Samedi 16 juillet 2005
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St-Malo Août 2004
"Au final, durant une vie, je me dis qu'on est vivant qu'à la marge, de temps en temps en quelques heures par-ci, quelques secondes par-là, le reste du temps on est lisière, on est dehors, et on attend qu'un main se tende et nous ramène au monde." Olivier Adam
Par naew
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Mardi 2 août 2005
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J'ai besoin de ne plus me voir et d'oublier
De parler à des gens que je ne connais pas De crier sans être entendu Pour rien tout seul Je connais tout le monde et chacun de vos pas Je voudrais raconter et personne n'écoute Les têtes et les yeux se détournent de moi Vers la nuit Ma tête est une boule pleine et lourde Qui roule sur la terre avec un peu de bruit Loin Rien derrière moi et rien devant Dans le vide où je descends Quelques vifs courants d'air Vont autour de moi Cruels et froids Ce sont des portes mal fermées sur des souvenirs encore inoubliés Le monde comme une pednule s'est arrêtée Les gens sont suspendus dans l'éternité Un aviateur descend par un fil comme une araignée Tout le monde danse allégé Entre ciel et terre Mais un rayon d elumière est venu De la lampe que tu as oublié d'éteindre Sur la palier Ah ce n'est fini L'oubli n'est pas complet Et j'ai encore besoin d'apprendre à me connaître Paul Reverdy in La plupart du temps Cet texte au fond de mes carnets, depuis une dizaine d'années. Des mots qui me ressemblent trait pour trait.Y revenir comme une respiration nécessaire...
Par naew
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Mardi 16 août 2005
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Enfant j'ai vécu drôlement le fou rire tous les jours le fou rire vraiment et puis une tristesse tellement triste quelquefois les deux en même temps Alors je me croyais désespéré Tout simplement je n'avais pas d'espoir je n'avais rien d'autre que d'être vivant j'étais intact j'étais content et j'étais triste mais jamais je ne faisais semblant
je connaissais le geste pour rester vivant
Secouer la tête pour dire non secouer la tête pour ne pas laisser entrer les idées des gens Secouer la tête pour dire non et sourire pour dire oui oui aux choses et aux êtres aux êtres et aux choses à regarder à caresser à aimer à prendre ou à laisser J'étais comme j'étais sans mentalité et quand j'avais besoin d'idées pour me tenir compagnie je les appelais Et elles venaient et je disais oui à celles qui me plaisaient les autres je les jetais Maintenant j'ai grandi les idées aussi mais ce sont toujours de grandes idées de belles idées d'idéales idées Et je leur ris toujours au nez Mais elles m'attendent pour se venger et me manger un jour où je serai très fatigué Mais moi au coin d'un bois je les attends aussi et je leur tranche la gorge je leur coupe l'appétit. Jacques Prévert, La pluie et le beau temps
Texte plié en quatre au fond de mes poches, aux coins de ma mémoire. Pour les jours comme les nuits où j'ai peur de ne plus être intact, de ne pas plus être vivant...Pour un 21 avril, pour les gamins de 6ème, 4ème... qui découvrent le texte et leurs voix se modifiant quand ils devinent le sens de ce texte, leur faute "j'avais de grandes belles idées"..Quand le monde me semble étranger à quelque chose de vivant..Pour les belles personnes qui m'entourent...à faire passer....
tof: Eté 1978, Bretagne
Par naew
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Vendredi 19 août 2005
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Dans le chant de ma colère il ya un oeuf Et dans cet oeuf il y a ma mère, mon père et mes enfants, Et dans ce tout il y a joie et tristesse mêlées et vie Grosses tempêtes qui m'avez secouru, Beau soleil qui m'as contrecarré Il y a haine en moi, forte et de date ancienne, Et pour la beauté on verra plus tard. Je ne suis en effet devenu dur que par lamelles ; Si l'on savait comme je suis resté moelleux au fond Je suis gong et ouate et chant neigeux, Je le dis et j'en suis sûr.
Henri Michaux, L'espace du dedans
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Mardi 23 août 2005
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Emportez-moi dans une caravelle,
Dans une vieille et douce caravelle,
Dans l'étrave, ou si l'on veut, dans l'écume,
et perdez-moi, au loin, au loin.
Dans l'attelage d'un autre âge.
Dans le velours trompeur de la neige.
Dans l'haleine de quelques chiens réunis.
Dans la troupe exténuée des feuilles mortes.
Emportez-moi sans me briser, dans les baisers,
dans les poitrines qui se soulèvent et respirent,
Sur les tapis des paumes et leur sourire,
Dans les corridors des os longs et des articulations.
Emportez-moi, ou plutôt enfouissez-moi.
Henri Michaux, Emportez-moi
Tof: Autoportrait, février 2004
Par naew
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