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Texte Libre

Une liste à la Prévert au pouls du  regard ou d'écriture... des fragments du monde, de ce qui le fait défaillir, tressaillir, sourire...Jeter colères et cris par manque de montagne ou de mers dans nos urbanités...Fixer des vertiges les jours ou nuits où l'envie de partager se fait plus forte....

Derniers Commentaires

Samedi 9 juillet 2005
         Un après midi paresseux qui se love en atome de langueur dans le corps , tentation de rester dans sa bulle, de prendre des nouvelles du dehors...Remonter le boulevard de la Chapelle, slalomer entre les voitures, vent et soleil urbain, silhouette perdue dans le dédale des embouteillages , musiques des souks, sapes d'Afrique..Rencontre avec le sourire de Nour, huit ans qui m'invite à voir l'arrière-cour atelier de son grand père, silence des cours secrètes de Paname....

       EXPO "ECRITURE EN DELIRE"..Des mots et des dessins, dans la pénombre, pris dans des formes géométriques , des langages nouveaux proches du dadaïsme, du futurisme, de bauhaus..Autoportraits troublants semblables à ceux de Bacon , Basquiat,Van Gogh...Cris tatoués sur des bouts de tissus , des pétales de fleurs ,traversés de mysticisme , de folie amoureuse religieuse, figures récurrentes le nazisme , la peine de mort...Demandes parfaitement calligraphiés s'adressant à l'état, aux médecins cherchant à être au monde,  sorti de la marge...Certains documents sont des témoignages explicites de folie , quasi incompréhensibles...D'autres sont des vérités troublantes: les  mots semblent jetés au gré d'un chaos, désordre de la synatxe ; mais le sens nous parvient.
     "Le plancher de Jeannot"  Deux pans de murs faits de planches manuscrites : le bois de la chambre de Jeannot, tombé  dans une crise irréversible de schizophrénie, il y a inscrit son "délire" : " La religion est une machine à penser qui emprisonne les esprits"..Aimable Jayet "Pourquoi on embarque sur océans?"...Lotte Morin Yego : "Je vends mes baisers/mille franc/mille bécos/mon nu mille francs/mon tout un million/je vends à crédit/qui me libère /c 'est gratuit et je paye l'offre/Lotte Mignon/poupée chiffon Hetrz/etoile en carte 267550"...Parmi eux l'ombre d'Antonin Artaud, de Louis Althusser, Camille Claudel....

         Dehors, lumière solaire me mord.."vs avez un message": "G.c'est R. .J'appelais comme ça.  J'avais besoin d'entendre ta voix , elle est rassurante ta voix "..La voix de mon frère, compagnon des traces d'êtres croisés dans la pénombre juste avant...Besoin de sentir le monde vibrer à travers mon corps et dans mes yeux...
Par naew - Publié dans : Expos
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Samedi 9 juillet 2005
GREGORY MAC DONALD   "Rafael, derniers jours"               Coll.10/18

            C'est le genre d'histoire classée dans les faits-divers , on trouve "ça" atroce puis on plaque un autre fait-divers dessus et on oublie..Puis ça nous revient ,en plein visage, parce qu'un homme Gregory Mac donald a décidé de reconstituer l'histoire , sans pathos. De suivre pas à pas une vie condammnée d'avance, proche de cet homme que l'on accompagne pas à pas, page à page.....

        Descendants d'Indiens , Rafael décide de vendre sa mort à un producteur de snuff movie. Le livre s'ouvre sur le dialogue entre cet homme et lui : le marchandage au dollar près de sa vie  ,la description précise de cette mise à mort orchestrée, pensée jusqu'au moindre détail de l'atroce. La suite est la vie à rebours de Rafael jusqu'à ce jeudi 11h. Quelques billets en poche, monnaie d'avance sur sa mort, lui font toucher violemment son statut de paria reposant sur son apparence (sa famille l'accuse de meurtre le voyant revenir avec des présents pour eux, un coiffeur refuse sa présence), tutoyer ce monde inaccessible à sa famille , où il se surprend à trouver en lui des élans pour être parmi ce monde calme , lisse. Il ne vit plus que pour ça, pour sa famille au creux de la décharge, les mots "avenir", "lire"," partir ","changer la done "commencent à devenir des évidences. Le récit s'achève sur la page avec l'écriture analphabète de Rafael, le contrat de sa mort..          
     Blancheur aveuglante sur ce soit-disant fait-divers, où une vie est réifiée pour satisfaire la perversité de certains dans le silence des bas de pages des journaux, ou aux unes éphèmères . Regard porté par une écriture concise , précise, composée de dialogues qui prennent au ventre, ne vous lâche pas même longtemps après, sur cette amérique en marge, privée de ses clés pour entrer dnas le monde, sur ces êtres délaissés parce qu'inutiles....Pour lesquels, exister est une douleur sourde...Disparaître de la ligne de bus scolaire, de la carte....


"Exister, c'était un truc qui leur était tombé dessus comme ça. Et sa réaction , pas pire qu'une autre , avait été de boire pour oublier la faim et la douleur, les tromper, les fuir, devenir le plus insensible possible, les ignorer pour survivre."


"- A quoi ils jouent les gosses ici ?
- Ils tracent des routes dans la poussière."
Par naew - Publié dans : Livres
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Jeudi 7 juillet 2005
          Des instantanés de vie qui s'étirent le long d'une fin de journée..au coeur d'une nuit...

       Suzanne,la voisine du huitième,me demande deux minutes de mon temps. Nous lui en volerons au centuple.Son appartement, sous les toits, ressemble à une chanson de Renaud. Les images pieuses côtoyent des images de ses félins d'enfants par procuration , des peluches trônent sur son salon en osier, les magazines "Point de vue".. Elle me montre les tombes de leur absence:"Tu vas penser que je suis folle..".Arrive Balou, son amoureux éternel dont elle "divorce chaque semaine". Il la regarde attendri, habitué à sa folie féline.Oser lui demander depuis quand elle est ici.

       1943, Paris 17 ans. Suzanne retrouve son enfance, son vie. Sa voix devient canaille, espiègle."Ich spreche deustch couramment tu sais". Ravie j'écoute, je retiens, je trie sa vie, ses instants de bascule dans le passé. Elle vient de l'Est, "bretonne de l'est". Vittel, un hôtel occupé par les forces alliées, Suzanne découvre le monde de la société anglaise, commence à refuser de plier le joug. De fil en aiguille, elle devient la gouvernante de la famille du docteur du roi Farouk  : un monde à la Gréco et à la Vian. Balou évoque la rue Pixéricourt , les premiers Bellevillois , elle intronisée duchesse des lieux, les Moldaves creveurs d'oeil de chat. Retour à l'enfance, elle parle saint nicolas, rit aux éclats...

           J'ai la tete qui tourne, je suis bien comme Alice dans le tunnel du temps..."Tu me diras quand tu partiras en Bretagne, hein?"...Frisson d'eau au coin des yeux...Ici on me formule cette demande..j'ai l'impression d'avoir des boutures ici....Dans ma tete, j'ai tout un monde de petites histoires délivrées du temps, révélées par Suzanne..au dessus de chez moi il y avait un trapéziste...La dame du 5ème désespérait d'aimer, elle s'est fait refaire le nez et s'est trouvé un amoureux à l'alliance française"...Des histoires de vraie vie.... Aimerais faire des portraits de Suzanne....Avant que le temps ne nous laisse plus lui voler des minutes au centuple.....
Par naew - Publié dans : Des moments à part, à la Prévert
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Mardi 5 juillet 2005
      Mettre un terme, faire table rase, débarrasser, envoyer valser, pleurer jusqu'à l'épuisement, hurler de tout mon soûl , se défaire , lâcher du lest..... Revenir au collège,angoisse au ventre, gorge sèche,jambes qui manquent de se dérober,à cran. F. tente de me faire sourire, il parle, parle, je me tais, je lui pose la main sur la bouche "s'il te plait ne te donne pas toute cette peine ". Pourquoi la peur? Cela fait des mois que je n'y suis pas revenue. Le poids des regards, cette différence entre ce que je montre et ce qu'il y a à l'intérieur, des sourires, des attentions. L'angoisse se dénoue , au fur et à mesure, que F.et moi vidons les cartons, je ne veux rien retenir. Quelques mots pour se projeter sur septembre, 4 classes..De nouveau, j'ai envie.... Fin de journée..crevée, courbartures...Symptômes de trop d'émotions , de trop de tensions..Lâcher du lest..Mal au coeur..me vider encore...
Par naew - Publié dans : Résilience/Papier froissé
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Vendredi 1 juillet 2005
        Nuit assise sur le bord de la fenêtre me remplir de son silence,vagues de larmes qui coulent à l'intérieur, invisibles à l'oeil nu....Oter pan par pan ma carapace, arracher ses dernières traces...Vomir ces actes qui m'écoeurent et que je refais encore....Aller vers les pourquoi , la peur au ventre..Enfant entendre "tas d'os", pas aimable, objet, truc utile..pas de voix, pas de sujet...Pas moi . me remplir du silence....


        Me regarder en face...Pourquoi cette envie violente d'effacer certains matins celui qui est en face de moi ? J'ai beau sentir son souffle et ses mains, je suis loin à l'intérieur...Pourquoi cette peur violente envers moi, envers l'autre quand il me touche,que ce qui se lie entre lui et moi me prend au coeur,me poigne au ventre? Je voudrais pouvoir ne pas etre sans cesse sur le qui vive,me laisser emporter.....Courir après ma peur...

      Ils existent au dehors , tremblent quand je marche à leurs cotés au dehors.Ces regards qui ne les voient plus, eux les hommes pressés , à la vie rectiligne, la pensée faussement désinvolte. Leurs désirs sont des marques de territoires sur mon corps, comme s'ils ne pouvaient me toucher à l'intérieur, ils pensent que les morsures, ma peau rougie sont des sentiments affichés. Mains sur poignets, regards en défiance."Toi tu existes, moi je dois prouver que j'existe, même dans nos enchevetrements je n'y arrive pas". Je souris. Silence. Rideau.

      Ils me regardent m'épuiser à bout de souffle, inutilement. Ils ont mal mais ils attendent que je tombe pour que je me rende compte, que j'épuise mes errances de mauvais rêves. Ils aimeraient que je me protège, ils savent que je n'entends pas. Ils s'appellent présent du passé, nos nuits sont fraternelles. Epuisée comme une enfant qui a couru longtemps, le chagrin lourd qui laisse ses traces sur les joues. Endormie, ils déposent des baisers sur mon front, me disent que c'est fini que je peux arrêter ce manège sans envie. Silence de respiration endormie. Répit.

      Il y a eux où j'ai pris ma peur à bras-le-corps..Avancer en fildefériste..chuter mais ne pas fuir, y croire... N. a fini par faire  de moi sa confidente, témoin silencieuse de ses doutes, de ses murs...Chacun de ses mots me fait trembler, pour elle ces mots...Ta voix.. un petit souffle au coeur...Amitié fraternelle excessive parfois...Etre là dans ta vie en creux pour tes ombres et tes fantômes...plus d'a...... G. a recueilli ma tête au front posé sur son épaule..laisser les derniers pans chuter...Retrouver nos codes...nos carnets à 4 mains..se poser dans des endroits parler, photographier...Prendre le temps me laisser apprivoiser....Peur de nouveau...
Par naew - Publié dans : Résilience/Papier froissé
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