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Texte Libre

Une liste à la Prévert au pouls du  regard ou d'écriture... des fragments du monde, de ce qui le fait défaillir, tressaillir, sourire...Jeter colères et cris par manque de montagne ou de mers dans nos urbanités...Fixer des vertiges les jours ou nuits où l'envie de partager se fait plus forte....

Derniers Commentaires

Lundi 23 avril 2007

Il est 16h, au lendemain d'un 1er tour qui ne passe pour certaines, pour beaucoup.
La mère remonte la rue avec la poussette du dernier, autour d'elle, les aînés:
- C'est Sarko qui va gagner! Il a le plus de points! ( Le gamin a la bouille ravie).
La mère sourit en secouant la tête, elle n'y croit pas ou elle évite d'y penser.
Pour son gamin, ces chiffres entendus ou vus c'est un jeu, comme ceux où il doit appeler un numéro surtaxé et appuyer sur une touche ou encore celui où il a plusieurs vies, où il dit à haute voix en fixant l'écran "Je suis mort, attends j'm' transforme/j'ai un joker pour une seconde vie".

Comme tous, hier j'ai vu les chiffres, entendu les mêmes débats inénarrables,  où les représentants de chaque parti pinaillent sur lequel a été le plus à l'écoute des sans-papiers, des handicapés, des personnes âgées. Minable sur qui était à Cachan entre Besancenot et  Rachida Dati. Assourdissant sur la gauche éclatée qui espère, qui voit revenir ceux qui ont tourné épaule et  ressorti leur machisme ( vils animaux politiques que Fabius, Strauss-Kahn..), qui donne le pouvoir à l'imagination ( voir fin du discours de Ségolène Royal, cela résonne comme le "dans tes rêves" ). Sur ceux qui sont de gauche mais ne s'y reconnaissent pas, appelant à voter pour (Voynet, Besancenot, Buffet), accentuant le trait "sans illusion". Ecoeurant le discours populiste de Sarkozy, ratissant large qui passe en boucle. J'essaie d'ironiser en remarquant qu'à son QG c'est complet-veston-cravate, côté gauche c'est tee-shirt..

Les analystes politiques évoquent , si on est lucide ils n'ont pas tort, si on s'en tient à la logique froide et pragmatique des sciences, celui qui est arrivé premier est mathématiquement le mieux placé. Je veux bien leur donner tort mais à les voir se diviser, à ne plus trop savoir où ils en sont, l'incertitude et l'intranquillité me gagnent. J'aimerais d'autres visages que ces piliers du PS, nostalgiques du passé. Voter pour aider, me fait mal. Le pire des scénarii serait un Sarko élu et une cohabitation dans un an. Pour beaucoup, voter Sarko revient à voter Le Pen avec ce désir de "tout péter", de n'avoir plus rien à perdre, de pousser la tension à son paroxysme.

Le voter utile se double de voter contre et non plus de voter pour.

Il y a deux ans, nous étions plusieurs à dire que s'il est nommé, s'il y arrivait. Certains évoquaient l'exil, d'autres disaient je résisterais de l'intérieur. Aujourd'hui, nous sommes tous là. Depuis cinq ans, on serre les dents,  on rage de certaines scènes quotidiennes. Mais quand la possibilité de vivre autrement,du moins de l'envisager, l'instinct de survie revient, acculé, on rejoue les mêmes cartes. A defaut, en dépit de..


Vu de ma petite vie, je me pose réellement la question d'exercer mon métier aussi librement que je le veux, ou dois-je m'attendre à ce que je vois depuis un an et demi? Certes, l'être humain sait se montrer inventif face à un obstacle qui cherche à l'opprimer, à le nier en tant qu'homme. Je sais quel sera mon vote mais je ne saurais me départir de l'intranquillité. Je lirais attentivement, de nouveau, les programmes de Royal et Bayrou ( celui de Sarkozy aussi mais pas du tout avec une intention d'adhésion, plutôt pour voir quels sont ses axes de pensées, un zeste de Sun Tzu ). Seulement, j'aimerais qu'ils prennent conscience du danger qu'il y a en face. La question d'être de droite ou de gauche ne se pose pas aussi simplement, il n'est pas question uniquement de projets de société mais de systèmes politiques: démocratie ou totalitarisme déguisé en démocratie?

En janvier 2007, une étude** publiait les résultats suivants:

Pensez-vous qu'en France, l'égalité est menacée ? Oui 80%, non 17%.
Pensez-vous qu'en France, la fraternité est menacée? Oui 69 %, non 26 %
Pensez-vous qu'en France, la liberté soit menacée? Oui 59 %, non 38%.

** Télérama-TNS, 31/01/07

Toujours le même point de côté et de conscience..
- Publié dans : drôle d'ère
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Vendredi 20 avril 2007
Commencer le jour par "Yellow sun" de The Raconteurs.
Ouvrir les yeux avec une pensée claire, évidente: montrer mes photos, finir ce manuscrit
Attraper le rer au vol " Quand vous courez, on dirait que vous dansez", l'homme baisse les yeux sur ces derniers mots.
Lire les mots de Philippe Katerine, d'Abd Al Malik dans les Inrocks 2006
Me dire en lisant la lettre de Michel Gaudin félicitant Air France et son pdg, d'avoir participé à "l'éloignement sensible d'un étranger en situation irrégulière"? que ce qui orne cette lettre figure sur mon passeport. J'y crois de moins en moins, je le ressens de moins en moins ; ce tryptique républicain.
Etre en accord avec François Bégaudeau, même si son livre me semble facile...
Lire la vie de Jeff Babatunde-Shittu, voir le regard du passager en face, lui tendre le journal.
Regarder Villeneuve-Saint Georges et ses paysages urbains métalliques, brumeux, couleur tungstène...
Le passager en face regarde mon carnet de notes.
Envie de lui dire "moi aussi certains matins, je me déçois!"


Mettre en les mains d'Alla-Ed., Mohammed, Sarah, Nicolas, Demba l'histoire extraite de L'enfant-huître de Tim Burton
"On peut faire des films et écrire des histoires qui riment?"
"
- C'est vrai qu'on fait des trucs de ce2 en soutien?
- On refait les murs, sinon le toit ne tient pas.
- Ben oui des fois c'est du mauvais plâtre!"
Voir la dream team masculine des 6èmes avec lesquels aucun cours n'est prévu, débouler à l'entrée de la salle "Mademoiselle (ça continue de se filer des coups de coude à celui dit maitresse ou madame), on se voit jeudi et vendredi? - Bien sûr!- Ah! parce que les cours ça nous manque." grand sourire visiblement ravi
Les 3èmes "On a capté le message ", il semblerait que ça soit le cas. Si l'un d'eux me répond que j'ai trop la rage....`

Hassine a un bulletin en tiercé : 2,5,7. Sa mère mélange ,dans sa honte et sa colère, l'arabe et le français: la prof principale a souligné haut et fort que son fils ne savait pas parler français.
Quand Hassine s'emballe, ça donne
- L'hislam
- Dans ma religion, on est polygame!
- Que veut dire polygame?
- Qu'on a plusieurs dieux! ah non! plusieurs femmes! pas plusieurs, juste 4!"


Le frère au téléphone " Je vais me faire hospitaliser. j'ai bu aussi.
-Pourquoi, Mouss'? qu'est ce qui t'angoisse?
- Noël, le café, d'être le seul garçon.
- Mouss', écoute on n'a pas de tablée de 15, ni à faire semblant d'être heureux d'être là, pas de conflits en vue, juste être bien, se regarder des films, des vieux, des balades au bord de mer, les cinémas qu'on se fera tous les deux.
Tandis qu'il me dit ce qu'il l'angoisse, puis ce qu'il veut à Noël, monter dans le métro
- Mouss', prends soin de toi. Tords-lui le cou à cette angoisse. je t'embrasse fort."
Dérisoires ces mots.
Prendre place au milieu de ces sièges face-à-face. On apprend vite à ne pas regarder dans les transhumances métropolitaines. L'homme est accompagné de ses amis : "Excusez moi je ne vous connais mais j'ai aimé votre voix quand vous avez dit "prends soin de toi". Ne pas parvenir à répondre, juste sourire.

Descendre à la prochaine station.

Ne plus laisser à F. qui se laisse ronger par l'absence de l'autre, des messages d'attention.Il ne les supporte plus.

Me dire qu'il serait bon de répondre à ces lettres et mots reçus il y a un mois, trois mois, six mois de personnes pour qui j'ai été, à les lire, là....penser à The passenger d'Iggy Pop...Je ne sais quelle réponse donner, avoir....

Décider de me délester d'amitiés qui n'en ont que vaguement le sens. Une univocité, une stérilité de l'échange, que je ne supporte plus. Des réactions tièdes. On en veut toujours à ceux qui n'ont pas pris le temps de vous connaître, tout comme on s'en veut de s'etre laissé perdre du temps auprès de ces personnes-là. J'ai toujours prévenu que j'avais l'amitié exigeante, radicale, entière. les faux-semblants, l'opportunisme, pas la patience, ni l'aveuglement qu'auparavant.

Prendre des sourires dans des mots laissés sur mon répondeur, dans mes mails...de ceux qui comptent...

Certains jours, des non-évènements comme les petits riens, vous frôlent, flanqués entre vos jambes, comme un chien de novembre, vous laissant avec l'impression d'apprivoiser des vertiges.
- Publié dans : Prof, regard et réflexion de l'intérieur
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Vendredi 20 avril 2007
Une journée tâchée...Tâchée par une odeur de peste brune...Eclaboussant les mots, ceux de la vie ordinaire..Eclaboussure d'une phrase qu'un Desproges aurait relevé...certains jours, on ressent trop vivement sa mort...

Une mère d'élève, celle de A, 6ème**. Elle est inquiète car A. a oublié son carnet de correspondance et son cahier de texte. Prétexte pour évoquer les résultats de son fils. Rendez-vous pris ce soir. A. a 12 ans, des jeux vidéo plein la tête, l'entraînement du volley et
Anna qui ne le regarde pas mais rien ne l'empêche de l'observer pendant le cours.
La mère parle, parle. A. s'organise foutraquement, met des "e" au verbe courir au présent.
"Mademoiselle! en plus je vous ai dit cours ça fait comme le cours avec vous". Regard au plafond. A. est un mélange entre Pierre Richard et Candide, l'art de questionner et de gaffer en continu.

Puis la mère lâche :" Il faut dire qu'ici il y a beaucoup d'immigrés ici qui ne parlent pas français." Sûrement pour cette raison qu'A. oublie son chaier et ne fait pas ses devoirs, sûrement...
Elle s'arrête, je n'ai rien dit, juste un regard. Pas calculé, le refus qu'elle continuer, quelque chose que je ne veux pas entendre, qui ne sera ni relancé, ni surenchérit. A. me regarde semblant s'excuser des pensées de sa mère. C'est à peu près le même regard, dénué de mots que l'on s'échange entre grands. Désaccord sourd.

Conseil de e. des 3ème looseurs, résignés. Dans leurs "voir plus loin", il y a des nuits d'aide-soignante à Cergy-Pontoise, des garages à Villeneuve. Il n'y manque plus que les zones de la carte orange et le taux de crédit.
Sur la liste Vera, portugaise arrivé depuis 2 mois et Stev. ivoirien arrivé depuis 3 mois. Tous les deux sont premiers. Le prof de techno, à côté , commente à voix basse " Après ils vont dire que la France ne veut pas d'eux/ et elle avec ses tresses elle m'énerve/ alors lui il aurait voulu être noir mais il est blanc." Le principal continue à égréner les moyennes. Le prof de techno persiste.
"J. Tais-toi." C'est tombé, clair, net au milieu du conseil. Nullement prémédité, un silence léger entre deux cas...Pas prêté attention à la voix, à l'intonation. Cette voix basse, qui ne monterait pas plus haut pour dire ces paroles de peste brune m'écorchait. Le dire.

"il faudrait que tu amènes une pièce d'identité au secrétariat pour qu'on corrige ton nom sur la liste".
Le regard de Stev.celui qu'on doit avoir quand on occupe une place légitime mais qu'on vous fait sentir ailleurs ou dans un banal contrôle que vous "ne devriez pas être là"....Des comme lui, il en existe des milliers, qui font leurs parcours sans être inquiets, ni inquiétés. Au brevet ou au bac, la clandestinité devient un parcours non inscrit sur les jacquettes de l'onisep. Au regard de Stev. , je ne suis pas certaine qu'il n'en soit pas. En attendant, il a des encouragements, ça vaut combien dans un retour en charter? En attendant; Stev' et Vera sont les seuls à vouloir rester encore un peu pour les rédactions...

On me dira qu'il n'y a pas mort d'homme, intégration avortée/positive..

Une journée tâchée...Tâchée par une odeur de peste brune...Eclaboussant les mots, ceux de la vie ordinaire..Eclaboussure d'une phrase qu'un Desproges aurait relevée...Il est certains jours où l'on ressent trop vivement sa mort...

En bande-son t'as survécu c'est bien d'Oliveetmoi, Voila de Rachid Taha et Métèque par Joey Starr

- Publié dans : Prof, regard et réflexion de l'intérieur
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Mercredi 18 avril 2007

Il n'aura échappé à personne que les méandres arachnéens d'un des candidats ressemblent aux stratégies de Berlusconi et Mussolini : mise en place d'hommes aux plus hautes fonctions du ministère de l'Intérieur, noyautage de la plupart des médias, gestuelle à la duce. Reste à voir éclore les idées..

Dans Libération , jeudi 12 /04
A la question " Pensez-vous qu'on exagère la part de l'acquis dans l'identité contemporaine?",  Sarkozy répond "On a l'identité qu'on a." On pourrait y joindre ses "on la quitte ou on la mérite". On peut aussi le résumer en "combien tu vaux sur le cac40, je te dirais si tu es ou si tu as le droit d'être."

Qu'est-ce qu'une identité? " le caractère de ce qui demeure identique à soi-même" ou " ce qui définit l'appartenance à un groupe, une nation". Ces définitions du Robert mériteraient qu'on pousse plus loin ce terme dont on omet souvent le fameux "to be or not"
de sir William Shakespeare pour se faire une idée moins floue, moins arrogante de cette dernière.

Côté philo
Pour Labarrière:

" Caractère de ce qui est identique, qu'il s'agisse du rapport de continuité et de permanence qu'un être entretient avec lui-même, à travers de la variation de ses conditions d'existence et de ses états, ou de la relation qui fait que deux réalités, différentes sous de multiples aspects, sont cependant semblables et même équivalentes sous tel ou tel rapport ».

L'identité culturelle désignera alors « le fait, pour une réalité, d'être égale ou similaire à une autre dans le partage d'une même essence ».

Côté psychosocio
Pierre Tap, l'identité personnelle concerne, en un sens restreint, « le sentiment d'identité, c'est-à-dire le fait que l'individu se perçoit le même, reste le même dans le temps » « le ». En un sens plus large, elle s'apparente « au système de sentiments et de représentations par lequel le sujet se singularise. Mon identité c'est donc ce qui me rend semblable à moi-même et différent des autres; c'est ce par quoi je me sens exister aussi bien en mes personnages (propriétés, fonctions et rôles sociaux) qu'en mes actes de personne (signification, valeurs, orientations). Mon identité c'est ce par quoi je me définis et me connais, ce par quoi je me sens accepté et reconnu comme tel par autrui ».

Côté anthropo
Nicole Sindzigre

La question de l'identité est insé–parable de l'individuation, c'est-à-dire de «  la » différenciation de es ou d'élé–ments de es de même niveau. Pour identifier un ou plusieurs êtres à d'autres, il faut bien les distinguer de tout ce qu'ils ne sont pas; et à l'inverse, pour appré–hender un être singulier, il faut bien supposer son identité historique ». En fait, l'identité est un concept qui permet de définir le résultat de l'activité de constitu–tion du moi. L'identité est une synthèse du moi soumis à différentes aspirations et temporalités, à différentes stratégies et relations sociales. « L'identité est un système de représentations, de sentiments et de stratégies, organisé pour la défense conser–vatrice de son objet (le « être soi-même »), mais aussi pour son contrôle, sa mobili–sation projective et sa mobilité idéalisante (le « devenir soi-même »). L'identité est un système structuré, différencié, à la fois ancré dans une temporalité passée (les racines, la permanence), dans une coordination des conduites actuelles et dans une perspective légitimée (projet, idéaux, valeurs). Elle coordonne des identités mul–tiples associées à la personne (identité corporelle, caractérielle ... ) ou au groupe (rôles, statuts ... ) ». Tous ces éléments de définition renvoient pour l'essentiel à une dimension individuelle de l'identité. Le passage à l'identité collective étant jus–tement un des problèmes auquel la sociologie ne peut apporter de réponse claire.

Ce matin Edwy Plenel, dans l' émission de  "J'ai mes sources"  soulignait un autre propos de Sarkozy  ( délectons-nous du titre de l'émission "Où se cache véritablement la censure dans la presse? "

" (..) Il a cette phrase stupéfiante " On ne choisit pas son identité". Cinq mille ans d'humanité sont rayés par cette phrase, y'a pas de Jésus-Christ si on ne choisit pas son identité, on reste serf, y'a pas de révolution française si on ne choisit pas son identité, il n'y a que des intégrismes si on ne choisit pas son identité.Il n'y a pas d'humanisme. Comment un homme politique qui prétend être président d'un pays , d'une nation comme celle-là, peut-il dire une telle phrase sans s'arrêter deux secondes..."

Quelle serait votre définition de l'identité?

- Publié dans : drôle d'ère
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Mercredi 18 avril 2007

Depuis que je suis née , je vis dans un pays dont le régime est démocratique.
Sauf que voilà depuis quelques années j'en doute.
Ma sensibilité politique ? A fleur de peau.
Elle est celle d'une génération 80, du riz en Ethiopie, des rages dans des salles de concerts, des grèves vaines. Apolitique, non. Humaniste, utopiste me dira-t-on.
Dimanche, il faudrait que je choisisse le capitaine du navire.
Pourtant, à gauche, mais celle que j'ai en tête ne correspond pas à celle que l'on me montre, propose.

Puis il y a cette réalité commune à tous
celle du boulot et ces phrases qui nous viennent "envoyer de la chair à canon" au front de la société
ces gamins qui sont bien plus durs que certaines lois, plus rien à perdre, la fierté de l'échec
ces soirées où tous on voudrait respirer mieux sauf que l'on a un poing de côté à nos vies, à nos idéaux
En a-t-on encore?
Puis il y a une phrase " choisir de survivre" , le silence qui suit dit tout
de la même tonalité sourde celui qui cloue les voix des profs à la question" si un de nos élèves est sans-papiers, vous le protégeriez?"
cette société où si tu n'as pas tous les codes comme il faut bien intégrer, tu es mis en marge, é, étiqueté..
qui ne sait plus entrer en résistance mais en colère, qui le fait pour défendre son corps de métier plus que sa peau, quant à celle de l'autre..

Il y a cette inquiétude des  lendemains et cette griserie de vivre les choses dans l'instant, de convoquer Beckett "Tant qu'à être dans la merde, y'a plus qu'à chanter"  et Noir Désir "En route pour la joie" en choquant les verres.
Il y a cette crainte de voir une image revenir celle d'un 21 avril , d'un matin brun*, à se demander si celui ou celle que vous croisez
au quotidien, n'est pas dans le chiffre qui nous donne la nausée.
Il y a cette gangrène du langage et de certains êtres qui se laissent  ronger par les peurs de date ancienne mais bien tenaces. Cet art de diviser pour mieux régner, qui a fait un beau travail de sape...

Faire l'effort comme chacun de m'y intéresser.On ne s'y est jamais autant intéressé, "ils" ne nous ont jamais autant si peu parlé.
Absurdement, je pensais qu'ils saisiraient  cette voie  nouvelle, d'inventer autre chose. Ils  reprennent les memes chemins, caillouteux à force d'avoir été empruntés, stériles à force d'impératifs sécuritaires ou mondialistes, s'envoient des salves qui ne ressemblent même plus à celles plus chiadées que je voyais petite, ado.

Lire les programmes, ignorer les sondages ( à force de nous sonder, on en a perd sa liberté d'opinion), écouter les émissions, prendre le pouls autour..

Hier midi, pizzeria du père d'Hassine.
Lui se déclare pour le Pen "sans rire"
Son bras-droit secoue la tête "La France, la cohabitation c'est bien, c'est truc français mais ça marche"
Les livreurs prennent part à la conversation
Abou : " Walah! patron! Tant qu'il y a la gauche, on vote gauche" ( voix et geste assurés)
Kamel : " Sérieux! Ségo elle est clair ou pas ? ( hochement de menton vers moi, sur le même air qui fleure depuis quelques jours,
et toi tu sais où on va parce que moi là je suis paumé!).Sinon c'est le Pen pour le franc juste ça!
Le patron  : J'te jure Le Pen. ( toujours sans rire)
Kamel: Patron! Nous on va tous voter en banlieue pour pas avoir Sarko."
Plusieurs fois, ils m'ont posé la question de Kamel, je n'en sais pas plus qu'eux, aussi paumée.

Sauf qu'il y a des choses auxquelles je ne résoudrais pas, alors il faudrait voter utile, pour l'aider...Pour nous rassurer? sans être certaine que ça suffise...Je veux bien choisir le capitaine en essayant d'envisager l'équipage...

Penser à ce silence qui a suivi ces mots "choisir de survivre", voter  utile....Reste plus qu'à souhaiter qu'on n'aura pas à se retrouver à Bastille pour cause de matins bruns à l'horizon, à contrarier nos pouls en faisant de nos votes des gestes de judas...

Comme un poing de côté....










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