Samedi 5 mai 2007
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Un pouls de résistance battait, rouge,chaud fièrement, humbleme nt sous les voûtes du théâtre des Bouffes du Nord. Des mots, des
ailleurs, des voix libres qui veillent....
Le festival Jazz Nomades, La voix est libre! 2007 proposait hier soir une soirée Archipels. Forme de territoires, éparpillés en insularités, traversées par la même langue, redéfinie par la
mer, le temps et les hommes. Une humanité géographique réelle, solidarité ici disparue ce sont aussi nos vies traversées par des affinités qui font nos océans et nos rares "communes
présences".* Transmettre une histoire, s'en faire passeur, la protéger, la faire vivre...Apprendre à résister, à ne pas se laisser que les oripeaux de la colère pour avancer...
Edouard Glissant et sa conception du Tout-Monde ouvrait le bal. Sa langue mêle souvenir d'enfance et quête identitaire de la
Martinique, la reconnaissance de l'être par le créole, passerelle pour s'ouvrir l'Autre. Nathalie Natiembé prît le relais en solo voix et tambours la voie du maloya. Le duo Denis Charolles,
géotrouvetout-gepetto de la batterie et autres ustensiles et David Murray, subjuguant saxophoniste. Des poumons dont le tempo s'accorde au rythme ternaire du maloya. Une prestation inégale, la
présence de la voix était louable mais en deçà de l'idée que l'on peut se faire du maloya, les musiciens se sont coulés avec volupté et ludicité aux variations de la mélopée insulaire.
La seconde intention aux accents de dissidence humaniste de Jazz Nomades est la voix libre. Je vous laisse décliner les variations possibles autour de ces deux mots. Le choix du maloya est, on ne
peut plus judicieux et explicite par les temps qui courent. Le maloya vient du malgache "maloyo aho" ( qui signifie parler, dégoiser, "répandre son âme dans l'air" ), chant évoluant
entre complainte et chroniques quotidiennes. Il prend ses racines, dans les voix des esclaves exilés et brimés par leurs maîtres. Il se fait par la voix porteur d'une mémoire, d'une
identité et d'une résistance écorchée et pugnace.
Danyel Waro ressemble à un Léo Ferré qui n'aurait pas lâché la main à son enfance, n'en finissant pas de se soûler au grimoire de la
Réunion. Ses chants transmettent la mémoire odyséenne et métissée de l'île. Son interprétation restitue l'harmonie anti-communautariste des ethnies et religions, coexistant sans s'entredévorer,
ni reconduite d'une domination de mauvais aloi. Ainsi, il vous fera par des variations de voix et de postures la scène d'un habitant du village, puis de chacun(le bougon, le cafre ( nom donné aux
noirs de l'île parfois connoté péjorativement), la grand-mère..) se joignant à la mélopée, autour du feu. La musique a le tempo blues de la mémoire et l'insolence capricieuse de ceux qui tiennent
debout. Le charisme de Danyel Waro , associé à l'homme dont "le coeur chatouille les cordes" Titi Robin, accompagné de leurs musiciens respectifs (percussions, basse, accordéon) assure
le lien des paroles d'archipels à ce Tout-monde.
Comment se représenter un pouls de résistance? Dessinez un théâtre à l'italienne aux murs rouges décrépis, une voûte mauresque, le
tout nimbé d'une lumière d'âme. Devant les musiciens et le passeur de maloya, un espace aussi libre que la voie. Les silhouettes des femmes sont habitées par la mémoire voyageuse de l'Afrique et
de l'Inde. Leurs ombres et leurs gestes sont délestés de ce qui pèse, ne reste que l'essentiel cette résistance de l'âme. La parole prend des airs de lâcher prise ou de joutes corporelles ou
musicales.
Figurez-vous aux abords de la scène, aux rebords des balcons, des êtres aussi voyageurs faussement immobiles se laisser gagner par
la fugue majeure. Si vous laissez les percus et la voix vous gagner, vous vous déferez de ces rictus occidentaux du corps quand il s'agite sur une musique. Apprendrez à laisser ce poing chamade
au ventre vous mener par le bout de l'âme.
Il y avait autant de raisons différentes d'être venu aux Bouffes du Nord pour chacun. Il y avait la même commune présence inquiète
ou sereine, selon les personnes, de demain. Un pouls de résistance est une voix libre, à contre-courant, qui refuse de se laisser gagner par la ligne de flottaison. Il y avait autant l'envie de
se délester de l'inquiétude que le ravissement humble d'avoir été là archipel ce soir...
Merci à C.R, pour l'invitation insoupçonnée au voyage
http://www.jazznomades.net
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