "J'ai erré et ...je suis là". Le souhait de ce dernier de s'endormir là, au coeur de ce trou creusé de ses mains tient dans l'évidence de son sourire.

D'autres qui apprennent à savoir comment rester. Des épreuves de la nature qui sont aussi violentes que celles de la réalité: une rivière en crue qui effrait Machiko qui voyant Shigeki s'engager se met à hurler, supplier. De la réminiscence et des larmes délivrées, c'est au vieil homme de porter la douleur de la jeune femme. Une scène brute et superbe qui tient à l'abandon d'Uda Machiko. Des ténèbres et de la pluie que Conrad n'aurait pas renié l'habille. Vermeer n'est pas loin: les torses nimbés des deux êtres à la faveur d'un feu. La posture protectrice de Machiko portant comme on bercerait un enfant le vieil homme, le souffle de leurs voix " On est vivant". Dans le sac de Shigeki, il y a cette boîte à musique qu'il offre à la jeune femme.
Sous les cimes, la  lumière semble essentielle, épurée. Son voyage au bout de la douleur est achevé. Son visage se relève peu à peu, entre à bout-portant et mains offertes, elle joue cette musique entre sensation d'être en vie et peine apprivoisée.

Les fils dénoués par la réalisatrice japonaise: la filiation, l'éternité de la mort, la symbiose de l'âme et de la nature (Terence Malick n'est pas loin) s'inscrivent dans une dimension humaniste et picturale. L'harmonie des cheveux gris et des mains tannées par le temps de Shigeki et l'arbre aux racines cendrées, voraces comme celles qui courent dans les temples d'Anghkor. Les liens se construisant ,hors des généalogies familiales ,soulignent que certains évènements sont impartageables, qu'une rudesse et une douceur invente cet autre rapport au monde qui importe tout autant. Kawase souligne les détails qui assurent le sentiment indéfectible qui nous ramène à l'autre: la musique, l'écriture,l'image, le souvenir de scène...Ces figures non imposées de vivre l'absence, de ne pas rompre avec cette sensation de vivre, de savoir s'abandonner pour continuer sans rompre.  S'il est question de mort, il y est surtout de rires, des larmes, un pouls de vie qui ne saurait se dédire...Une valse entre soi et l'absence, une éternité retrouvée, perpétuée...   

Lien vers le site du film http://www.mogarinomori.com/

* Titre d'un recueil de Paul Eluard Capitale de la douleur

Citation extraite du Monde 30/10/07, pour en savoir plus sur Naomi Kawase

A ma grand-mère paternelle, à ma tante paternelle, à mon frère, à nos fous
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Dimanche 28 octobre 2007

5h45 thé lire les mots de Dahlia il y a la terre rouge d'Afrique la logique de l'autre continent les rencontres improbables un sourire avant de partir à faire passer à Cécile...
Journée de rien aujourd'hui. Cross du collège,  faire le planton au rond-point le matin avec un autre prof. Parler de double culture son père fils d'un soldat français et d'une mère vietnamienne le reniement des origines la parole refoulée de photo,de avoir pourquoi on est là.
Ce matin c'est l'Aïd dans le rer les regards murés entre les Arabes et les Noirs sont affalés "dans quelques années ça sera dur,ça tombera l'été" Plus de bleu praguois derrière les vitres du rer.
Au rond-point de surveillance les familles vont vers la salle de sports un joyeux bazar de gamins qui courent de djellabas noblement portés je n'ai pas mon apparei. Aimer leurs beautés du jour,  les femmes me sourient les hommes moins je reconnais des élèves qui hochent timidement la tête puis affichent un franc sourire.
Après -midi alone pluie taquine les 3èmes se montrent plus bavards me tiennent compagnie,  d'autres en soutien me parlent du devoir à rendre. Les gamins de la maternelle vont à la piscine. Une gamine africaine me regarde puis me prend la main 8 ans à tout cassé, elle comprend que je ne suis pas du voyage.
Temps perdu se fait sentir
- "vous lisez quoi Madame? Depardon Notes d'un voyageur . Ils regardent "téma c'est la guerre (Beyrouth) et mon frère c'est ton pays!(Afrique)".
Novic 6ème "Mzelle on vous voit pas demain, ni jeudi, ni vendredi ça fait loin! ce qui est sûr c'est qu'on se reverra oui c'est sûr mais c'est loin!!" Novic repart résigné Mohammad vient 1h par semaine "Mademoiselle demain je prends mes fiches? (surprise, je suis en vacances avant eux!!) oui, bien sûr et mon prénom c'est quoi? Mohammad. grand sourire A demain !!" Il repart comme Novic sur son vtt.

Demain ils m'attendent....

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Mardi 16 octobre 2007
Peu d'écriture ici depuis la mutation au sud..Le temps de prendre mes marques, de m'apercevoir que j'avais pris le large par rapport à un métier pour lequel j'avais eu un coup de foudre, que j'en étais revenue, sans y renoncer de la dimension humble et humaniste de l'exercer...Impression de rencontrer de nouveau mon métier, de retrouver le goût du partage du mot...
Ici, le collège est neuf, les moyens autres.Une volonté d'en haut et une envie de s'en sortir par ses propres moyens. Il y a aussi ce travail de maillotage, une solidarité certes corporatiste mais qui sait se mobiliser quand il le faut. En cinq années de zep, un beau travail de sape sur ce point, une gangrène liée à ce qui ronge le fonctionnement de la société, défendre d'abord sa peau , quant à celle du voisin, s'il me reste de la force..

Les vies des gamins restent tout aussi heurtées..un défilé hier soir et les jours passés...
- B. qui bégaye souvent, panique dès que quelque chose l'insécurise. Il relève d'une autre structure, mais en attendant il reste en 6ème, comme Z. en 3ème qui fait des découpages à longueur de cours...Les parents ne sont pas les parents ou ne comprennent pas le français. Comment expliquer la folie dans une autre langue que la sienne?
- C. a eu les mains qui tremblent quand elle me montrait son carnet. Un mot de sa mère pour un rendez-vous, la demande de C. "est-ce que je suis obligée de venir avec elle?". Je reconnais ce regard fuyant, la honte du parent et la nécessaire émancipation. Comprendre en voyant le teint cireux, les gestes rudes, l'alcool aux médicaments mélangé, la parole  en mode cyclique à contrecarrer.
- D. dont la mère a les yeux aussi bleus que le rouge des larmes qui les dévore. Une maladie incurable, des médicaments pour dormir qui lui font oublier le lever de D. lequel se retrouve avec deux heures de colle.
Aujourd'hui, j'apprendrai que la mère d'H; dont le père est médium est considérée comme folle, que celle d'O. est en arrêt mais ne traverserait pas la rue. Elle n'a pas envie d'entendre que le fait que sa fille soit une cible lolitaesque, qu'il lui faudrait des lunettes....

Du côté des 3èmes, même profil que ceux de l'an dernier mais avec plus volontaires, des choses surprenantes: s'exprimer en leur nom les fait mélanger langue arabe et langue française...Des cours où le coaching se dispute à l'enseignement...

Des demandes liées à l'affectif souvent, quelque chose dont je m'étais départie ou qui avait disparu dans les rapports acérés de confiance à reconduire chaque jour. Retrouver le syndrôme Blanche-Neige où l'élève reste encore un peu pour un livre souvent oublié,pour la définition d'un mot. Celui plus teigneux, hyperactif qui voudrait qu'on l'aime plus que les autres.

Côté c.v, après le continent africain, je découvre la communauté gitane avec les gamins considérés comme homme et femme à 15/16 ans aux noms officiels et officieux, des visages dignes du Parrain, des gouailles imparables. Pour l'heure, je n'ai pas vu l'envers du décor.Juste le rose, les mères en pyjama..Les conflits violents entre les communautés marocaine et gitane, la b.a.c à la sortie du collège...

Du côté de la direction, je crois que je n'ai plus rencontré de directeur assumant ses fonctions mais de belles figures imposées de désimplication. Ici, on prend soin de vous, on vous appelle "la petite", vous tient informé des situations de familles soumises à d'autres variables...

La solidarité côté salle des profs me permet de renouer (non sans défiance) avec une confiance.Les sujets de conversations sont éclectiques: pour la plupart jeunes parents, ils n'en oublient pas le monde autour. Parler de Camus, ou du dernier Wong-Kar-Wai, suggérer un livre et réciproquement....

Pour l'heure, je suis en observation et réconciliation avec un métier...Même si le constat demeure que l'institution scolaire ne répond pas à certains gamins qui n'en finissent pas de se multiplier ( ni ime, ni upi, ni segpa)...Reste qu'il y a volonté humaine et politique avant tout....

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Samedi 13 octobre 2007
hotographies de Laurence Leblanc



"J'utilise le flou pour exprimer cette quête d'identité de l'enfant qui vit l'instant à cent pour cent sans se préoccuper du passé ni du futur." 

"Cette forme particulière est venue petit à petit. Je n'ai pas cherché à être différente. Je veux que le spectateur puisse se raconter sa propre histoire. La réalité m'intéresse tant qu'elle touche à l'imaginaire.(..)"

Quitter l'isle bruyante de la place de La Bastille, décliner les ombres projetées des êtres dans la rue du musc dans le soir déclinant. Entrer dans la galerie Vu, la configuration du lieu vous invite à l'immersion, au silence. Un voyage en humanité en noir et blanc, des formats carrés, des portraits, des paysages. Des traces de l'oeil réalisés lors d'errances et de travaux réalisés pour Action Contre la Faim.

Ce que Laurence Leblanc nous donne à voir, ce n'est pas Cuba, Madasgacar, Le Cambodge, Le Brésil, des hommes, des femmes, des enfants saisis dans leurs combats contre le chaos d'une réalité ou d'un intériorité...Après le monde de l'enfance, elle poursuit son "écriture photographique"  vers le monde silencieux des non-dits, des religions...Vous n'y verrez que peu de paysages, les moins heureux, ils appellent résolument l'être humain . Des images floues, des visages s'abandonnant au chant, aux larmes, des lieux anonymes: un hangar, une pièce imprécisément chambre ou salon, une rue, une entrée d'immeuble, des repères d'espérance en arrière-plan.

L'oeil de Laurence Leblanc croise la femme seule au tryptique dansant, une dignité singulière, celle du dénuement. Suit une grand-mère entourée de ses deux petites-filles, la connivence des yeux souligné d'un sourire rend les photos palpables, sensiblement proches. Rien n'est bousculé, tout est suspendu à ce croisement entre les êtres où rien n'est dit, où l'on se côtoie d'une commune présence. Une femme noire à la psalmodie muette rythme l'exposition: un visage imprécis, les lèvres qui laissent échapper une saudade mise à nue par la présence des cathédrales. Un couple improvise un pas de tango, les figures saisies dans le tremblé du mouvement.

Les enfants sont des silhouettes et des visages sur le seuil du geste suspendu, dans l'ivresse du risque. Le geste sans mémoire, sans expérience, entre dans l'acte posé et celui à venir. Dans le film "Le Cambodge et les nonnes", le mouvement de la prière, la bande-son  aphone s'inscrit dans la même perpétuité, les stigmates du passé blessé entre épure et témoignage.

Regard sur le fonctionnement et dysfonctionnment des régimes et comment l'homme y survit, 'y abîme:

" Somalie, sécurité, kalachnikov..le clan. Tout petit enfant connaît sa généalogie, une trentaine d'entités claniques, pas de gouvernement depuis treize ans; L'homme s'efface derrière le clan. Somalie, Sécurité, kalachnikov...A l'entrée de l'école, sur le mur, on peut lire: Put the gun and take the pen, learn today an lead tomorrow, let us learn english".


Votre reflet sur les verres des photographies donne l'impression d'être gagnée par ces mouvements de l'âme, saisie sur le fil de l'abandon, quand elle se départit des tensions, d'une réalité tout en l'y inscrivant. Une éternité du mouvement de l'existence semble s'inscrire dans ces flous et ces nets arrêtés. La photographe fait de son regard, le relais entre le souffle au coeur, le poing de côté de ces moments où l'âme se refuse à défaillir. Une résistance de l'abandon, le lâcher prise nécessaire pour laisser expirer hors du corps.  La distance et le mystère de ses procédés photoraphiques envisage le réel comme le balbutiement du mot, des états de l'âme suspendus, dans l'attente patiente de naître.

La mémoire, sa prégnance est une thématique qu'elle ne se cesse d'interroger:
" Le projet "Objets perdus" est né à Paris, où j'ai eu envie de faire une pause face à une réalité de plus en plus complexe où il devient difficile de résister à la folie de nos sociétés occidentales (...) Les objets les plus banals, les outils de production disparaissent "sans laisser d' adresse", du jour au lendemain. Les traces, les objets, les vestiges relient les générations en s'inscrivant dans une mémoire commune. Ils sont des liens vitaux, une force et une passerelle vers l'inconnu. Mon désir d'associer pour la première fois les mots (si présents depuis toujours) à la photographie est peut être comme disait Roland Barthes, la conscience que la photographie ne remémore pas le passé mais donne à voir : "Le mystère simple de la concomitance". Effacement, mélancolie, jetable, marchandise économiquement non réparable, attachement... des mots qui m'obsèdent. Et je me demande si moi-même, je m'attache à ces objets perdus ou ne m'en détache en les photographiant. Cette série s'inscrit dans mon questionnement sur un monde dépourvu de sens : Que sera la mémoire pour les générations futures ? Faut-il résister vainement ou s'adapter en ignorant le passé ?"

Galerie Vu, 2 rue Jules Cousin, Paris IV du 13/09 au 03/11/2007 du mercredi au samedi de 14 à 19 heures.
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