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Texte Libre

Une liste à la Prévert au pouls du  regard ou d'écriture... des fragments du monde, de ce qui le fait défaillir, tressaillir, sourire...Jeter colères et cris par manque de montagne ou de mers dans nos urbanités...Fixer des vertiges les jours ou nuits où l'envie de partager se fait plus forte....

Derniers Commentaires

Livres

Samedi 9 juillet 2005
GREGORY MAC DONALD   "Rafael, derniers jours"               Coll.10/18

            C'est le genre d'histoire classée dans les faits-divers , on trouve "ça" atroce puis on plaque un autre fait-divers dessus et on oublie..Puis ça nous revient ,en plein visage, parce qu'un homme Gregory Mac donald a décidé de reconstituer l'histoire , sans pathos. De suivre pas à pas une vie condammnée d'avance, proche de cet homme que l'on accompagne pas à pas, page à page.....

        Descendants d'Indiens , Rafael décide de vendre sa mort à un producteur de snuff movie. Le livre s'ouvre sur le dialogue entre cet homme et lui : le marchandage au dollar près de sa vie  ,la description précise de cette mise à mort orchestrée, pensée jusqu'au moindre détail de l'atroce. La suite est la vie à rebours de Rafael jusqu'à ce jeudi 11h. Quelques billets en poche, monnaie d'avance sur sa mort, lui font toucher violemment son statut de paria reposant sur son apparence (sa famille l'accuse de meurtre le voyant revenir avec des présents pour eux, un coiffeur refuse sa présence), tutoyer ce monde inaccessible à sa famille , où il se surprend à trouver en lui des élans pour être parmi ce monde calme , lisse. Il ne vit plus que pour ça, pour sa famille au creux de la décharge, les mots "avenir", "lire"," partir ","changer la done "commencent à devenir des évidences. Le récit s'achève sur la page avec l'écriture analphabète de Rafael, le contrat de sa mort..          
     Blancheur aveuglante sur ce soit-disant fait-divers, où une vie est réifiée pour satisfaire la perversité de certains dans le silence des bas de pages des journaux, ou aux unes éphèmères . Regard porté par une écriture concise , précise, composée de dialogues qui prennent au ventre, ne vous lâche pas même longtemps après, sur cette amérique en marge, privée de ses clés pour entrer dnas le monde, sur ces êtres délaissés parce qu'inutiles....Pour lesquels, exister est une douleur sourde...Disparaître de la ligne de bus scolaire, de la carte....


"Exister, c'était un truc qui leur était tombé dessus comme ça. Et sa réaction , pas pire qu'une autre , avait été de boire pour oublier la faim et la douleur, les tromper, les fuir, devenir le plus insensible possible, les ignorer pour survivre."


"- A quoi ils jouent les gosses ici ?
- Ils tracent des routes dans la poussière."
Par naew
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Jeudi 14 juillet 2005
         Il est des choses et des êtres qui vous choisissent..Un mot, un regard, un geste qui vous font revenir au monde..donnent une présence à ce poing de coté de l'absence qu'on avait presque oubliée, à laquelle on s'était habituée..Une rencontre impossible, ou vécue puis disparue, comme un membre fantôme , dont on sent amputé mais vivant...Un dialogue, une émotion que l'on avait mis de coté, suspendu, faute de mieux...Soudain quelqu'un en face vous parle, un souffle de frissons vous parcourt..Mouvement de mer qui vient en silence vous ravit...l'envie de le partager,de se faire le passeur de ce ravissement..

Olivier Adam est un de ces auteurs..Vous refermez un de ses livres qui vous a tenu le long d'un après-midi ou d'un nuit..avec un sourire intérieur..Vous laissez le silence du dehors grouillé..Chaque mot et émotion trouve leur place en vous doucement, rageusement...Une écriture qui vous frappe direct au ventre qui peut aussi vous emporter...

"Je vais bien, ne t'inquiète pas" coll.Pocket..Quelques mots, les mêmes écrits, au dos de cartes postales,envoyés de différents. La destinataire ? Une soeur. Marie comble l'absence de ce frère porté disparu , en tentant de mener sa vie en faisant semblant de rien. Elle flotte au gré des volutes du désir et du dégoût d'elle, de la nourriture. Les parents tentent de redessiner une complicité perclus de non-dits. Une altercation entre le père et le fils, pourquoi ? pour qui?..Peu importe. On ne saura jamais comme dans la vraie vie. On ne sait pas ce qui unit ou désunit les êtres. Peu à peu, se révèle le stratagème créé par les parents pour qu'elle ne plonge pas hors la vie..On sait mais on ne se dira rien..

 "Comme les doigts de la main" Coll.Médium...Une rencontre entre Chloé, petite soeur de celle de "L'écume des jours" et Antoine, petit frère du Manu du "Combat Ordinaire"...Une de celles qui vous amène ailleurs, oublieux volontaire de la vie de quand on est petit.Des pas que l'on veut irréversible..à vif avec la vie, avec les sensations, les émotions. L'adolescence qui imprègne votre regard et votre horizon de manière indélébile. Que l'on cherche plus tard , à retrouver, qu'on ne voudrait pas quitter...Olivier Adam est de ceux qui ne l'ont pas quittée , qui ont les mots pour la révéler justement...Une histoire d'amour avec le feu  adolescent..La première fois qu'une main se pose sur votre peau , qu'un regard ne vous lâche pas, que le puzzle intérieur en désordre s'ordonne...Fermez les yeux , essayez juste de vous souvenir...Réouvrez votre regard,  plongez dans ses mots....

Par naew
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Mercredi 10 août 2005
La douleur de Manfred  de  Robert Mc Liam Wilson      10/18

Doublure lumière, être une simple silhouette en attendant la vraie présence, se contenter d'être anecdotique. Manfred est un homme de cette essence éphèmère. Un signe imperceptible au premier regard le distingue des autres: la douleur. Une sensation singulière,  qu'il refuse de lier à un quelconque dysfonctionnement physique ou heurt moral. Une évidence mystérieuse: Manfred souffre en silence, en pénitence.Autre signe particulier: chaque mois, dans le même parc, à la même heure, la même scène se déroule immuable. Manfred rencontre une femme à laquelle il ne doit pas adresser le moindre regard, il lui parle, elle silence.

Pourquoi  cette douleur, ce rite mensuel?  R.Mc Liam Wilson  entre fin de vie et passé nous délivre les réponses. Manfred est de ces hommes anonymes qui traversent l'existence avec une indolence mécanique, sans grande révolution. L'enfance dans la pénombre, les tranchées en Italie de la seconde guerre, le retour à la vie civile; il le vit sans heurt. Il atteint une forme d'insensibilité, à force d'avoir trop vu, plus ou moins ressenti les évènements. La rencontre avec Emma vient rompre la glace intérieure de Manfred. Devenue son épouse,  il devient un homme zélé , dévoué à la cause capitaliste, ordinaire, un homme pressé. La naissance de leur seul et unique enfant fait éclater un besoin de possession,  un sentiment vorace de jalousie.  A partir de cet instant, Manfred  jalouse les mouvements, les sourires, les mots qu'elle a pour les autres. Face au silence de sa femme, Manfred pose ses poings sur elle. Scènes de violence et douleur, de non-dits les lie. Chaque jour, Emma regarde son corps marqué, violacé. Puis elle se tourne vers Manfred sans dire un mot. A sa bouche tue , il oppose ses poings encore et encore. Jusqu'au jour où la voix cède.......

L'écriture de Mc Liam Wilson esquisse le portrait d'un  homme en fin de vie. Ces personnes que l'on croise courbées par le temps dont on aimerait connaître le secret d'un geste, d'un acte étrange. Il décrit, avec justesse, la sensation étrange que l'on peut avoir de vivre les moments sans y participer, comment les cirsconstances, le temps vous amène à être un peu présent dans votre existence. L'auteur nous  emmène sur de fausses pistes, créant un effet de déception aux 2/3 du roman. Mais il laisse assez d'indices pour que l'on s'entête à vouloir connaître la douleur de Manfred et le silence d'Emma. Les scènes de violence et de la mort de Manfred sont décrites avec une précision quasi chirurgicale imprimant presque un ressenti sensoriel chez le lecteur. Fiction ou réalité, l'auteur s'ingénie à brouiller les voies en achevant son roman par ces mots :"Emma vit toujours.lorsque je suis en ville, je la vois là où je peux, quand je peux. A sa seule vue, mon coeur s'emplit d'une joie et d'une douleur qui ensuite me quittent lentement..."

Extraits:

"
C'était un bon endroit pour accueillir une douleur.Il aimait la façon dont elle imprimait sa marque précisément sur cette page blanche. La douleur paraissait presque confortablement installée là, tandis qu'elle patinait avec légèreté sur les viscères de Manfred.Au plus aigu de ses coups de sonde quotidiens, la douleur devenait une compagne taquine. Et il était presque agréable de rester assis près de la fenêtre dans le soir brun pour subir sa jovialité, pour la soumettre à force de cigarettes tandis que le ciel s'obscurcissait et fermait ses rideaux."

"Lorsqu'il eut douze ans, Manfred interrogea son père sur les grands problèmes qui l'agitaient déjà.Son père fut rapide et catégorique." Identifie ce que tu désires. Connais le bien. Sens son poids. Fais-le tien." Le garçon essaya. Et échoua. A treize ans, toujours aussi agité, il interrogea sa mère.Celle-ci fut rapide et catégorique. " Connais ce que tu dészires, mon enfant.Envisage-le clairement.Ensuite...attends et vois.Le désir est dangereux- il engendre la douleur.Mieux vaut attendre et voir."Manfred attendit."

"Elle lui manquait comme une douleur. le veto qu'elle avait instauré sur le regard de Manfred et son propre visage perdura. A l'origine,ce veto s'epliquait par les meurtrissures du visage d'Emma, mais à mesure que lesmois passaient et que ces traces s'atténuaient, Manfred ne reçut toujours pas le droit de la regarder."



 





Par naew
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Jeudi 29 septembre 2005
Les Objets Vivants de Jean-Yves Cendrey aux éditions de l'Olivier....Titre et auteur notés par ma tante sur un bout de papier...Il y est question de lettre au père, de Kafka, d'enfances aux blessures béantes d'âge adulte...Quelques jours plus tard, dans les deux heures d'une après-midi,ce livre représentera beaucoup..de la colère, l'envie de vomir, la colère qui gronde..l'envie que quelqu'un me prenne dans ses bras ..que je tais...de la colère  l'envie que ce livre fasse plus de bruit, qu'il soit affiché dans les palais de justice, sur les murs du métro, dans les salles de professeurs, lu à haute voix à ceux qui ne voient pas , qui choisissent de ne pas voir...et surtout cette haine de la compassion...

Une fièvre impossible à négocier de Lola Laffont aux éditions  J'ai Lu..Une après-midi avec Cécile. Elle me parle d'un livre qui la hante. Des mots sur le bout d'une nappe...Au bout du monde, ce livre me revient..Sur le retour, je dévore ce livre.le poser, reprendre mon souffle, colère encore ravivée..Aller pleurer dans les toilettes...Noter des mots..et surtout cette haine commune, fraternelle du secret qui enferme...et surtout de la compassion à jeter au rebut

"je tombe amoureuse de regards de sourires mais je ne suis plus accessible.Je faisais comment avant?"

Avoir un avant , ne pas avoir tout à commencer...ce goût du néant...

"Je prenais toujours la main à ma Peur quand elle apparaissait avant chaque fête chaque rencontre."

"La vie commence quand on sent le froid du matin et qu'on n'a pas sommeil, elle recommence."

"J'ai peur de tout rater, ne jamais faire une chanson qui touche vraiment les autres...
renoncer à ce qui m'importe vraiment...Ne plus jamais retrouver ce que c'est , un corps qui te tient bien fort contre lui.l'osmose.
Peur de ne plus jamais entrelacer mes doigts avec d'autres dans une inspiration évidente.Peur d'avoir peur.Peur de ceux à qui je fais peur..Je ne peux pas dire que j'ai peur de me faire violer.Je sais exactement ce qui se passe. Comment ça fait.
J'ai peur de ce que je ne contrôle pas.et c'est parce que je me sens paralysée à l'idée de me retrouver face à toi que j'ai reculé renoncé et laissé chez lui l'`Homme-qui-tombe-à-pic.
J'ai tout d'un coup eu une peur immense du temps que j'avais deja passé à avoir peur et émietté à avoir peur.A ne rien faire.A rester assise.A croire et à vouloir croire, parce que ça arrangeait ma peur, que les choses sont immuables."      

Lola Laffont


 
Par naew
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Dimanche 30 octobre 2005
Les Jouets Vivants de Jean-Yves Cendrey ou

un J'accuse à sortir de la confidentialité


Deux visages avec des pleins et déliés, des marques, rides invisibles d'impasses empruntées jusqu'à ce que la main posée pour tenir la rage cède: nette claire, précise. Au dehors vous ne verrez rien , vous relèverez quelque chose dans le regard peut-être, un voile sur la voix, un regard ailleurs sur certains mots....peut-être le verrez-vous...

Un premier visage, s'ouvre  sur un "Je". "Je" participe à un colloque sur Kafka, il doit faire un discours sur l'homme de Prague. Ce sera une lettre au père (clin d'oeil à la Lettre Au père), à son père, lever les lambeaux de lie sur le lien entre père et fils. Cordon ombilical tordu, vidé de son sens/sang, disséqué posément. "Je" et Jean-Yves Cendrey ne font plus qu'un. Il dépose l'humiliation, la violence, le secret tu. Avec distance, ironie, armes de protection bien ancrées, lucidement assumés. "Je sais que ma violence précoce m'a sauvé." Exit le pathos et la compassion nauséeuses. Délesté "Je"/Jean-Yves peut avancer. Mais ses pas sont ceux que l'on a quand les évènements vous façonnent, longeant jusqu'au vertige des chemins qui lui ressemblent...

Un second visage Raoul Rose : " J'ai l'absolu besoin de ressusciter le mort qui racontera l'affaire du village X avec du recul dont Cendrey est incapable et des moyens qu'il s'interdit de prendre." Prendre un masque pour tenir à distance la violence, avoir une certaine objectivité. Un village X aux non-dits et folie où la langue qui délie est honnie. Quelques indices vous permettront lecteurs de relier la fiction et le réel. R.Rose découvre que l'instit' du village dessine des masques muets sur les vies des enfants. Recueillir les témoignages, porter au dehors leurs secrets mortifères, faire ce qui n' a pas été fait, aller chercher l'instit'le mener par la peau du cou à la gendarmerie, lequel sera relâché. L'évidence de la démarche s'avère tortueuse. "La pédophilie c'est des relations consenties entre adultes ", définition du gendarme recueillant la déposition de Raoul Rose. Mesurer le nombre de dépositions classées sans suite, et le domaine d'extension de l'enseignant. Il sera reprocher à Raoul Rose de n'avoir aucune légitimité, d'avoir levé un secret que l'éducation nationale, la justice, les personnes s'évertuaient jusque alors de taire. Le procès aura lieu, Raoul Rose et Jean-Yves Cendrey se mêlent, il y sera cité comme témoin. Chaque témoignage sera cité, tel quel, délivré  à  la lumière crue. Des questions, des langues déliées : une gifle libératrice inviter à baisser les masques....


L'écriture de Jean-Yves Cendrey est ironique, au sens barthésien du terme,"la politesse de la violence". Violente car il y a beaucoup à dire et qu'il est temps de le faire. Polie par le temps, par le souci de ne pas dire n'importe quand, pour ne pas blesser.  Les fantômes de Flaubert ou Maupassant rôdent, ils guident la voix à la colère maîtrisée  de Cendrey. "Cette violence morale m'a rendu disponible aux autres.." Le choix des voix narratives est posé clairement avec la lucidité. Il tient à juste distance le lecteur et l'auteur, permet de montrer, faire comprendre .Alors on se surprend à enrager, sourire, à poser le livre un instant, reprendre son souffle, aller jusqu'au bout.

Découvrir les strates qui composent ce cri :la lettre au père, le village de X, les dysfonctionnements des institutions, un lien court rester en vie malgré ça, la légitimité du rôle de l'écrivain.
Les phrases claquent "Quel est le visage d'un enfant qui vient de faire une fellation quand il rejoint le rang dans la cour de l'école?".
" Des "rites " : les petites enveloppes de l'Education Nationale signifiant la mutation des  enseignants à problème. Muter, taire, déplacer le problème, répandre la nausée. "Pour un journaliste intéressé par ces questions, la Guyane pourrait effectivement se révéler riche en découvertes." p.309
Légitimité de la parole de l'écrivain. Lors du procès, les écrits de Cendrey seront utilisés pour remettre en question sa personne, sa parole d'écrivain, ses écrits. Bassesse humaine tournée avec dérision.
Nommer précisément les choses, les actes même les plus écoeurants, nommer pour revivre et cicatriser. Les définitions du code pénal sont posées là dans la lecture.Savoir de quoi on parle, arrêter de se voiler la face. Passer un cap dans l'évocation, l'information de ces faits pseudo divers.
La nécessité de se construire malgré ça. Botho Strauss avec Viol scandalisait déja avec Lavinia, qui veut vivre quand même. Une étiquette posée sur le secret rendant les êtres qui la portent intouchables. Ce sont les mots qui libèrent, qui condamment aussi (le langage judiciaire s'avère maladroit). La distance nécessaire pour avancer être comme les autres ou presque, protéger ses propres enfants de  son père. Questions qui ne posent pas normalement...
L'impossible trangression. J-Y Cendrey expose aussi  l'impossibilité  pour des enfants de se mettre en colère - d'aller jusqu'au bout de ce besoin - envers ses parents, d'en faire un moteur. Sa "violence précoce" l'a contruit tant humainement qu'en écriture. Etre un passeur .Juste ça.

Un livre qui met en colère , un noeud qui reste dans la gorge et l'envie qui brûle les doigts et les tripes de le faire lire. A répandre positivement, à entendre, à comprendre.

Si vous êtes parvenus à la fin de cet article, merci..Merci à Jean-Yves Cendrey pour la colère délivrée transmise. 
Par naew
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