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Texte Libre

Une liste à la Prévert au pouls du  regard ou d'écriture... des fragments du monde, de ce qui le fait défaillir, tressaillir, sourire...Jeter colères et cris par manque de montagne ou de mers dans nos urbanités...Fixer des vertiges les jours ou nuits où l'envie de partager se fait plus forte....

Derniers Commentaires

Des moments à part, à la Prévert

Jeudi 7 juillet 2005
          Des instantanés de vie qui s'étirent le long d'une fin de journée..au coeur d'une nuit...

       Suzanne,la voisine du huitième,me demande deux minutes de mon temps. Nous lui en volerons au centuple.Son appartement, sous les toits, ressemble à une chanson de Renaud. Les images pieuses côtoyent des images de ses félins d'enfants par procuration , des peluches trônent sur son salon en osier, les magazines "Point de vue".. Elle me montre les tombes de leur absence:"Tu vas penser que je suis folle..".Arrive Balou, son amoureux éternel dont elle "divorce chaque semaine". Il la regarde attendri, habitué à sa folie féline.Oser lui demander depuis quand elle est ici.

       1943, Paris 17 ans. Suzanne retrouve son enfance, son vie. Sa voix devient canaille, espiègle."Ich spreche deustch couramment tu sais". Ravie j'écoute, je retiens, je trie sa vie, ses instants de bascule dans le passé. Elle vient de l'Est, "bretonne de l'est". Vittel, un hôtel occupé par les forces alliées, Suzanne découvre le monde de la société anglaise, commence à refuser de plier le joug. De fil en aiguille, elle devient la gouvernante de la famille du docteur du roi Farouk  : un monde à la Gréco et à la Vian. Balou évoque la rue Pixéricourt , les premiers Bellevillois , elle intronisée duchesse des lieux, les Moldaves creveurs d'oeil de chat. Retour à l'enfance, elle parle saint nicolas, rit aux éclats...

           J'ai la tete qui tourne, je suis bien comme Alice dans le tunnel du temps..."Tu me diras quand tu partiras en Bretagne, hein?"...Frisson d'eau au coin des yeux...Ici on me formule cette demande..j'ai l'impression d'avoir des boutures ici....Dans ma tete, j'ai tout un monde de petites histoires délivrées du temps, révélées par Suzanne..au dessus de chez moi il y avait un trapéziste...La dame du 5ème désespérait d'aimer, elle s'est fait refaire le nez et s'est trouvé un amoureux à l'alliance française"...Des histoires de vraie vie.... Aimerais faire des portraits de Suzanne....Avant que le temps ne nous laisse plus lui voler des minutes au centuple.....
Par naew
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Lundi 11 juillet 2005
        Adolescence...Sterenn, amie des premières peurs, coeurs à la chamade, fous rires , papier noirci de questions, de bouts de papiers blancs dans les trousses.. d'après-midis compote, U2, mer...Témoin de mes fugues et de mes automutilations. Une question : "Parfois je me sens impuissante à ne pas savoir t'apaiser".. mots glissés en cours de français... J'avais écrit : "Quelque chose de doux, vivant qui me serre fort , me protège"... Aujourd'hui, les instants que je garde , dessinent ces mots là doucement à l'intérieur...


        Jeanine, ma boulangère qui passe des weekends en solitaire à regarder des films ou faire du piano. Parfois elle va se perdre dans le dehors...Le sourire et l'énergie de Jeanine, un bonheur tous les jours...Elle a les yeux qui pétillent, nullement las de ce monde, encore capables d'étonnement..Signe de connivence..."Faut que je te fasse écouter un truc", elle a les gestes impatients et timides...Sur son dictaphone,une mélodie limpide, fluide, qui vous emporte ..Sa première composition...5 minutes de pure beauté....

        Ghani.. "J'ai acheté un accordéon hier dans une brocante, je sais. Je fais de la batterie et du piano mais j'avais envie"....Il me parle de sa journée à Opéra, de la décoration qu'il a faite là-bas, de son mini-concert d'accordéon sous l'oeil ébahi des passants..."Attends bouge pas , écoute"...La musique du Parrain en diatonique....Sourire....

Instants de connivence, de complicité...qui me ramènent au monde...à partager...simplement...
Par naew
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Samedi 16 juillet 2005
Instants suspendus des sourires des lendemains et petites douleurs ténues que l'on aimerait taire ad vitam.

                       Polaroïds émotionnels en vrac que je garde précieusement

me dire que j'avais compris le refus de certains gamins à apprendre le français, leur instinct animal,légitime de révolte..Ce qu'il y avait derrière d'histoires ignorées...

le silence dans la salle obscure juste après ce cri.. les silhouettes debout dans la pénombre laissent  ce cri s'inscrire en elles..juste après "vas , vis et deviens"...

l'évidente connivence avec laquelle nous nous retrouvons avec Ghani..Il est des personnes dont les absences en voix , en regards, en présences ne tuent pas cette alchimie..Il est de celles-là...

les fous rires des phrases de Ghani :" Quand on est deux, ça te fait oublier quand tu es tout seul ", " C'est un atout et tu t'en fais tout un souci "..celles que je ne veux pas entendre " Tu m'as permis de devenir ce que je n'espérais plus "...

nos vies parallèles aux cicatrices communes que l'on évoque sans reproche, ni regret...

l'impatience d'un départ en annonce..moments où je me sens vivante..en partance pour ailleurs...le champ des possibles ouverts aux quatre vents...

la voix d'Ane Brun, le vent de la nuit sur la peau......

le sentiment indicible que quelque chose se termine ailleurs  du côté du coeur mais que cela ne gâche en rien l'instant..

les voix du fado qui montent dans la cour intérieure alors que le sommeil se fait la belle...

les mots de N...sourire/colère de la douleur atténuée, un petit poing de coté ténu,fugace..besoin d'en...?.

La voix de Camille " Pour que l'amour me quitte ", "Quand je marche",





Par naew
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Mardi 19 juillet 2005

  Je veux solder des comptes, des ravissements à la seconde, à la minute, à l'heure, au jour et à son envers ,
de larguer des poids morts, d'achever des  deuils,

de jouer un morceaudevant les autres sans avoir peur, de dessiner des ombres avec mon corps sur les quais , sur les murs de mon espace

de marcher pieds nus sous l'orage, de sentir la terre gorgée d'eau, de courir à en chuter dans des dunes, nager sous l'onde

de faire de la balançoire en touchant du bout des pieds le ciel, la tête en arrière, me laisser prendre dans le mouvement d'apesanteur suspendu à un fil, fermer les yeux, sourire, tourner sur soi-même, ivresse d'enfance...

de quelqu'un de vivant en face de moi, de silences aériens, de voix au téléphone, de discussions à dévorer la nuit, de mots et images entre univers, de quelque chose qui prenne au ventre, de mots-gestes-regards qui emportent; d'orages au creux des corps, de papillons d'éclairs dans le cou et les reins...

de caresser les yeux fermés, inventer un nouveau langage en se mettant à nu sans s'exposer, de la jouissance qui tressaille du visage au corps , m'endormir sur le bas du ventre ou l'aine d'un homme, retrouver son odeur de peau et son regard au matin...

de rouler des kilomètres dans la nuit avec une bande-son, suivre du regard les rubans d'asphalte , sans but précis, juste le mouvement et le son qui l'étreint...

d'être seule assise sur le rebord du monde, de traces du monde dans ma boîte à lumière et mes blancheurs à spirales, de sac à dos à mes pieds, d'aérogares, de quais à quitter, sans que l'on m'attende...

Au creux de la nuit comme au coeur du jour, je veux aussi....j'exauce parfois...

 

 
Par naew
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Dimanche 22 janvier 2006

Prendre la route dans la nuit , sans connaître la destination, juste ce mouvement de fugue, un sang fou aux tempes d'urgence et d'insolente liberté...

Aveugler mon regard de distances parcourues...des pleins et déliés...le délacer d'ici...

Avoir la tête et le corps tendus, charriés sous les riffs et voix de Coldplay, Noir Désir...

Gifler les les visages de ceux qui pensent m'avoir dérobé d'un baiser ou d'une main...

Faire disparaître cette glace de peur en moi qui m'empêche de ressentir les êtres ...

Courir jusqu'à ce que mon corps se brise, à manquer d'air...

Crier à pleins poumons que l'iode les emplisse....

Evacuer les absentes et leurs traces des lieux, celles  dont ils disent que le deuil est  fait...

Inventer ce langage secret des êtres où on repousse au loin ce sentiment de mettre de nouveau un jour au monde, se faire revenir au monde...

Peser de tout mon désir d'être une présence


Sur l'océan des possibles, je fais des voeux dans le cou des statues de plâtre





















Par naew
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