Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Texte Libre

Une liste à la Prévert au pouls du  regard ou d'écriture... des fragments du monde, de ce qui le fait défaillir, tressaillir, sourire...Jeter colères et cris par manque de montagne ou de mers dans nos urbanités...Fixer des vertiges les jours ou nuits où l'envie de partager se fait plus forte....

Derniers Commentaires

Mercredi 18 juin 2008
" Je suis agacée par ce que je suis, envieuse de celle que je ne suis pas. Vingt-cinq ans et je patauge. Vingt-cinq ans et mes études sont ma seule fierté, ma seule certitude. Vingt-cinq ans et la vie comme une succession de répits entre les grincements, les crispations, les bruits de potes aux gonds rouillés qui accompagnent presque chaque instant, même si le ciel est bonheur des yeux, et la musique enchantement, et les livres, fuite, passion, consolation."
(..)
"Mais c'était si doux de se sentir à l'abri, d'être là où tout le monde ignorait que j'étais, seule et protégée apr les objets appartenant à ce garçon qui avait griffonné un soir, son numéro de téléphone sur un bout de papier. Un souflle léger, amical et bienveillant flottait autour de moi.La housse et les draps exhalaient une odeur de lessive qui m'attirait. J'ai enfilé un T-shirt, me suis pelotonnée dans la couette. Je me suis dit : je suis capable, ici, de ne penser à rien. A personne. Je me suis endormie."
(..)
"Les livres, l'école, la musique, la soif d'aimée, qui m'avaient repêchée à temps."
(...)
" Je suis allée prendre une douche. Le jet était puissant. Plus puissant que les jours précédents. J'ai fermé les yeux et j'ai laissé l'eau couler. Des litres et des litres d'eau déversés sur moi, alourdissant mes cheveux, caressant mon corps. C'était une eau tiède, claire, abondante. Douce, si douce que je n'avais pas la sensation d'être mouillée. J'étais submergée mais je ne me noyais pas. Un bonheur immense se déployait en moi, investissait ma chair et ma peau. J'ai dirigé le jet vers mon visage, mes épaules, mon ventre, avec une jubilation de plus en plus grande, enivrée par le contact de l'eau, la apeur qui avait envahi la cabine. (..) Je me suis assise en continuant à passer le jet sur mon corps recroquevillé, j'ai avalé des gorgées d'eau, le pommeau collé au visage et je suis sortie très vite, à peine séchée, les cheveux trempés. J'ai pris al rue Bograshov pour descendre vers la mer, le soleil derrière moi. Je marchais d'un pas rapide, léger, l'eau dégoulinait dans mon dos, des gouttes coulaient de ma nuque et chatouillaient ma colonne vertébrale en dessinant des frissons sur ma peau. Des hommes m'ont regardée. Des hommes m'ont parlé. J'ai continué à marcher droit vers la mer. J'avais une conscience aïgue de ma présence dans la ville, de mon corps fendant l'air qui commençait à tiédir. J'ai senti que je contenais en moi des milliers de possibles, tels des points lumineux. Je ne pouvais pas dire de quoi ils étaient faits mais ils étaient là, flottant dans le bonheur et la douleur d'exister, d'avoir les yeux ouverts, de lever la tête vers le ciel, marcher vers la mer, et se sentir vivante."

Valérie Zenatti, En retard pour la guerre, Editions de l'Olivier

Comédie du livre, Juin 2008.
Sur le stand, il y avait ses ouvrages pour enfants et adolescents, et un seul exemplaire En retard pour la guerre. De Valérie Zenatti, j'avais lu cet hiver Journal d'une soldate*, sur l'émancipation de l'adolescence à l'âge adulte à travers le service militaire obligatoire pour tout jeune israélien après le bac et Comme une bouteille à Gaza* , une correspondance entre un Palestinien et une Israélienne. Son écriture nue et simple m'avait aidé. Tentant d'achever une nouvelle, je me heurtais à cette impression de menbrane et de mer gelée où quelque chose dans l'écriture étouffe, se complexifie alors que l'on sent qu'il faudrait aller vers la simplicité.
Il en est des textes comme des musiques ou des films, ils créent une intimité singulière et immédiate avec les mots, l'auteur. L'audace des timides fait parfois que l'on dise le ressenti de l'instant, dans une pudeur douce et respectueuse.
Ce fut le cas avec Valérie Zénatti. Une connivence aussi forte qu'éphémère: l'histoire d'En retard pour la guerre, écrire sur la guerre d'Irak, les impasses des pages blanches, les détours vers d'autres histoires avant d'y revenir.
Ce livre, je l'ai lu en peu de temps, puis je suis restée un long moment sur les étranges coîncidences entre choses vécues et choses lues. Dans ces dernières pages, il y avait des livres, des films, des musiques qui vous épelent, vous dénudent, vous donnent la part manquante des mots sur ce que l'on voudrait dire. Un voeu exaucé en somme, que l'on ne savait pas formuler, par peur, par fatigue. Ces pages-là le sont. Que l'auteure Valérie Zénatti en soit remercié. Comme une conversation avec quelqu'un(e) qui importe, comme un geste qui vous fait savoir que quelqu'un est là sans peser, comme une pièce de puzzle  manquante qui vous complèterait laquelle vous ramène à vous-mêmes.

Merci à ceux qui de loin, de près participent à ce voeu....

* publiés tous deux à L'école des loisirs, collection Médium
- Publié dans : Les mots justes
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Retour à l'accueil
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés