Il est 16h, au lendemain d'un 1er tour qui ne passe pour certaines, pour beaucoup.
La mère remonte la rue avec la poussette du dernier, autour d'elle, les aînés:
- C'est Sarko qui va gagner! Il a le plus de points! ( Le gamin a la bouille ravie).
La mère sourit en secouant la tête, elle n'y croit pas ou elle évite d'y penser.
Pour son gamin, ces chiffres entendus ou vus c'est un jeu, comme ceux où il doit appeler un numéro surtaxé et appuyer sur une
touche ou encore celui où il a plusieurs vies, où il dit à haute voix en fixant l'écran "Je suis mort, attends j'm' transforme/j'ai un joker pour une seconde vie".
Comme tous, hier j'ai vu les chiffres, entendu les mêmes débats inénarrables, où les représentants de chaque parti pinaillent
sur lequel a été le plus à l'écoute des sans-papiers, des handicapés, des personnes âgées. Minable sur qui était à Cachan entre Besancenot et Rachida Dati. Assourdissant sur la gauche
éclatée qui espère, qui voit revenir ceux qui ont tourné épaule et ressorti leur machisme ( vils animaux politiques que Fabius, Strauss-Kahn..), qui donne le pouvoir à l'imagination ( voir
fin du discours de Ségolène Royal, cela résonne comme le "dans tes rêves" ). Sur ceux qui sont de gauche mais ne s'y reconnaissent pas, appelant à voter pour (Voynet, Besancenot, Buffet),
accentuant le trait "sans illusion". Ecoeurant le discours populiste de Sarkozy, ratissant large qui passe en boucle. J'essaie d'ironiser en remarquant qu'à son QG c'est complet-veston-cravate,
côté gauche c'est tee-shirt..
Les analystes politiques évoquent , si on est lucide ils n'ont pas tort, si on s'en tient à la logique froide et pragmatique des
sciences, celui qui est arrivé premier est mathématiquement le mieux placé. Je veux bien leur donner tort mais à les voir se diviser, à ne plus trop savoir où ils en sont, l'incertitude et
l'intranquillité me gagnent. J'aimerais d'autres visages que ces piliers du PS, nostalgiques du passé. Voter pour aider, me fait mal. Le pire des scénarii serait un Sarko élu et une cohabitation
dans un an. Pour beaucoup, voter Sarko revient à voter Le Pen avec ce désir de "tout péter", de n'avoir plus rien à perdre, de pousser la tension à son paroxysme.
Le voter utile se double de voter contre et non plus de voter pour.
Il y a deux ans, nous étions plusieurs à dire que s'il est nommé, s'il y arrivait. Certains évoquaient l'exil, d'autres disaient je
résisterais de l'intérieur. Aujourd'hui, nous sommes tous là. Depuis cinq ans, on serre les dents, on rage de certaines scènes quotidiennes. Mais quand la possibilité de vivre autrement,du
moins de l'envisager, l'instinct de survie revient, acculé, on rejoue les mêmes cartes. A defaut, en dépit de..
Vu de ma petite vie, je me pose réellement la question d'exercer mon métier aussi librement que je le veux, ou dois-je m'attendre à ce que je vois depuis un an et demi? Certes, l'être humain sait
se montrer inventif face à un obstacle qui cherche à l'opprimer, à le nier en tant qu'homme. Je sais quel sera mon vote mais je ne saurais me départir de l'intranquillité. Je lirais
attentivement, de nouveau, les programmes de Royal et Bayrou ( celui de Sarkozy aussi mais pas du tout avec une intention d'adhésion, plutôt pour voir quels sont ses axes de pensées, un zeste de
Sun Tzu ). Seulement, j'aimerais qu'ils prennent conscience du danger qu'il y a en face. La question d'être de droite ou de gauche ne se pose pas aussi simplement, il n'est pas question
uniquement de projets de société mais de systèmes politiques: démocratie ou totalitarisme déguisé en démocratie?
En janvier 2007, une étude** publiait les résultats suivants:
Pensez-vous qu'en France, l'égalité est menacée ? Oui 80%, non 17%.
Pensez-vous qu'en France, la fraternité est menacée? Oui 69 %, non 26 %
Pensez-vous qu'en France, la liberté soit menacée? Oui 59 %, non 38%.
** Télérama-TNS, 31/01/07
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