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Texte Libre

Une liste à la Prévert au pouls du  regard ou d'écriture... des fragments du monde, de ce qui le fait défaillir, tressaillir, sourire...Jeter colères et cris par manque de montagne ou de mers dans nos urbanités...Fixer des vertiges les jours ou nuits où l'envie de partager se fait plus forte....

Derniers Commentaires

Jeudi 24 mai 2007

Le jeudi est un jour d'un même rôle avec moult variations....

Avant d'aborder la matinée, Christine à l'accueil, femme ronde qui a le verbe rond et haut, évoque la chanson de Jonasz "on allait voir la mer." Par la fenêtre ouverte, la veille, elle a reçu une pierre par la vitre qui a frôlé son visage....Tutti va bene...

8h30...Le groupe des francophones bancal qui comprend dyslexie, dysorthographie et repères linguistiques d'une langue maternelle autre que le français...Ming appelle son tipex le "attentionçaquipue", après une explication sur les langage soutenu et familier elle se décidéra pour "oulala ça ne sent pas bon" et le "ça pue"en riant..
11h30...Sansi croit dur comme fer la légende africaine que nous venons d'étudier : "pourquoi le ciel est loin maintenant?" . Voici un petit résumé:
Au commencement, le ciel était tout près de la terre. Les hommes n'avaient pas besoin de travailler, ni cultiver le sol pour se nourrir, car ils découpaient un bout du ciel et s'en nourrissaient. Sauf que  ces derniers abusaient et gaspillaient. Le ciel les menaça de s'éloigner s'ils ne faisaient pas attention. Or, une femme vorace et gourmande coupa un énorme morceau du ciel. Morceau qu'elle ne put finir, craignant que le ciel ne mette sa menace à exécution, elle demanda de l'aide à son mari et au village. En vain. Le ciel s'éleva "loin de l'atteinte des hommes"(..) C'est depuis ce jour que les hommes doivent travailler pour vivre.   
Sansi- Alors mademoiselle, ça veut dire qu'avant le plafond il était bas?
Moi- Le ciel était à portée de main, tu devais juste tendre la main
Novic( caîd en devenir) étonné et tout aussi convaincu- On faisait juste ça (geste tendu) et on mangeait?
Moi- Tout à fait!
Sansi- Mais si on travaille bien, le ciel il va redescendre?
Novic- ça va écraser les immeubles !
Sansi- Nan, mais c'est vrai!
Moi- Tout à fait vrai.
La sixième m'a regardé comme si je détenais le secret...Comme Gandalf....


12h30..les 3ème..prévisible...Ils sont huit. Aujourd'hui l'écriture engagée...Là je me sens comme Cousteau avec son monde du silence. Rien, pas un mot. Le texte de Rocé "j'ai des trous de mémoire"leur passe au-dessus. Luther King? connais pas, Malcom X? c'est Denzel Washington...En devenant le murmure derrière la main ou la tête lasse, je finis par faire cours avec deux élèves, voire plus quand j'utilise le forceps ( transposer la situation du texte en les plaçant au centre de celle-ci, confronter leurs envies et la réalité). Aux question, le rituel " j'sais pas" est devenu un "j'sais pas mais j'vais le faire" ( cela représente une phrase sur laquelle je ne lâche pas l'élève-comprendre regard et mots à l'appui, silence digne de Sergio Leone, forcément il m'en veut 3 ou 4 ans où on le laisse tranquille et une prof qui veut trop (sic))

La salle des profs est en émoi grâce à la prof d'anglais fière de montrer son livre : l'autobiographie de Lizarazu, s'en suit une discussion mature " Nan mais arrête il est trooop beau - Musclé ne veut pas dire beau..", je suggère de placer l'ouvrage entre de Beauvoir et Camus. Le relais est pris par G. le flegme anglais d'un prof de français qui vient de recevoir sa troisième lettre d'amour: l'élève en 4ème lui explique qu'elle a éliminé l'autre (élève)"qui était dans la partie", qu'il devra juste lui dire "je sais" dans les yeux" au prochain cours. Le détachement et l'ironie- Desproges meilleur ami du prof en zep! nous gagnent, je lui suggère qu'au terme de ses années de zep, nous montions  un spectacle rue Faubourg du temple. Fou rire partagé sous le regard des autres " Gwen, t'es vraiment sérieuse quand tu racontes des c..........". M. qui venait de tenter un jeu de mots sur son admiration pour Britney pour tacler gentiment la prof d'anglais laquelle s'est lancée dans une lecture de Bixente, rejoint mon sourire abasourdi par l'ambiance...

 
4ème ...Camélia a le regard dans le vide et s'amuse aujourd'hui à pousser des cris de chien. La recadrer si on ne maitrise pas le sujet peut prendre des heures: mode paranoiaque et pensées-propos déconstruits en permanence. Jouer le père-le psy -le flic....

Récré... Jacob en 4ème se taille une réputation éphémère. Les réputations dans les zep-petitsghettos ont l'impact vif et éphémère des rumeurs de village. Ce dernier, à voix basse, lançait des piques dures à Alexandre, dyslexique, obèse qui passe à l'oral. A l'autre bout, de la e, une remarque, puis deux me parviennent. J'indique la porte à Jacob qui se défende de quoi que ce soit. Alors, je liste les faits depuis quelques semaines et son emprise sur la e pour heurter Alexandre.  Il sait que c'est une règle sur laquelle je ne transige pas: la moquerie sur un défaut de langage, sur la couleur de peau, le physique. Même si bégaiement, même si semi-analphabète, droit de cité même pour une phrase. Pourquoi? autre le principe de respect de l'autre, c'est une toute petite manière de les sortir de ces réflexes de survie qui consistent à écraser l'autre. L'intransigeance passe par ma voix de nouveau et le regard bis. En gros être accusé de discrimination dans un cours de melle H. ça se sait. Pas de réitération.

3ème.. Cours toujours à la Cousteau..On dérive sur l'engagement politique, sur un cinéma ou une médiathèque dans une cité ( il n'y a aucune à E.). Pour certains, celui qui tente ça,"il  est mort" , pour d'autres "faut les sous". Je leur parle de l'initiative de Besson, un écran pour un soir dans des cités, apporter ce qui manque un soir, idem pour Fellag et d'autres. La conversation se poursuit sur qu'est-ce qu'il est possible de faire ici. Le même instinct de survie, le même chacun pour sa peau.
Fin du cours, Steve 1m80, 44 de pointure, la PDaddy attitude
-euh! M'lle Vous me défendrez ( regard ad hoc) un peu au conseil?
Priscillia- on a fait des efforts, y'a en espagnol et avec vous où on s'excuse d'être en retard!
Moi- Honnêtement! Si on inversait les rôles, est ce que si vous étiez à ma place vous défendriez des élèves comme vous?
Les deux se regardant-  Franchement! ouais, c'est trop pas possible!

 
Le conseil de e...Ils rêvent de seconde générale...les moyennes 5,6,2, 10 (pour 4 élèves sur 20)....L'équipe dont je fais partie reconnaîtra que le mauvais esprit de cette e a bouleversé l'adolescence d'Abu qui de bon élève est passé à l'attitude peureuse, ses derniers temps, il essaie de les oublier, les faiseurs de mauvaiseté, ils sont plus souvent absents il respire. Echange de regard avec Steven. On doit repenser à mes phrases électro-chocs , les pas sympas...pas déontologique de leur dire qu'ils vont devoir, même si c'est injuste, se battre plus parce qu'ils n'ont pas la bonne couleur de peau ou le bon nom, ni de leur dire qu'ils ne doivent penser qu'à eux, se dégager du regard des autres et de la pression ( un des jeux du début d'année était de frapper celui qui avait mal lu), ni que c'est une claque bien plus forte qui les attend s'ils ne bougent pas....ni au 2ème trimestre que c'était le plus triste conseil que j'ai pu faire depuis que je suis prof, que ça me met en colère de les voir acculé, désinvoltes, encore une fois la face offerte de la fierté de l'échec? , de laisser d'autres décider pour eux...

 
La conseillère d'orientation, est à côté de moi, elle me montre les dossiers. Colère et ce sentiment d'actes vains. Sur les 20, 5 sont psychologiquement très fragiles ( mère cotorep ou en emploi réservé) 5 autres ont été testés avec un qi de 70 la décision de la segpa " doit rester dans le système car il a l'âge normal" les autres  ont 17 ans ou 18 ans dans six mois et ne savent pas lire un texte, faire une division.... En gros, outre la réalité que j'ai eue tout le reste de l'année, j'apprends que les élèves n'étaient pas "intellectuellement disponibles" (phrase entendue lors d'un séminaire, je la chérie particulièrement)...Au final, des tribus de mécanos, de vendeurs, de comptables et de secrétaires....et encore rien n'est sûr..Un grand logiciel et des regards portés sur les chiffres décideront...

 
Seuls trois s'en sortiront, trois avec une histoire..ceci n'explique pas cela, quoique....

Steven, arrivé de Côte d'Ivoire, moitié anglais, moitié comorien. Le parcours d'Abd Al Malik avait un sens pour lui. Dans ses écrits, il évoque sa mère aux cheveux comme des montagnes, des feux de camps scouts avec l'armée, le respect des autres. Il s'est laissé esquinter(attitude, langage)  sans perdre ses valeurs humaines d'être ne laissant pas noyer dans la masse.
Abu Bakar,seconde génération venue du Pakistan, lui c'est Marjane Satrapi qui lui a plu. Ailleurs, il pourra y arriver...
Vera, portugaise arrivé en cours d'année, veut devenir médecin. Elle a préparé son départ, abandonné un pays, des racines, son
père qui lui interdisait de voir sa mère.  Elle écrit remarquablement. Plusieurs croient à son désir, elle ne s'est pas laissé entamé
par l'ambiance étouffante.....

 
En sortant croiser Merveille( véritable prénom) qui n'aborde pas un masque de chien, ni un jeu de plage mais braille dans les couloirs, elle aussi restera pour "son âge normal"...croiser un père qui remet son pantalon sans pudeur....Penser à Desproges....

 
Soit il faut accepter que transmettre c'est émanciper certains et en exclure d'autres, soit  on ne peut pas tous les sortir de là...Mais là, j'avoue que la colère tait le découragement. Amère, impression de gâchis...Trois c'est déjà ça....

 

"Une société décente est une société dont les institutions n'humilient pas les gens.(Margalit, philosophe..). Aujourd'hui, il y a une expérience vive de l'humiliation qu'il faut combattre. Il a déjà la violence sociale qui distribue des places accordent aux uns la possibilité du jeu social, de la comédie sociale et n'accordent pas aux autres cette place(...) ce n'est pas avoir voix auc chapitre"                           Guillaume Le Blanc, 20/05/07, Bande à Bonnaud

 

Tutti va bene.....

 

- Publié dans : Prof, regard et réflexion de l'intérieur
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Mercredi 23 mai 2007
Toute vie ordinaire est potentiellement précaire.(..) "

Parfois, sur les ondes, la rencontre peut avoir lieu. Quand quelque chose heurte, me semble trop flou, j'éprouve le besoin de nommer, d'aller chercher le sens et l'étymologie désigné. Nommer et dénuder le trouble par une forme d'ascèse du langage.
Aujourd'hui, découverte et rencontre de Guillaume Le Blanc s'exprimant sur son livre Vies ordinaires, vies précaires aux éditions du Seuil. Sa démarche consiste à revenir au mot, à chercher ce qui se cache derrière ce que les médias et nous-mêmes désignons par les mots "précarité, solidarité..". Parfois, on se sent moins seul(e) à suffoquer dans l'air ambiant...

Son entretien que vous pouvez ouîr ici (mettez au rebut, la frilosité ou la défiance qui pourrait vous venir en lisant le terme "philosophe") me ramène à un micro-évènement. Des années ante-prof, j'ai gardé une inquiétude des lendemains. La première fois que je suis entrée dans le marathon caf-anpe, des faits anodins a priori m'avait marqué: l'absence de miroir dans les lieux de commodités, la réification numérée, le fait de ne pas être assez précaire pour prétendre au cinéma, au théâtre. Je les avais interprétés comme des signes d'exclusion infimes mais violents après 3 ans de fac. Par obstination et refus de ces perspectives ( on comprend très vite que l'on peut compter que sur soi), j'ai commencé à apprendre le madarin et à dégoter les bons plans. Aujourd'hui, j'observe que ces signes minimaux dont nous sommes quelques un(e)s à relayer deviennent des lieux communs, que nous mesurons dans les institutions ( justice, social, enseignement) où nous exerçons des paroles, des décisions qui visent à humilier, à marginaliser celui/celle qui n'entre pas dans le cadre, des polyvalences qui dévident ce pour quoi nous sommes là.

Dans son étude du mot "précarité", Guillaume Le Blanc décline trois axes :
- la pauvreté
- la capacité d'agir
- le droit de se faire entendre et d'être entendue
qui correspondent point par point à trois types d'attente
- une justice sociale
- la créativité
- la reconnaissance

 

Dans l'entretien qu'il donne dans l'émission La Bande à Bonnaud, il interroge aussi ce que recouvre les termes d"identité nationale" , du caractère policier de ce projet de société.

 

Voici un article du Monde qui vous permettra de vous faire une idée.

- Publié dans : Les rencontres
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Samedi 19 mai 2007

Comment servir la nausée actuelle dans ces pouls de résistance que ce sont les salles de théâtre ?
En demandant la suspension d'une série de représentations d'une pièce de Koltès  Le Retour Au désert  lors de sa première entrée au répertoire de la Comédie Française.
Pour quelle raison?
En prétextant que  le rôle d'Aziz n'est pas joué par un comédien arabe, selon "le souhait" de Koltès.
Qui a demandé cette suspension?
François Koltès, frère et ayant-droit  de l'auteur.
Quelles conséquences?
- l'introduction au répertoire national de Koltès
- la notion de comédien et personnage
- le respect de l'auteur et la notion de droits d'auteur

Cette demande crée une polémique absurde qui relaie ces termes d'"identité nationale". Dans ses directives de mise en scène, Koltès* a émis une préférence et non posé un impératif.Comme le souligne sa lettre du 17 octobre 1988 à une production allemande: "J'aurais aimÈ qu'avant d'entreprendre de monter Le Retour au dÈsert vous preniez la peine de lire la piËce et, Èventuellement, de lire aussi les autres. Cela vous aurait ÈpargnÈ la peine de me "rassurer" sur le fait que les rôles d'Arabes ne sont PAS jouÈs par des Turcs. Mon propos Ètait, bien Èvidemment, le contraire. A dÈfaut d'acteurs arabes, des acteurs turcs ou pakistanais s'imposaient, car il me semble qu'ils subissent les mêmes tracasseries de la part des fascistes que les Arabes en France dans les annÈes 60..."
Le souci de Koltès est de surtout témoigner des rapports et des
tensions d'une société aux prises avec son histoire, sa conception et
son acceptation ou non de l'étranger.

Qui plus est, on peut imaginer que François Koltès ne pouvait être sans ignorer la distribution  des rôles. On peut donc s'étonner qu'il réagisse ainsi à rebours et avec éclat. Qu'importe les motifs, un auteur n'existe dans son pays, si et  seulement il est joué, reconnu avec sa singularité, celle de sa langue, de son regard sur le monde. Poser une telle interdiction au moment où la Comédie Française s'apprête à le rendre frère des Racine, Shakespeare, Molière, Camus, c'est  le reléguer à cette marginalité qu'il a tant évoqué, empreinte d'un constat sur le monde mais aussi d'une quête identitaire plus personnelle. Il est un des rares auteurs à avoir su rendre lisible, accessible ces différences ethniques, communautaires, à avoir décrypté les rapports Nord-Sud, les histoires entre anciens colonisés et affranchis, à avoir questionné cette notion d'identité de l'être troublée.. Une parole moins corsetée plus subversive au répertoire est plutôt bienvenue et essentielle.

Par ailleurs, les termes "comédien arabe" répondent amèrement aux termes "identité nationale". Qu'importe l'origine du comédien, il ou elle est porteur/euse d'un rôle, passeur/euse d'une parole, ce n'est pas son origine qui donne force à son interprétation mais son implication, son désir d'être un personnage.

Enfin son acte pose le problème de la notion de droit d'auteur, lequel s'avère plus ou moins remis en question: " La conciliation est possible la plupart du temps, Catherine Corneille, directrice de la communication de la SACD. Cela dit, nous sommes entrés dans une époque où, à cause de la revendication de la gratuité de l'accès aux œuvres d'art, la notion de droit d'auteur est de plus en plus difficile à défendre, y compris auprès des institutions. L'auteur est devenu un gêneur.» Faut-il décliner dévider un auteur, une écriture jusqu'à le dessécher, l'eliminer?

*François Koltès n'en est pas à son premier refus de laisser connaître son frère: refus de travaux universitaires sur des inédits, publication au compte-gouttes d'oeuvres ou esquisses de l'auteur..Certaines attentions sont mortifères.

Voici un article où il expose son intention de faire valoir son rôle d'ayant-droit au risque de menacer la voix de son auteur
http://www.mouvement.net/html/fiche.php?doc_to_load=9292

Ainsi que  les incohérences de François Koltès,( source Le nouvel Observateur du 09/05/07 )

«Je ne suis ni l'auteur ni un agent. Qu'est-ce qui m'autoriserait à refuser les droits à qui que ce soit?» déclarait François Koltès en 2002. Sans doute cette philosophie a-t-elle permis à Catherine Marnas de monter, en 1997, L'Héritage, une pièce de jeunesse reniée, selon elle, par Koltès lui-même. Pourrait-elle encore y parvenir aujourd'hui? Sans réponse de François Koltès, qui n'a pas souhaité accéder à notre demande d'interview, voici un bref «retour sur scènes». Comprenne qui pourra...

2001
Autorisation du Retour au désert, dans une mise en scène de Thierry de Peretti, avec un acteur corse dans le fameux rôle d'Aziz.

2003
Autorisation faite à Dimiter Gotscheff et à la prestigieuse Volksbühne de Berlin de représenter Combat de nègres et de chiens avec un comédien blanc grimé en noir, dans une version du texte comprenant coupes, inversions et ajouts. Le tout diffusé par la télévision allemande.

2004
Interdiction de la tournée de Roberto Zucco, monté par Philippe Calvario, qui a remplacé un personnage par une voix off.

2005
Autorisation d'une distribution féminine pour Dans la solitude des champs de coton, mis en scène par Jean-Christophe Saïs.

2007 Interdiction au metteur en scène Muriel Mayette de distribuer un acteur non arabe dans Retour au désert, au-delà de la 30e représentation.

- Publié dans : drôle d'ère
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Jeudi 10 mai 2007
Elle, 7ème demoiselle d'honneur, invitée au dernier moment. Lui, frère de la mariée. Neuf ans après, ils se retrouvent. 9X365 jours sans aucune nouvelle. Elle a refait sa vie à Londres, elle dit etre heureuse et avoue que la tristesse lui manque. Lui est avec quelqu'un, ça n'est pas sérieux, sinon ce serait fini. Elle dit qu'elle connait les hommes comme lui. Chacun abat ses cartes et ses remparts, cabotine et dit vrai, joue sur ce qui séduit ou fait enrager l'autre. Un goût d'inachevé et de point de non-retour atteint. Après lui, elle a quitté New-York. Un besoin d'être seule résolument. Elle n'est plus toutes ces choses qu'elle était avant, elle est aussi d'autres choses qu'il ignore. Sa peau est parcheminée, les cernes la magnifient. Elle sait que le mensonge est aisé une fois qu'on est lancé. Elle se sent plus vieille que son age réel, ironise sur sa décadence à venir. Elle le bouscule,le met au défi, flirte avec les vérités et les demis-vérités. Après elle, il est resté à New York, il l'a cherché. Il se sent souvent seul, il aimerait parfois qu'on lui parle d'elle au lui de taire son nom. Il découvre qu'il ne la connait pas, se remémore une scène avec moult détails. Son corps est devenu, pour elle, un tronc d'arbre au fil des ans. Il jalouse son présent, traque les moindres parts de sa vie actuelle. Il essaie de la convaincre de revenir en arrière, lui promet d'etre le veilleur de ses derniers jours. Son ex-femme-Elle était un "très bon coup" et "une très bonne amie". Un silence suivra ces derniers mots.

Un goût d'inachevé et de point non-retour atteint. Des choses révolues, des choses qui peinent à revenir.  Univers clos ou alcôve, une chambre d'hotel le temps d'une nuit. Le split-screen fragmente et intensifie l'intimité de cette rencontre à rebours. L'un commence une phrase, a un geste, l'autre le complète. Qu'importe qu'il ait un nom ou un prénom, ce sont simplement un homme et une femme qui "comme tous les personnes qui s'aiment véritablement ont le chic pour se rendre malheureux". Derrière les visages d'Helen Bonham Carter et Aaron Eckhart, chacun dessinera le visage qu'il voudra, esquissera un sourire sur ces codes inventés entre soi et l'autre . Le film repose sur le choix d'une mise en scène fragmentée et sur l'interprétation humble et forte des acteurs. Dans les rencontres à rebours des personnes que l'on a aimées, il y a ces intimités que l'on concède, la chevelure défaite, le corps marqué, les confidences entre adolescence et gravité sourde,les blessures laissées et oubliées avec la vacuité de l'objectivité.Une innocence perdue, une lucidité échue. Un thème parcourt le film, un frisson sans connotation affective, un état de l'être homme ou femme, qu'importe. La solitude qui habite les êtres au coeur de l'amour, celle provoquée par l'absence durable de l'autre, le deuil d'une certaine idée d'être avec l'autre. On en revient toujours, bancal ou pas. Un film chaud et lucide, sans promesse, avec ce quelque chose, nous donne à croire que l'autre y répond, qui cogne: "notre besoin d'être consolé est impossible à consoler". *

*
Stig Dagerman


- Publié dans : Ecrans
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Dimanche 6 mai 2007

Aller au dépouillement au deuxième tour des Présidentielles à 20h alors qu'à 18h les estimations sont tombées, équivaut à rendre les clés d'un appartement conjoint, à assister à un réveillon de noël en connaissant le plan de table, la nature des cadeaux.
Un sentiment d'inutilité ténu.

Il y a un voile imperceptible d'ombre portée depuis 18h sur Paris
Un silence qui ne saurait se dire de résignation, de peur?

Comment se passe un dépouillement? Le suspense sera de courte durée.
Prenez une table avec quatre personnes: un ancien instituteur habitué misogyne comme il faut "je leur ai bien expliqué de mettre un trait sur le point, puis de barrer au bout de cinq ans( lapsus mais je le garde ;-)) traits", deux femmes l'une aide-soignante et une retraitée.
Flot d'enveloppes bleues, répartition en lot de 10 et la partie de poker commence
ça donne un triomphal Royal de voix féminines et un silencieux Sarkozy accompagné d'un sourire masculin.
Ségo/Sarko..tout est dans l'intonation
Des bulletins blancs, déchirés.des pliés en origami, des collés. des compte double, des suiveurs sarko/ségo " ça doit être le mari et la femme", remarque  l'instit'
Au bout de trois quarts d'heures, 565 ségo et 385 sarko. Nous sommes trois à nous dire que nous sommes rassurés d'habiter dans un quartier qui vote ségo..Je sais à Belleville, le risque était moindre. Mais à discuter et à voir, chez certains commerçants: la fascination dans le regard face à Sarko, l'impossibilité de m'expliquer pourquoi cet homme les captive même si en donnant des cours à leurs gamins, en connaissant leurs parcours, je peux tenter de comprendre.
L'instituteur quitte la table

 

Les deux femmes délient leurs visages. La retraitée a le regard de la peur et de la lutte emmêlées. Elle revit son émancipation manquée de 68 à travers Ségolène, elle ne sait pas très bien compter mais "depuis qu'il est parti", elle s'y met. Elle dit qu'elle veut nous aider, qu'il saura qu'on est là. L'aide-soignante évoque des neveux dans l'humanitaire qui ont pris la décision de partir.
Elles me demandent mon métier, s'en suit une discussion où j'ai dit des choses banales, l'impresssion d'inutilité, les postes et aides supprimés, la colère qui remplaçait la résistance, le resf, la résistance intelligente, à la candide...

Quitter l'école.
Dehors la même chape de plomb, les sirènes tournent du côté de la Villette
Toujours ce silence

Message du bout du monde, ma grand-mère me dit que son oreille surtout la gauche a sifflé
Elle a voté comme les 53%
Lui dire même si c'est vain que côté social, éducation et autres on va morfler...

La valse cathodique me fait penser à un apartheid des esprits
Les médias à la botte des 53 % et les autres
La concorde et la culture version sarko ressemblent à une farce nauséeuse, de les voir vociférer la Marseillaise je me suis demandée si je ne devais pas passer au noir et blanc
la gauche qui implose
décidément je ne me reconnais pas dans ce visage-là

Vote, démocratie, légitimité
Pas de remise en question de ces principes-là
Eviter de tomber dans l'anti-sarko primaire
Attendre, etre vigilant
Se dire que ça va développer la créativité
retrouver des sens perdus, tus

" Soyons précis, légers et vigilants" M.Piccoli


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