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Texte Libre

Une liste à la Prévert au pouls du  regard ou d'écriture... des fragments du monde, de ce qui le fait défaillir, tressaillir, sourire...Jeter colères et cris par manque de montagne ou de mers dans nos urbanités...Fixer des vertiges les jours ou nuits où l'envie de partager se fait plus forte....

Derniers Commentaires

drôle d'ère

Jeudi 14 juillet 2005
             Il y a des matins sereins l'air de rien..Lumière solaire qui court sur la peau , étirements alanguis avec le félin des lieux..Volutes de thé..Un matin à l'aveu fourmillant au creux du corps..Prendre des nouvelles du dehors en écoutant les sons de la ville au ralenti...puis du monde...

France Inter..Sur les ondes , des gens un peu , beaucoup comme vous et moi font part de ce pays-là d'origine incontrôlée, marqué sur nos passeports, qui ne nous ressemble plus...Le journaliste posé , fait part des sondages avec un chef de l'état en berne..celui qui nous a parlé , avec l'air convaincu,de ne pas nous avoir entendu il y a quelques mois  (Prenez le titre : " 'tain c'est vachement bien, on est tous des européens",baissez la voix du mr à la corona, augmentez celle d'Arno, laissez infuser)...En face de lui , l'ex-président de l'assemblée, qui botte en touche les questions des gens de la France à deux étages, côté sous-sol...Ils disent que s'il est là c'est qu'on n' a pas eu le choix...que plus ça va, moins on l'aura..que quand on n' assure pas, on prend la porte de derrière , même que c'est un monsieur qui avait dit à d'autres qu'ils les avaient compris, qui l'a dit... Debré répond, enfin il s'écoute parler...le journaliste patient , lui demande, en gros, ce qu'il propose pour demain. L'autre ne se sent plus, les idées il aime..Le journaliste persiste " oui mais il faut des hommes pour ça ". L'autre ne répond pas....Personne n'est dupe, mais la glose se répand.. 
            Demi-sourire en coin , souvenir d'une phrase de N. :"C'est où ma place en haut à gauche après la France ? "...Franc sourire, j'imagine le même faux dialogue avec la chanson "Politic Amagani" d'Amadou et Mariam : "L'hypocrisie nous n'en voulons pas, nous voulons des z'hommes z'honnêtes. " ou celle de Boggaerts et Delerm "Na na na".... Flash info "Le pape benoit 16 pense qu'Harry potter pervertit les âmes de ses jeunes lecteurs "..On est en 2005 ( j'ai eu un doute soudain)..Le 21ème siècle sera religieux ou pas qu'il a dit Jean-Sol Partre....

         On est quel jour déjà ? Le 14 juillet, fête d'une révolution..ça ressemblait à quoi une révolution : "Dis ? Tu me dessines une révolution ?"... Vous savez ce quelque chose qui vous donne l'impression d'être là, d'avoir ta voix qui compte..Un mouvement qui emporte sans broyer..Un truc qui ne soit pas qu'un coup de colère, mais des atomes de résistance qui font front, qui refusent le piège à cons..ça doit exister encore, non ?..Un jour, un gamin me demandera peut-être de lui dessiner ça..Je ne suis pas certaine de savoir... Eteindre la radio..J'aurais pas dû l'allumer, je ne pourrais pas m'empêcher de recommencer...

         Allumer la platine...Luke "Petite France"..Miossec " Regarde un peu la France", Noir Désir "Un jour en France "..Crésus "Au bout"....Mickey3d " La France a peur ", "la mort du peuple": " le président a déclaré la mort du peuple ce matin, il a failli nous faire pleurer"..Ne pas tenir compte des voix ça veut dire etre un peu mort, non?...

      Thé froid..Pas envie de me dire que rien ne change..Sous les lampions ce soir, on y pensera plus jusqu'au prochain semblant sursaut...Dehors rien n'a changé...J'aurais bien aimé...entendre des voix, des poings de résistance, sur les pointillés du tiercé démocratique. dans le silence d'un matin d'été..J'aurais bien aimé...
Par naew
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Vendredi 5 août 2005

                                               Certains soirs on avoue
                                                           Qu'on se ramène à l'enfance
Ami-frère-amant
Présent/absent à l'appel
On s'en fait , on, s'en défait

Les voix se tiennent, s'épaulent
A bout de bras les nuits sans sommeil
Les jours sans envie
Ami-frère-amant
Présent/absent à l'appel
On s'en défait, on s'y fait

Les mains se mêlent, s'effleurent
A bout de force, les peurs au ventre
Les bleus à l'âme
Ami-frère-Amant
Présent/absent à l'appel
On s'en fait, on s'en défait

Ouvrir les espaces sans s'étouffer
S'absenter sanse manquer
Nous faire revenir au monde
Ami-frère-Amant
On s'en défait, on s'y fait

Les jours où l'on se perd de vue
Où on les voit s'effacer
Silence  en adolescence
Ami-frère-amant
On s'y fait, on s'en défait

03/06/2004

A ceux qui se reconnaîtront....
Par naew
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Vendredi 12 août 2005
Matinée d'août,arpenter le boulevard de la Villette du Colonel Fabien à Belleville, actes anodins: poster une lettre, prendre l'air du quartier. Enfants aux traits d'Asie, grimaçant sous le poids des sacs  remplis d'ignames, de soja, de nouilles, suivent les silhouettesde leurs mères qui migrent vers les restos multipilés, disséminés. Brusque irruption des sirènes de police et de pompiers. Attroupement étrange composé de gamins, de clochards pas encore entamés par l'alcool et la torpeur, tissus d'Afrique vifs, femmes aux bras ballants  de retours de marché.

Sur le sol gît une femme d'une cinquantaine d'années. Son visage porte du côté de l'oeil gauche, une marque rouge tuméfiée sur sa joue côté macadam. Ses yeux sont clos, le corps inerte. Autour d'elle les traces du marché répandues sur le sol. Elle ressemble à ses femmes du Mahgreb, les traits pleins, des silences sur la peau. Les  ombres bleues  s'agitent autour d'elle.  Aujourd'hui une femme est morte , comme une feuille  en contre-saison.  Des  anonymes l'ont vue tomber, se recroqueviller dans un souffle soudain, le dernier.
 
A la terrasse du Chéri(e), aucun mouvement. Les lunettes de soleil sont vaguement tournées vers les petits groupes allant et venant, s'arrêtant curieux.Acte d'isolement, refuser de voir le monde , de se salir aux bouts de vie déchus. Citron et bulles, vanité des corps gorgés de sensualité et d'insouciance. D'autres s'éloignent, effrayés, frisonnant sous l'effroi d'une question banale " Et si je mourais aussi un jour d'un arrêt du coeur dans la rue, que mon souffle me lâche las de ces mêmes matins, de trop de vie?". En attendant,le soleil mord les épaules et jambes dénudées, faussement indifférentes.

Remonter la rue de l'Atlas...Est-ce que la photo d'identité de cette femme agrandie sur une photocopie de mauvaise qualité sera apposée sur les murs de la rue de Belleville, Ménilmontant ou Faubourg-du-Temple. Il y sera question d'une femme qui vivait depuis des années dans le quartier, comme autant d'anonymes, de sa disparition. "Si quelqu'un la connaissait ou un membre de sa famille la reconnaissait, merci de contacter le.....". Un avis de décès qui sonne comme un avis de recherche de quelqu'un qui n'est plus là, jeté sur les flancs de la rue, à la rétine blasée des passants. L'image sera recouverte par l'avis de disparition d'un tel ou tel, raflé ou mort ou par des idéogrammes proposant un boulot, un logement...

Je pourrais me dire ainsi va la vie à Belleville, que c'est l'existence fin-début tout ça, on me dira que je suis sensible et tout. Je ne veux pas trouver ça anodin, banal, trop facile...Ce matin d'août a un goût glacé..Quelque chose en moi qui refuse de s'habituer à ça, une colère ou une curiosité, les deux assurément....Peut -être s'est-elle sentie partir, a-t-elle pensé sans que les mots parviennent à ses lèvres :" Pas là, pas maintenant, quand je serais au bled, sous l'olivier là oui, pas seule , mais dans le murmure du village oui"..Je ne  connaissais pas cette femme , je l'ai juste vue  mourir  sur un boulevard sous l'ombre des arbres, dans le bruit et les yeux de la ville....

 A cette femme
 
Par naew
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Samedi 5 novembre 2005
Je guettais, j'attendais que les dépêches AFP énoncent les émeutes des villes aux alentours d'Epinay-Sous-Sénart. Parmi les émeutiers, il y a aura des gamins que j'ai pu croiser, dont je connaissais les activités du weekend...

Ai je manqué à mon devoir en ne le signalant pas ? Je sais que non.

Leur dire qu'ils partaient avec un désavantage aux yeux de certains, à savoir leurs couleurs de peau, qu'il fallait utiliser d'autres armes que celles de la casse, des hurlements pour se faire entendre et faire avancer les choses, faire  valoir leurs droits...
 
Dire à un inspecteur "Nous avons une classe 100% non francophone en 6ème, que faisons-nous?", le laisser répandre sa logorrhée "Mais les chiffres montrent..sont ils non lecteurs ?", insister "Cessons de parler chiffres de jouer sur les mots, que fait on avec cette réalité?"...

Des gamins sans papiers que certains semblent découvrir depuis quelque temps, ça fait 10 ans qu'on en voit passer. En 3ème, on se retrouve devant un imbroglio administratif, et face à un gamin qui a bossé auquel on dit : "Désolé tu vas devoir passer ton tour..;"

Depuis trois ans, aucun poste en plus, mais les associations aux vitrines laïques fleurissent. Peu à peu certains gamins refusent de parler en cours apprennent le français là-bas. Les barbes se multiplient. On construit à coté des collèges que pour la crème qui s'en sort. En attendant on compte les points....

Proposer un projet sur la double nationalité, savoir  d'où l'on vient pour savoir où l'on va. S'apercevoir que les gamins revendiquent par le foot ou la religion leurs identités un peu vagues...Proposer un autre projet pour sortir la religion de ces niches de détournement d'esprits, le faire en objectivité et intention d'ouverture..Voilà que ça tremble, que ça continue de se terrer dans des impasses....

Des parents avides que leurs enfants vivent mieux qu'eux j'en ai croisé, des parents qui veulent s'intégrer et prennent rdv pour un cours et des adresses pour des livres pas chers aussi...

A Brunoy, les gamins sont perçus comme des "sauvageons"(je cite l'office du tourisme!). Ironie du sort, le terrain de pétanque s'appelle " la pétanque du sauvageon". Ils ne le savent pas....Parait que ça crame là-bas...M'étonne  pas...Est ce qu'on se posera les bonnes questions..Peut-être...

titre: http://demagolegroupe.free.fr




Par naew
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Lundi 28 novembre 2005
  Novembre 2005, Place Sainte Marthe

Sentiment peut être suranné à ceux qui sont rompus à tout ce qui nous pousse à se connecter, à cliquer, à se crasher, à jouer sur deux tableaux, à se croire en vie et en virtuel. Se griser de cette dualité deux fois plus en vie? Couper court  aux en ligne/ parti(e)manger/occupé(e), au vide qui efface l'humanité entraperçue. des gestes décrits, des envies convulsées sous les attentes, des bises-baisers sans souffle...Dans le réel, il y a soi qui se terre derrière cet autre soi sur le net. Parfois on ne fait qu'un, souvent certain(e)s sont deux..Ere nouvelle où tu peux compter le temps d'un demi-soupir, de "quelques jours avec moi" et mes colères"*, d'affinités aussi électives qu'éphémères...où on communique plus vite, plus fort, plus mal parfois.....l'oubli aus
si simple qu'un clic, qu'un choix entre "refuser" et "accepter".

Lasse de ça, de ces jeux-là, fermer la porte à ce monde-là. Préférer le temps au papillon au fond du ventre et au bout des doigts,  sur le fil  de la distance prendre le temps, se frôler du regard et de l'âme avant de  s'emmêler,  le son d'une voix, le grain d'une peau. Se risquer à la vraie impatience pas celle animale virtuelle qui nous chiffonnent aux quatre coins des corps et des espaces. Revendiquer que les silences ne soient pas insupportables, que les respirations n'aient pas le souffle au coeur. Se dire que ce monde-là ne me convient pas, que je ne m'y retrouve pas. Prendre ma boite à lumière, mes carnets, bruit feutre de mes pas sur la rue de neige glacée. Paume chaude de solitude murmurante. Froid en volutes au bout de mes lèvres.Traces sur mes pages ou ma pellicule, de conversations en points de suspension. Préférer mes cartographies de hasards et du dehors, à reinventer, à gommer, à esquisser,à mêler...Penser à une évasion like Bill Murray in Lost in translation de Sofia Coppola...Pas envie d'être d'une ère où l'on ne fait que rêver son évasion.....

*titre du film de Sautet
Par naew
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