Dimanche 29 novembre 2009
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15:35
Vendredi après-midi, dernière heure de cours pour les cinquième comme pour moi. Doser les contenus et les formes de chaque heure.
Au dernier rang, G. n'est pas là, il n'est pas porté malade, ni absent, il n'est juste pas là. Tête nichée dans les bras. "Il dort M'me". Continuer le cours. Le visage de G. est
une page blanche tout en papier mâché, rien ne peut être deviné, si ce n'est le mal à l'être. Une absence à fleur de peau. J. à la fin de l'heure "M'me il dit qu'il est tombé dans les pommes,
c'est pas possible, il serait tombé par terre". Répondre en boutant en touche "Il est peut-être tombé mais assis!". Aller voir G. , le visage est un peu rouge aux
joues, chiffonné comme au sortir d'une sieste.
G. passe ses nuits sur des jeux de réseaux en ligne. La nuit, il s'enfuit, forcément le sommeil déserte et les levers dans la précipitation rythme ses jours.Le virtuel pour avoir quelqu'un en
face, pour donner une forme même imaginaire à ce qui lui noue en dedans. Un monde où il n'est pas un looseur, où il n'est planqué au fond, largué.
En cours, toute invitation à participer semble être un effort de trop qui laisse entendre un "faites surtout comme si je n'étais pas là". Tout dans est dans l'attitude, le
visage, les gestes et le regard en fuite, les épaules voûtées.
Une histoire de rôle, il est présent dans son statut d'élève c'est déjà ça. Etre présent, agir, intervenir, c'est le geste de trop. Il ne refuse pas, il fait comme Souchon chante "C'est comme
vous voulez". Bien sûr, comme les autres qui se mettent sur la touche, se placent d'eux-même au rebut, je vais les chercher, quitte à les faire provoquer. G. fait partie de ceux qui sont une
défense-défiance minérale, pleine de larmes qui paraissent infranchissables dont on devine pourtant qu'il suffirait d'une ouverture pour se délester de ce poids.
Quelques jours après à la faveur, G. a changé de place, il semble être un peu plus présent. Plus tard, j'apprendrais que la mère de G. veut me rencontrer, la direction me traduira la requête
ainsi " C'est un problème qui nous dépasse, vous ne ferez pas des miracles". G. ne voit plus son père. Ni lui, ni son frère ne parviennent à l'atteindre. Pour l'anniversaire de
G., une carte d'anniversaire est arrivée au collège, écrite et signée par son père lequel demandait à l'école de remettre le courrier à son fils.
A quelques kilomètres, G. a son autre part qui ne l'appelle pas, qui pense à lui. par une carte, qui répond par des refus aux souhaits de passer du temps ensemble. Père, grands-parents paternels
mais personne qui répond. Forcément, viennent les mots qui disent rien et tout à la fois "Il en souffre." Certes pas de miracles, mais comprendre que parfois G. ne soit pas là, mais ne
pas accepter qu'il n'est de vie, d'existence qui dans le virtuel..
Au début de l'année, les élèves avaient un exercice: présenter un livre qui leur plaisait, l'éclectisme était /est autorisé et recommandé. G. avait refusé plusieurs fois "Je n'ai pas de
livre, j'suis pas chez mon père, c'est obligé?, ça peut être un magazine?". Finalement, il se prêtera à l'exercice en soulignant que magazine de basket est celui de son père. a rebours,
mesurer l'effort que cela lui a demandé, qu'importe les arrangements avec la vérité. Parfois les absents mesurent le poids de leurs présences. Le manque de leur oxygène dans les vies et les
visages de ceux auxquels ils manquent, du noeud de leurs confusions entre le lien qui les unit à leurs enfants et celui qui les unissait à celui/celle où il/elle était là. Ils recevraient des
cartes qui commenceraient : "Tu sais parfois je suis comme toi, je ne suis pas là..."
G. passe ses nuits sur des jeux de réseaux en ligne. La nuit, il s'enfuit, forcément le sommeil déserte et les levers dans la précipitation rythme ses jours.Le virtuel pour avoir quelqu'un en
face, pour donner une forme même imaginaire à ce qui lui noue en dedans. Un monde où il n'est pas un looseur, où il n'est planqué au fond, largué, où il existe pour quelques-uns quelques heures,
essayer de faire un pont entre eux et le jour, pas de miracles mais essayer quand même....
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