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Texte Libre

Une liste à la Prévert au pouls du  regard ou d'écriture... des fragments du monde, de ce qui le fait défaillir, tressaillir, sourire...Jeter colères et cris par manque de montagne ou de mers dans nos urbanités...Fixer des vertiges les jours ou nuits où l'envie de partager se fait plus forte....

Derniers Commentaires

Samedi 28 avril 2007

Chaque année, les mêmes cahiers jaunes papier recyclé et les mêmes 1,9,0 ou 1,4,9,0.

Hassine, Cléa, Ismaîla et d'autres lisent les choses suivantes
- Qu'est ce qu'une histoire tragique?
- Est ce qu'un roman et un dictionnaire peuvent être amis?
- Explique comment les eaux usées sont évacuées?
- Utilise les mots infiltration, épuration...
Chaque année résume un être à une existence abstraite, à des "items". Donc cette année , j'ai fait mon boulot de comptable. Tâche qui me barbe par sa répétition et son manque de pertinence. Outil d'évaluation, reflet de la société : 1 tout bon 9 tout faux ou à moitié 0 rien. Le dilemne est clair tu assures ou pas mais à pas à moitié. Donc aujourd'hui les instits de "mes" entités abstraites,voulaient me voir.

La conversation au téléphone en mode panique coté instit : le chiffre ne correspond pas à leurs résultats et ils n'ont pas vu les sujets ni les outils d'évaluation. J'accepte un entretien ( fuite devant panneau "danger, refilé par le principal, une habitude, une grande histoire entre lui et moi..). Ils regardent les cahiers de deux éléves, s'étonnent des 9 que j'ai annotés."y'a un point là et une majuscule"/"ça veut dire quelque chose son histoire (à haute voix oui!)"/"c'est bien écrit ( comprendre lettres bien formées)".
Pour ma part, je sais pourquoi ce hiatus : il y a mon exigence qui me semble juste je n'attends pas d'un gamin qu'il mette une majuscule et un point, ni forme bien ses lettres. Je n'attends pas que ça. Il y a mon exigence et les critères du ministère. Les instits en face montent sur leurs grands chevaux "ah ben non faut pas faire ça ! On vous remet pas en cause ( bien évidemment que non puisque de moi meme j'ai expliqué ma correction). mais nous on se réunit ( et vlan le sacro-saint instit' vs prof qui m'échappera toujours!)..." .
Je réponds calmement que je n'accorde qu'un crédit limité à ce papier recyclé jaune, que ce qui m'importe c'est la notion de plaisir, d'envie du gamin à lire, écrire, s'étonner. Eux ce qui les effraie, ils le répèteront plusieurs fois; ce sont les soit-disant conséquences. Mauvaise évaluation= moins de crédit au sens large du terme coté ministère, coté parents, pression de leurs chefs. Je leur demande si 1,9, 0 sont des critères d'évaluation pertinents et approfondis, si prendre un enfant à un moment T et s'inquiéter de ça et non pas de sa manière d'être au long des jours, de ses notes sur le fil des semaines, de ses ravissements contagieux. L'un des instits royal me répond " ça fait deux ans qu'on sait qu'ils sont évalués sur des choses qu'ils ne connaissent pas."
Cet entretien m'a agacé. Il est le reflet d'un système qui ne se remet pas en question où la loi des worldcompany fait qu'on indexe les choses à transmettre en les réifiant, en y incluant le mode de survie. Même moi j'ai pensé une inspection va se pointer sur ma pomme,; il faudrait que je fasse attention à mes réflexions personnelles sur les névroses du ministère;ça ne m'a porté chance surtout là où je suis. J'ai aussi fait quelque chose qui ne se fait on ne dit pas que l'on fait une erreur aujourd'hui, on performe. En tapant sur le moteur de recherche ma gaffe, je suis tombée sur le blog de Brighelli. me suis sentie moins seule...
En attendant demain on va isoler des groupes de mots qui font sens en 3ème , dans leurs rédactions ils écrivent "c'était mieux avant j'avai des rêves maintenant c'est plus compliqué la vie"...

Je ne sais pas si "c'est Mickey qui a gagné..."* mais l'aveuglement, les impasses, l'art de poser les questions -impasses et réduire à des chiffres des êtres...ça m'en a tout l'air... 1: tout bon 9: tout faux ou à moitié 0 : rien.

Noir Désir

* d'après l'ouvrage de Brighelli La Fabrique du crétin
publié dans : Prof, regard et réflexion de l'intérieur
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Samedi 28 avril 2007

Chaque année, un rite méconnu se déroule au sein des contrées apv, autre nom donné aux zep.
Le délégué syndical arrive en salle prof le sourire mi carnassier mi résigné, et tend l'air triomphant
une brochure ....le spécial mutations!
Cet acte crée un élan spontané et presque désespéré/désespérant du titulaire fraichement arrivé en zep/apv.
Mieux que les programmes politiques des présidentielles, que le numéro spécial voyance de l'année, cette brochure remporte un succès impressionnant.

Cette année, un phénomène nouveau touche le nouveau. Il consiste à traquer l'ancienne bankable.
L'ancienne bankable est celle qui officiellement est célibataire, cumule 3/4 ans en zep.Celle ci est fort prisée car elle a un maximum de points. Ce qui me vaut un interrogatoire affable se déclinant une fois éculées les formules de politesse: "tes points tu les partages?/ tu mutes où?/ tu irais où?" de la aprt de la gente masculine professorale..

Explication: le mouvement migratoire du professeur est déterminé par des points qu'il cumule selon son ancienneté, la zone où il enseigne, son statut marital. Chaque année il peut partir en formulant des voeux
que le ministère exaucera ou pas selon son bon vouloir. Chaque académie détermine ses besoins selon les disciplines. Si vous avez le nombre de points requis, vous etes reçus...Ce qu'il faut savoir : les points sont déterminés au moment des mouvements et les résultats ne se ressemblent pas du tout d'une année à l'autre. Bref vous éprouvez le meme sentiment qu'un candidat à l'eurovision au moment de l'annonce des résultats.

Je peux comprendre que le collège ne corresponde à ce qu'ils veulent. Par contre, si le libre-arbitre est infime quand on vient d'etre titularisé, on sait pertinemment qu'entrer en zep implique 3/4 ans pour en partir et encore si pacs blanc ou pas, si enfants ou pas. Je m'interroge juste sur la volonté et l'outrecuidance de certains, qui voudraient que je mette ma liberté au service de leurs envies ( à savoir certains sont pacés ou fiancés!). Tout comme on peut se demander pourquoi sont ils devenus profs?
Un journal a publié un sondage récemment sur les nouveaux profs : nous cumulerions stress, absentéisme  mais serions heureux. Je ne peux m'empecher de la confronter aux mots d'une prof au sujet de son enseignement. "faire en sorte que les élèves soinet bien oui, de faire mieux , non".

En attendant je fais des listes en to mute or not ? Si oui, où? et aurais je assez de points pour aller ailleurs. au vu des dernières lois, à moins de faire un enfant avant janvier 2007 ou de rencontrer un cul de jatte avec quatre enfants, afin de mettre toutes les chances de mon coté, je ne vois pas... la "démarche" de ces nouveaux venus me rappellent la chanson de Dominique A, elle sent l'âme vautrée au détriment d'autrui pour sauver sa peau....

*allusion au titre de Dominique A "Pour la peau"...

publié dans : Ecrans
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Samedi 28 avril 2007
de regénération de l'humanité, mais le malheur de mes parents, je ne le voyais pas." A.Appelfeld.


Quelque part en Palestine,Ernest, écrivain septuagénaire, se heurte à l'écriture comme à ses parts de non-dits. A ses côtés, une jeune femme simple Iréna, dame de compagnie, vit dans l'absence des ses parents défunts. L'écriture comme l'Histoire sont des territoires inconnus, à l'un comme à l'autre. Lui se heurte aux pages blanches comme on refuse de se regarder en face; elle le regarde,impuissante, errer. Le quotidien est leur seul langage commun, fait d'habitudes, d'heures fixes et de gestes immuables. A mesure qu'Ernest entre dans sa nuit, elle l'accompagne. Les mémoires de chacun, l'écriture se délie se dérobent à mesure qu'ils se rapprochent..

L'auteur d'origine roumaine, Aharon Appelfeld place son roman sous le signe de la naissance au mot au lien. Son écriture simple, concise accompagne le dialogue de chacun de ses personnages avec l'écriture, sa part d'histoire amputée. Il double son récit d'un questionnement : comment naît l'écriture d'un auteur? comment naît le sentiment amoureux?
"Les mots qui ne sont pas reliés à une souffrance ne sont pas des mots, mais de la paille.Toutes ces années je suis allé vers des lieux auxquels je n'appartenais pas, vers des mots qui n'étaient pas nés en moi." Que signifie " des mots qui ne sont pas nés en moi?" voulut-elle demander. Ernest devina ses pensées et dit: "Des mots qui ne sont pas nés de mes propres douleurs."

A priori, rien ne lie ces deux univers, si ce n'est le goût du silence mêlé à celui du secret. Autour des thèmes de l'Histoire, de l'exigence du mot juste, il mesure la place du rêve et des coincidences-parallèles qui initient la rencontre. Là où Iréna pourrait se tenir en marge par son ignorance des mots, Ernest apprend à faire preuve d'humilité, à sortir du mimétisme qui touche tout artiste: ne pas oser prendre place par crainte de ne pas être à la hauteur. L'écrivain est en guerre avec lui-même. " l'écriture est le domaine secret d'Ernest, il n'en raconte rien et Iréna ne pose pas de questions, mais elle sent qu'il s'agit d'un violent champ de bataille." L'insatisfaction le guette : les insomnies pour un mot "mal choisi le torture toute la nuit", les demandes à Iréna de brûler ses précédents manuscrits.

Ces écrits sont les vies des autres vues par Ernest, l'ouvrage auquel il s'attelle est l'histoire de sa vie. Au début, il n'y rencontre que les ténèbres d'une guerre civile intérieure. En questionnant Iréna sur son passé, il lève la cigue posée sur la sienne. Son écriture s'épure, il commence à lire ses pages à celle qui partage son quotidien, il apprend à aller au plus nu. Le reniement est au coeur de ce récit. Ernest apprend à renoncer à ces parts rejetées où résident son enfance, ses parents. Enfant, il avait fui le mutisme de ses parents. Il renia son judaïsme en s'enrôlant dans les jeunesses communistes avant d'intégrer l'Armée Rouge. Son affranchissement passe par le mot, l'écriture. Ce qui le rendit apatride aux yeux de ses parents les enfermant un peu plus dans leur silence. Il devint étranger à ses propres origines. "Il me semblait alors, dit-il, que c'était à qui se tairait le plus. Je poossédais en ce temps-là des mots en abondance, les mots des livres que j'avais lus, et les mots que le Parti m'avait fait avaler par la suite."

A l'opposé, Iréna "apprend des livres ce que ses parents ne lui ont pas dit." Ces livres sont ceux de Primo Levi, Anne Frank, Moshé. L'Holocauste absente mais omniprésente dans la vie de cette dernière est évoquée pudiquement. Elle sait aussi les rites d'une pratique et d'un sentiment religieux inconnus à Ernest. L'écriture de son autobiographie devient une immersion dans l'histoire d'une mémoire prise dans les rets de l'Histoire. Pour elle, le passé réouvert d'Ernest devient une découverte de la littérature, du non-dit qu'elle peut supporter. "Ecrire, c'est faire surgir des choses de l'oubli? s'étonna Iréna.
- Manifestement oui
- Qu'y-a-t-il encore que nous ignorons?
- Qui sait?."

Ce livre qu'Ernest ne brûlera pas le mène vers la douleur et l'apaisement. A mesure que son corps porte les stigmates de la maladie qui le ronge, son écriture se libère, répare sa mémoire entamée. Iréna ignore Kafka et les autres mais ne me méconnaît pas le combat d'Ernest. Là où il serait tenté de renoncer, "elle le protège tel un garde du corps, attentive et chaque fois que la Mort s'approche de la fenêtre, elle bondit sur ses jambes et le chasse..". Des nuits d'écriture et des souffrances physiques, elle y apporte sa simplicité. Il apprend à se mettre à sa portée comme il apprend à délivrer les lèvres tues de ses parents. Pan par pan, ils esquissent un langage qui leur est inconnu, qui les surprend autant qu'il leur semble évident. Elle devient une présence qui ne pèse, se départit du deuil perpétuel de ses parents avec lesquels elle dialoguait, se révèle à sa féminité. Les coincidences-parallèles se conjuguent en révélant à chacun la raison d'être de la rencontre.
"Les douleurs torturent sa chair mais Ernest n'est pas un homme malheureux.La présence d'Iréna, sa proximité; lui ouvre des couloirs vers des mondes qu'il n'a pas connus, ou qu'ils a connus mais dans lesquels il était aveugle. Il ne s'était jamais représenté un tel amour".

Aharon Appelfeld et Ernest ne font peut-être qu'un, le jeu de variations entre Ernest/il et le "je" invite au rapprochement. Comme lui son double fictif, Aharon Appelfeld a été enrôlé par l'Armée Rouge avant de rejoindre la Palestine où il vit et écrit. Soudain l'amour est, à la fois, une autobiographie que l'auteur rapièce : des pensées, des réminiscences et une réflexion sur la présence de l'autre permettant de retrouver le fil d'Ariane de la mémoire qu'on avait crue perdue. Son écriture est une invitation/initiation à écouter les silences, à saisir en tremblant la main qui pourrait vous accompagner pour entrer en soi, parts d'ombre comprises, secrets de famille levés pour naître à soi, au mot.

"Désormais il sait que la littérature commence avec le puits au dessus duquel on s'est penché enfant, la peur noire qui vous a étreint à la vue de sa profondeur, avec le chiot qu'on a caressé et dont il s'est avéré qu'il avait la rage, puis avec la course vers la clinique bondée de gens effrayés, d'enfants qui braillent, le médecin qui tient dans sa main une grande seringue,découvre le ventre tremblant et y plante l'aiguille. La mère n'est pas moins effrayée que l'enfant. De là il aurait dû partir, des petites niches enfouies sous la pluie d'automne,de la mère,du père.S'il était parti de ce point, il aurait eu une autre vie."

publié dans : Livres
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Lundi 23 avril 2007

Il est 16h, au lendemain d'un 1er tour qui ne passe pour certaines, pour beaucoup.
La mère remonte la rue avec la poussette du dernier, autour d'elle, les aînés:
- C'est Sarko qui va gagner! Il a le plus de points! ( Le gamin a la bouille ravie).
La mère sourit en secouant la tête, elle n'y croit pas ou elle évite d'y penser.
Pour son gamin, ces chiffres entendus ou vus c'est un jeu, comme ceux où il doit appeler un numéro surtaxé et appuyer sur une touche ou encore celui où il a plusieurs vies, où il dit à haute voix en fixant l'écran "Je suis mort, attends j'm' transforme/j'ai un joker pour une seconde vie".

Comme tous, hier j'ai vu les chiffres, entendu les mêmes débats inénarrables,  où les représentants de chaque parti pinaillent sur lequel a été le plus à l'écoute des sans-papiers, des handicapés, des personnes âgées. Minable sur qui était à Cachan entre Besancenot et  Rachida Dati. Assourdissant sur la gauche éclatée qui espère, qui voit revenir ceux qui ont tourné épaule et  ressorti leur machisme ( vils animaux politiques que Fabius, Strauss-Kahn..), qui donne le pouvoir à l'imagination ( voir fin du discours de Ségolène Royal, cela résonne comme le "dans tes rêves" ). Sur ceux qui sont de gauche mais ne s'y reconnaissent pas, appelant à voter pour (Voynet, Besancenot, Buffet), accentuant le trait "sans illusion". Ecoeurant le discours populiste de Sarkozy, ratissant large qui passe en boucle. J'essaie d'ironiser en remarquant qu'à son QG c'est complet-veston-cravate, côté gauche c'est tee-shirt..

Les analystes politiques évoquent , si on est lucide ils n'ont pas tort, si on s'en tient à la logique froide et pragmatique des sciences, celui qui est arrivé premier est mathématiquement le mieux placé. Je veux bien leur donner tort mais à les voir se diviser, à ne plus trop savoir où ils en sont, l'incertitude et l'intranquillité me gagnent. J'aimerais d'autres visages que ces piliers du PS, nostalgiques du passé. Voter pour aider, me fait mal. Le pire des scénarii serait un Sarko élu et une cohabitation dans un an. Pour beaucoup, voter Sarko revient à voter Le Pen avec ce désir de "tout péter", de n'avoir plus rien à perdre, de pousser la tension à son paroxysme.

Le voter utile se double de voter contre et non plus de voter pour.

Il y a deux ans, nous étions plusieurs à dire que s'il est nommé, s'il y arrivait. Certains évoquaient l'exil, d'autres disaient je résisterais de l'intérieur. Aujourd'hui, nous sommes tous là. Depuis cinq ans, on serre les dents,  on rage de certaines scènes quotidiennes. Mais quand la possibilité de vivre autrement,du moins de l'envisager, l'instinct de survie revient, acculé, on rejoue les mêmes cartes. A defaut, en dépit de..


Vu de ma petite vie, je me pose réellement la question d'exercer mon métier aussi librement que je le veux, ou dois-je m'attendre à ce que je vois depuis un an et demi? Certes, l'être humain sait se montrer inventif face à un obstacle qui cherche à l'opprimer, à le nier en tant qu'homme. Je sais quel sera mon vote mais je ne saurais me départir de l'intranquillité. Je lirais attentivement, de nouveau, les programmes de Royal et Bayrou ( celui de Sarkozy aussi mais pas du tout avec une intention d'adhésion, plutôt pour voir quels sont ses axes de pensées, un zeste de Sun Tzu ). Seulement, j'aimerais qu'ils prennent conscience du danger qu'il y a en face. La question d'être de droite ou de gauche ne se pose pas aussi simplement, il n'est pas question uniquement de projets de société mais de systèmes politiques: démocratie ou totalitarisme déguisé en démocratie?

En janvier 2007, une étude** publiait les résultats suivants:

Pensez-vous qu'en France, l'égalité est menacée ? Oui 80%, non 17%.
Pensez-vous qu'en France, la fraternité est menacée? Oui 69 %, non 26 %
Pensez-vous qu'en France, la liberté soit menacée? Oui 59 %, non 38%.

** Télérama-TNS, 31/01/07

Toujours le même point de côté et de conscience..
publié dans : drôle d'ère
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Vendredi 20 avril 2007
Commencer le jour par "Yellow sun" de The Raconteurs.
Ouvrir les yeux avec une pensée claire, évidente: montrer mes photos, finir ce manuscrit
Attraper le rer au vol " Quand vous courez, on dirait que vous dansez", l'homme baisse les yeux sur ces derniers mots.
Lire les mots de Philippe Katerine, d'Abd Al Malik dans les Inrocks 2006
Me dire en lisant la lettre de Michel Gaudin félicitant Air France et son pdg, d'avoir participé à "l'éloignement sensible d'un étranger en situation irrégulière"? que ce qui orne cette lettre figure sur mon passeport. J'y crois de moins en moins, je le ressens de moins en moins ; ce tryptique républicain.
Etre en accord avec François Bégaudeau, même si son livre me semble facile...
Lire la vie de Jeff Babatunde-Shittu, voir le regard du passager en face, lui tendre le journal.
Regarder Villeneuve-Saint Georges et ses paysages urbains métalliques, brumeux, couleur tungstène...
Le passager en face regarde mon carnet de notes.
Envie de lui dire "moi aussi certains matins, je me déçois!"


Mettre en les mains d'Alla-Ed., Mohammed, Sarah, Nicolas, Demba l'histoire extraite de L'enfant-huître de Tim Burton
"On peut faire des films et écrire des histoires qui riment?"
"
- C'est vrai qu'on fait des trucs de ce2 en soutien?
- On refait les murs, sinon le toit ne tient pas.
- Ben oui des fois c'est du mauvais plâtre!"
Voir la dream team masculine des 6èmes avec lesquels aucun cours n'est prévu, débouler à l'entrée de la salle "Mademoiselle (ça continue de se filer des coups de coude à celui dit maitresse ou madame), on se voit jeudi et vendredi? - Bien sûr!- Ah! parce que les cours ça nous manque." grand sourire visiblement ravi
Les 3èmes "On a capté le message ", il semblerait que ça soit le cas. Si l'un d'eux me répond que j'ai trop la rage....`

Hassine a un bulletin en tiercé : 2,5,7. Sa mère mélange ,dans sa honte et sa colère, l'arabe et le français: la prof principale a souligné haut et fort que son fils ne savait pas parler français.
Quand Hassine s'emballe, ça donne
- L'hislam
- Dans ma religion, on est polygame!
- Que veut dire polygame?
- Qu'on a plusieurs dieux! ah non! plusieurs femmes! pas plusieurs, juste 4!"


Le frère au téléphone " Je vais me faire hospitaliser. j'ai bu aussi.
-Pourquoi, Mouss'? qu'est ce qui t'angoisse?
- Noël, le café, d'être le seul garçon.
- Mouss', écoute on n'a pas de tablée de 15, ni à faire semblant d'être heureux d'être là, pas de conflits en vue, juste être bien, se regarder des films, des vieux, des balades au bord de mer, les cinémas qu'on se fera tous les deux.
Tandis qu'il me dit ce qu'il l'angoisse, puis ce qu'il veut à Noël, monter dans le métro
- Mouss', prends soin de toi. Tords-lui le cou à cette angoisse. je t'embrasse fort."
Dérisoires ces mots.
Prendre place au milieu de ces sièges face-à-face. On apprend vite à ne pas regarder dans les transhumances métropolitaines. L'homme est accompagné de ses amis : "Excusez moi je ne vous connais mais j'ai aimé votre voix quand vous avez dit "prends soin de toi". Ne pas parvenir à répondre, juste sourire.

Descendre à la prochaine station.

Ne plus laisser à F. qui se laisse ronger par l'absence de l'autre, des messages d'attention.Il ne les supporte plus.

Me dire qu'il serait bon de répondre à ces lettres et mots reçus il y a un mois, trois mois, six mois de personnes pour qui j'ai été, à les lire, là....penser à The passenger d'Iggy Pop...Je ne sais quelle réponse donner, avoir....

Décider de me délester d'amitiés qui n'en ont que vaguement le sens. Une univocité, une stérilité de l'échange, que je ne supporte plus. Des réactions tièdes. On en veut toujours à ceux qui n'ont pas pris le temps de vous connaître, tout comme on s'en veut de s'etre laissé perdre du temps auprès de ces personnes-là. J'ai toujours prévenu que j'avais l'amitié exigeante, radicale, entière. les faux-semblants, l'opportunisme, pas la patience, ni l'aveuglement qu'auparavant.

Prendre des sourires dans des mots laissés sur mon répondeur, dans mes mails...de ceux qui comptent...

Certains jours, des non-évènements comme les petits riens, vous frôlent, flanqués entre vos jambes, comme un chien de novembre, vous laissant avec l'impression d'apprivoiser des vertiges.
publié dans : Prof, regard et réflexion de l'intérieur
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