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Texte Libre

Une liste à la Prévert au pouls du  regard ou d'écriture... des fragments du monde, de ce qui le fait défaillir, tressaillir, sourire...Jeter colères et cris par manque de montagne ou de mers dans nos urbanités...Fixer des vertiges les jours ou nuits où l'envie de partager se fait plus forte....

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Scènes

Lundi 8 août 2005 1 08 /08 /2005 00:00
Kilo, coréalisation les Arts du Cirque et de la Villette

En vrac, un drôle d'espace se décline un orchestre de bric et de broc, un puits atypique,un carré de rondins en guise de jardin mouvant, des fils de nids, plumes, tables et chaises. Entre pesanteur et apesanteur, les possibles semblent infinis. Dans le clair-obscur, une humanité moitié djinn moitié musicien, déboule en se jetant en doux désordre sur cette piste-salle de jeux. Droit à l'insolence revendiqué,à la courbe hasardeuse, les corps et les voix désobéissent, se cambrent, tordent les codes, aux lignes trop droites. Des hommes et des femmes s'incarnent en créatures mythiques comme l'androgynie enchevêtrée, égarées de l'enfance en loup, chaperon, inventées l'homme aux pas de tronc. Le même lien traverse cette tribu: faire la nique au centre de gravité, aux lois de l'être et de la pesanteur. Tous emportés et nous avec dans le souffle/fou rire d'une Alice au pays des poids de plume et de plomb.

Variations physiques et temporelles, autour de ce mot, des lettres le composant: KILO. Chacun prend en corps à corps ces variantes. Lâcher du lest, perdre ou prendre, retenir ou laisser, poids des ans,des actes, de la présence/absence, saut dans le vide ou de l'ange, porter des responsabilités, s'en délester, s'enraciner, se déraciner...Chaque association d'idée aussi absurde qu'évidente, est incarnée, suspendue dans l'air, tendue au dessus du vide, ravalée dans un geste, un mouvement. D'autres variations se profilent. La patience infinie avec laquelle certains recomposent ailleurs un lieu, un arbre fait écho à celle de l'homme penché sur ses pas. Gestes qui ramènent au temps. Penser au théâtre butô,le mouvement immobile qui pèse en tensions sur les spectateurs, comme les fils de féristes. Se demander si gramme et seconde ne sont pas liées, si devenir ce n'était pas s'ôter le poids des peurs de l'enfance, mettre hors-jeu le loup. La compagnie  invite à se laisser traverser par ces fugues, à devenir grand mais pas trop.  La vie comme un manège de corps à corps furieux, fougueux, orageux, dangereux, insousciants avec soi, ses ombres et lumières....

merci à Math Le Gueux pour la découverte et la rencontre
Par naew - Publié dans : Scènes
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Dimanche 29 avril 2007 7 29 /04 /2007 00:00
Juste un de ces moments rares, quasi désertés dans cette ville, où rien n'est calculé uniquement pour le bon son, placer la set-list, tenir la marge horaire. Imaginez un boxeur qui entre sur scène comme on monte sur un ring avec l'envie de rire de sa mélancolie. Une silhouette trappue, tout noueuse et nerveuse. Autour, une fine équipe ressemblant à un équipage de Jack London: des regards, des sourires, des dialogues guitare-violon, batterie-guitare. Franck m' ébouké, batteur de Carlotti complète le quartuor:
Raphael Chevalier a le visage d'un personnage de Tirtiaux, Sébastien Lementec à la guitare et  Bertrand Pennetier à la basse et aux claviers ressemblent à des jumeaux de Lynch grandis à la péninsule. Da Silva a faussement l'air de ne pas vouloir vous déranger, s'excusera de ne pas avoir chanter "enfermons sarko", assumera sa mélancolie communiste ( Miossec) donc accessible à tous! S'il souligne,le rôle de chacun dans le groupe et dans leurs vies, quelque chose ne semble pas vain dans ce souci de mettre en valeur. L'humanité non feinte, l'aventure humaine et l'amitié palpable d'un groupe, je n'avais pas oublié. Juste que jusqu'ici le policé, la pose, le dress-code tuent la manière de vivre son art. Il y en aurait certains que j'aurais pris par la peau du cou pour qu'ils le respirent, le goûtent ce rock-là. Quand les concerts ont ce gôut d'authenticité et de partage, ça efface l'amertume des jours passés, les bleus esquintés.

La scène ressemblait à un navire fourbu, des panneaux de toiles, voiles d' après la tempête. Des ciels rouges ou bleus, brumeux ou à ciel ouvert. Embarquer à bord, c'est un rythme mené tambour battant , un son puissant, au service du verbe. Plus virtuose, plus ciselé qu'auparavant, Da Silva et les siens ont mis une fameuse claque au public habitué à  vivre un concert assis.Le café de la danse a enfin daigné se bouger avant de succomber à Da Silva, sonné.  Dernière date, envie forcément de savourer la semaine écoulée à bout de souffle, en ayant plus rien à perdre. Le boxeur, au bras droit tatoué, a gueulé pas pour la frime, juste parce que la scène doit faire partie de ces rares moments où il se sent chez lui. Un concert comme un orage inattendu, avec la pluie d'après, celle qui lave, qui vous fait vous moquer de vous, les plaies ne seront pas pansées, mais au moins on en aura ri. Bien sûr , il y aura eu la colère, le temps qui entame les liens, l'absence qui mord, les désirs de fuite majeure. Nos vies  en 2h30, des déferlantes et des  mers en vent arrière...

Découvrant les paroles du dernier album, des uppercuts de phrases à mordre les joues, des vérités à mettre les larmes. Forcément des flous sur les images, mauvais placement face à la scène. Qu'importe, ce samedi soir sur la terre valait la peine d'être vécu...

chapeau bas au café de la danse...( chaque concert une lumière chiadée( pas de bleus, ni de rouges faciles), un son d'écrin...
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Samedi 5 mai 2007 6 05 /05 /2007 00:00

Un pouls de résistance battait, rouge,chaud fièrement, humbleme nt sous les voûtes du théâtre des Bouffes du Nord. Des mots, des ailleurs, des voix libres qui veillent....

Le festival Jazz Nomades, La voix est libre! 2007 proposait hier soir une soirée Archipels. Forme de territoires, éparpillés en insularités, traversées par la même langue, redéfinie par la mer, le temps et les hommes. Une humanité géographique réelle, solidarité ici disparue ce sont aussi nos vies traversées par des affinités qui font nos océans et nos rares "communes présences".* Transmettre une histoire, s'en faire passeur, la protéger, la faire vivre...Apprendre à résister, à ne pas se laisser que les oripeaux de la colère pour avancer...

Edouard Glissant et sa conception du Tout-Monde ouvrait le bal. Sa langue mêle souvenir d'enfance et quête identitaire de la Martinique, la reconnaissance de l'être par le créole, passerelle pour s'ouvrir l'Autre. Nathalie Natiembé prît le relais en solo voix et tambours la voie du maloya. Le duo Denis Charolles, géotrouvetout-gepetto de la batterie et autres ustensiles et David Murray, subjuguant saxophoniste. Des poumons dont le tempo s'accorde au rythme ternaire du maloya. Une prestation inégale, la présence de la voix était louable mais en deçà de l'idée que l'on peut se faire du maloya, les musiciens se sont coulés avec volupté et ludicité aux variations de la mélopée insulaire.

La seconde intention aux accents de dissidence humaniste de Jazz Nomades est la voix libre. Je vous laisse décliner les variations possibles autour de ces deux mots. Le choix du maloya est, on ne peut plus judicieux et explicite par les temps qui courent. Le maloya vient du malgache "maloyo aho" ( qui signifie parler, dégoiser, "répandre son âme dans l'air" ), chant évoluant entre complainte et chroniques quotidiennes. Il prend ses racines,  dans les voix des esclaves exilés et brimés par leurs maîtres. Il se fait par la voix porteur d'une mémoire, d'une identité et d'une résistance écorchée et pugnace.

Danyel Waro ressemble à un Léo Ferré qui n'aurait pas lâché la main à son enfance, n'en finissant pas de se soûler au grimoire de la Réunion. Ses chants transmettent la mémoire odyséenne et métissée de l'île. Son interprétation restitue l'harmonie anti-communautariste des ethnies et religions, coexistant sans s'entredévorer, ni reconduite d'une domination de mauvais aloi. Ainsi, il vous fera par des variations de voix et de postures la scène d'un habitant du village, puis de chacun(le bougon, le cafre ( nom donné aux noirs de l'île parfois connoté péjorativement), la grand-mère..) se joignant à la mélopée, autour du feu. La musique a le tempo blues de la mémoire et l'insolence capricieuse de ceux qui tiennent debout. Le charisme de Danyel Waro , associé à l'homme dont "le coeur chatouille les cordes" Titi Robin, accompagné de leurs musiciens respectifs (percussions, basse, accordéon) assure le lien des paroles d'archipels à ce Tout-monde.

Comment se représenter un pouls de résistance? Dessinez un théâtre à l'italienne aux murs rouges décrépis, une voûte mauresque, le tout nimbé d'une lumière d'âme. Devant les musiciens et le passeur de maloya, un espace aussi libre que la voie. Les silhouettes des femmes sont habitées par la mémoire voyageuse de l'Afrique et de l'Inde. Leurs ombres et leurs gestes sont délestés de ce qui pèse, ne reste que l'essentiel cette résistance de l'âme. La parole prend des airs de lâcher prise ou de joutes corporelles ou musicales.

Figurez-vous aux abords de la scène, aux rebords des balcons, des êtres aussi voyageurs faussement immobiles se laisser gagner par la fugue majeure. Si vous laissez les percus et la voix vous gagner, vous vous déferez de ces rictus occidentaux du corps quand il s'agite sur une musique. Apprendrez à laisser ce poing chamade au ventre vous mener par le bout de l'âme.

Il y avait autant de raisons différentes d'être venu aux Bouffes du Nord pour chacun. Il y avait la même commune présence inquiète ou sereine, selon les personnes, de demain. Un pouls de résistance est une voix libre, à contre-courant, qui refuse de se laisser gagner par la ligne de flottaison. Il y avait autant l'envie de se délester de l'inquiétude que le ravissement humble d'avoir été là archipel ce soir...


Merci à C.R, pour l'invitation insoupçonnée au voyage

http://www.jazznomades.net
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